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INSTITUTION/SANTÉ L'industrie salue l'avis de l'EFSA affirmant l'innocuité de l'aspartame

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L'industrie agroalimentaire européenne dans son ensemble et l'Association internationale pour les édulcorants (ISA) (1), en particulier se félicitent du récent avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui affirme que l'aspartame, édulcorant controversé, est sans danger pour la santé des consommateurs au niveau actuel d'exposition (voir AA précédent) (2). Pour les industries alimentaires, grandes utilisatrices de cet additif, cet avis de l'EFSA ne peut que rassurer les consommateurs qui luttent contre les problèmes d'obésité et de diabète. En revanche, le Réseau Environnement Santé (qui regroupe des médecins et des chercheurs reconnus), estime que l'EFSA dans cet avis n'a pas pris en compte toutes les études disponibles et considère celui-ci comme ni plus ni moins une « fraude ». Ce réseau réclame même la nomination d'une enquête parlementaire pour mettre les choses au clair...

« L'AVIS scientifique de l'EFSA sur l'aspartame fait suite à un processus de réévaluation de cet additif alimentaire entamé en 2011 et confirme une nouvelle fois son innocuité pour tous, enfants, adultes, femmes enceintes », estime l'Association internationale pour les édulcorants (ISA) dans un communiqué publié le 10 décembre. Elle salue « une décision qui vient corroborer les conclusions de plus de 600 travaux scientifiques sur 40 ans, conformément au consensus scientifique sur cet édulcorant ». Selon l'ISA, les experts de l'EFSA ont pris en compte « toutes les informations disponibles » et, après une analyse approfondie, ont conclu que la dose journalière acceptable de 40 mg/kg de poids corporel/jour constituait une protection adéquate pour la population générale. « Dans ce débat plus idéologique que scientifique, les conclusions sans réserve rendues par l'EFSA sur l'aspartame vont rassurer les Français qui se posaient des questions sur le sujet », a indiqué Hervé Nordmann, président du comité scientifique d'ISA France. « La santé des consommateurs a toujours été une priorité pour les industriels membres de l'ISA », a-t-il précisé.

Pour lui, les édulcorants, dont l'aspartame, jouent un rôle important pour les personnes soucieuses de leur poids, dans le contrôle des apports caloriques. Ils sont aussi un atout pour les personnes diabétiques en leur permettant de conserver le goût sucré dans leur alimentation, sans risque pour leur santé.

UN RÔLE UTILE DANS LA GESTION DU DIABÈTE

De son côté, la Fédération belge de l'industrie alimentaire (Fevia) se réjouit également de la publication de l'avis de l' EFSA sur l'aspartame. « Il y a eu de nombreuses discussions dans le passé au sujet de la sûreté de l'aspartame et nous étions aussi demandeurs d'un contrôle à ce sujet », a indiqué Chris Moris, directeur général de la Fevia. « Maintenant qu'il y a un avis non contesté, qui comprend des conditions claires et des limites de consommation, nous pouvons rassurer les consommateurs, estime-t-il. Les personnes qui consomment des produits contenant ce substitut savent maintenant que c'est parfaitement sûr. D'autres produits pourront aussi être mis sur le marché et permettront au consommateur de choisir parmi une gamme plus large. »

La Fédération royale de l'industrie des eaux et des boissons rafraîchissantes ne dit pas autre chose sur l'avis de l'EFSA : « L'aspartame est l'un des ingrédients les plus étudiés, plus de 200 études ont confirmé son innocuité. Il est largement utilisé en tant qu'édulcorant hypocalorique depuis plus de 25 ans », estime-t-elle. Outre l'EFSA, dit-elle, « des autorités de sécurité alimentaires nationales et internationales telles que la Food and Drug Administration (FDA) américaine, le Comité mixte FAO/OMS d'experts sur les additifs alimentaires (JECFA) de l'Organisation mondiale de la santé, et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, ainsi que des agences de réglementation dans plus de 100 pays, ont mené des recherches scientifiques et émis des avis réglementaires exhaustifs concernant l'aspartame et constaté son innocuité ». En plus de contribuer au contrôle du poids, les produits contenant de l'aspartame jouent un rôle utile dans la gestion du diabète, permettant ainsi aux patients de bénéficier d'un goût sucré sans aucun effet négatif sur le taux de glycémie dans le sang », constate la Fédération de l'industrie des eaux et boissons rafraîchissantes. Celle-ci ajoute que les boissons sans calories et à faible teneur en calories représentent jusqu'à 24% des ventes de boissons rafraîchissantes en Belgique. Cette part de marché est en progression continue. Elles apportent un goût sucré sans les calories et permettent aux consommateurs de gérer leur apport en aliments et boissons dans le cadre d'un mode de vie sain et équilibré. Notre secteur continuera d'innover afin de proposer à ses clients de la variété et du choix.

