L’industrie de la transformation et du commerce des volailles de l’UE (AVEC, en anglais) a bien accueilli la récente position du Parlement européen sur la proposition de la Commission européenne d’autoriser le retour sur le marché communautaire des volailles américaines traitées avec des solutions au chlore. Dans une résolution adoptée à une écrasante majorité , le Parlement a en effet appelé les ministres de l’agriculture à rejeter la proposition de la Commission. Une telle décision ne ferait qu’affaiblir les normes européennes en matière de sécurité alimentaire et risquerait de «saper la confiance des consommateurs», souligne l’Assemblée.
«Nous saluons l’opposition ferme du Parlement européen à la proposition de la Commission européenne qui est tout à fait en ligne avec ce que nous avons toujours soutenu dans ce dossier », explique à Agra alimentation, Cees Vermeeren, le directeur de l’AVEC, l’organisation de l’industrie de la volaille européenne. « Mais, avant de nous réjouir, nous préférons attendre la fin du processus qui est toujours en cours », précise-t-il. « Je pense qu’il sera très difficile pour le Conseil des ministres de prendre le contre-pied du Parlement qui est tout de même le représentant de la société européenne. Nous allons suivre ce dossier avec une attention particulière mais il serait très surprenant que les ministres de l’agriculture de l’UE qui vont prochainement examiner le dossier adoptent une position différente de celle des parlementaires », souligne le représentant de l’industrie avicole.
Dans la résolution qu’ils ont adoptée à une très large majorité le 19 juin, les eurodéputés estiment en particulier que l’autorisation proposée de quatre traitements antimicrobiens – dont le chlore – pour décontaminer les carcasses de volailles destinées à la consommation humaine « représente une menace sérieuse sur les normes de qualité communautaires et un coup porté à l’encontre des efforts accomplis par les producteurs européens pour réduire les taux d’infection bactérienne dans les élevages ». Une telle décision serait en outre « fort préjudiciable à la crédibilité de l’UE pour faire valoir des standards élevés de sécurité et d’hygiène alimentaires au niveau international ». Pire, «elle risque de saper la confiance encore fragile des consommateurs européens après les crises de ces dernières années ».
Entêtement de Bruxelles
Les parlementaires soulignent « les investissements considérables » faits par les producteurs européens pour réduire la contamination des volailles par des agents pathogènes comme les salmonelles en mettant en œuvre une démarche impliquant «l’ensemble de la chaîne alimentaire», une approche selon eux « plus durable » que l’utilisation de chlore ou d’autres antimicrobiens pratiquée aux Etats-Unis. Ils demandent à la Commission de les consulter avant toute nouvelle décision en vue du Conseil économique transatlantique qui aura lieu en octobre 2008. Lors du débat précédant le vote, les députés ont été unanimes pour dénoncer l’obstination de la Commission à poursuivre la procédure en dépit de l’opposition de 26 Etats membres et du Parlement. « Nous venons de retirer toute une série de produits chimiques dans la directive sur les normes de qualité de l’eau et voilà que l’on ferait revenir le chlore ? », s’est inquiété Robert Sturdy (PPE, Royaume-Uni), « la dernière chose que nous voulons c’est que le public perde confiance dans l’UE et les aliments qu’elle produit ». Pour la libérale belge, Frédérique Ries, cette décision de lever « envers et contre tous » l’embargo sur les poulets chlorés constitue « un véritable cas d’école de ce que la Commission, qui est censée protéger l’intérêt général et supérieur des citoyens d’Europe, ne peut plus et ne doit plus faire ». « Faut-il rappeler l’épizootie de grippe aviaire sur le sol européen il y a seulement trois ans, avec une chute de plus de 20% de la consommation de viande de volaille ? », a-t-elle demandé.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
De plus, rappelons que le 2 juin dernier Cf Agra alimentation n° 2022 du 05.06.08 p. 13 la proposition de la Commission de lever l’interdiction d’importer des volailles chlorées avait déjà rencontré l’opposition sans ménagement des experts vétérinaires de 26 Etats membres sur 27. Seul le Royaume-Uni en effet a préféré s’abstenir pour ne pas déplaire comme d’habitude à son allié américain.
Suite du processus
A présent, les ministres européens de l’agriculture ont trois mois pour confirmer la position de leurs experts. Ils doivent en débattre une première fois le 15 juillet prochain, sous présidence française. En vertu de la procédure de réglementation, le Conseil ne pourra rejeter ce texte qu’à la majorité qualifiée. Reste à savoir si le commissaire Verheugen serait prêt à persister dans ses pressions pour obtenir malgré tout la levée des réticences européennes. En tout état de cause, les observateurs notent que dans ce dossier, la Commission a défendu sa position en ordre dispersé. Si le commissaire à l’Industrie a obtenu le soutien du président de l’exécutif européen, José Manuel Barroso, il a, depuis le début, rencontré le plus de difficultés à convaincre et la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer-Boel et la commissaire à la santé des consommateurs, Androulla Vassiliou, tant la pratique américaine de la décontamination en bout de chaîne de production va à l’encontre des minutieuses règles d’hygiène alimentaire patiemment mises en place par l’UE. De surcroît, disent ces mêmes observateurs, pour convaincre les Etats membres, le dossier présenté par la Commission souffre d’une faiblesse majeure : à aucun moment, la Commission n’a été en mesure de présenter d’éventuelles contreparties américaines à l’autorisation de cette pratique contestée en Europe.