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BÉMOL DU RÉSEAU ENVIRONNEMENT SANTÉ 

En marge des applaudissements de l'industrie sur l'avis de l'EFSA sur l'aspartame, le Réseau Environnement Santé (RES) exprime une toute autre attitude. Il accuse l'EFSA de se baser sur des rapports issus de l'industrie et d'écarter des études animales publiées dans des revues de santé environnementale et montrant la cancérogénicité sur le rat et la souris, ainsi que d'autres études montrant des troubles cognitifs chez l'animal. Il se demande même « combien de temps la fraude va encore durer ». Le RES estime notamment que la DJA de 40 mg/kg de poids corporel/jour repose sur des études menées en 1973-74 par l'industrie, qui n'ont pas fait l'objet d'une évaluation indépendante par des pairs, et dont la qualité est jugée très douteuse. Le RES évoque aussi plusieurs études récentes qui n'auraient pas été prises en compte par l'Efsa. Parmi celles-ci, l'une, argentine, montre un risque accru de cancer des voies urinaires chez les personnes consommant de l'aspartame: pour le RES, elle n'a « même pas été analysée. L'Efsa le reconnaît, mais continue de l'écarter sans raison ». Pas tout à fait : le rapport de l'Efsa évoque bien cette étude, mais en pointe la faible qualité méthodologique. Par exemple le fait que seule l'exposition à l'aspartame sous forme d'infusion était prise en compte… Le RES s'étonne par ailleurs que l'EFSA n'ait pas intégré une étude française montrant un risque accru de diabète chez les personnes consommant des boissons édulcorées. Evoquée lors de la consultation publique, elle a été mise de côté au motif qu'elle ne concernait pas que le seul aspartame, mais également l'acésulfame K. Bref, pour le RES, les experts de l'EFSA « continuent de produire des avis au mépris des règles de base de la déontologie de l'expertise et de couvrir ainsi une fraude manifeste. Elle continue d'écarter les études qui mettent en cause le choix de la DJA de 40 mg/kg le plus souvent sans raison. C'est un processus de même type qui est en cours avec le bisphénol A, pour lequel l'EFSA continue d'ignorer 95 % de la littérature scientifique ». Le Réseau de médecins et de chercheurs français rappelle que la loi de protection de l'alerte et l'expertise prévoit la création d'une commission consultative sur la déontologie de l'expertise mais qu'à ce jour cette commission n'est toujours pas mise en place. Il demande en conséquence la mise en place de la commission prévue par la loi alerte expertise ainsi que la nomination d'une commission d'enquête parlementaire en France et en Europe sur ces « manquements graves tant de l'EFSA que de l'ANSES concernant l'aspartame ».

CALENDRIER D'ÉVALUATION ANTICIPÉ

En 2010, la publication de deux études a influencé le calendrier de la réévaluation de l'aspartame par l'Autorité européenne de sécurité des aliments. Ces deux études se penchaient sur les risques potentiels pour la santé liés à la consommation d'édulcorants artificiels, dont l'aspartame. La première était une étude épidémiologique portant sur le lien entre la consommation de sodas contenant des édulcorants artificiels et le risque accru d'accouchement prématuré (Halldorsson et al., 2010). La seconde était une étude sur la carcinogénicité chez les souris exposées à l'aspartame par le biais de leur alimentation, menée par la Fondation européenne Ramazzini (ERF) (Soffritti et al., 2010). Un programme de réévaluation de tous les additifs alimentaires ayant été autorisés avant 2009 a été institué dans le Règlement 257/2010. La réévaluation de l'aspartame rentre dans le cadre de cette réévaluation systématique. En mai 2011, la Commission européenne a demandé à l'EFSA d'anticiper la réévaluation complète de la sécurité de l'aspartame, dont l'achèvement était initialement prévu pour 2020, en raison d'inquiétudes soulevées par les études de 2010 et par les eurodéputés. L'aspartame est autorisé en France depuis 1988. Il est utilisé dans plus de 6.000 produits alimentaires (des boissons allégées au chewing-gum en passant par les produits laitiers et les confiseries) et dans plusieurs centaines de produits pharmaceutiques.

(1) L'Association Internationale pour les Edulcorants (International Sweeteners Association) regroupe des acteurs majeurs du marché des édulcorants, producteurs et industriels utilisateurs d'édulcorants. Cette association est financée par l'industrie pour diffuser l'information sur les bénéfices supposés des édulcorants utilisés dans les aliments et les boissons.

(2) Seule restriction émise par l'EFSA : le cas des personnes souffrant de phénylcétonurie. Ces malades ne doivent pas prendre d'aspartame car cet édulcorant contient de la phénylalanine, un acide aminé que leur organisme est incapable de dégrader.