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UE/Sucre L’industrie sucrière demande une cohérence entre les politiques commerciale et agricole de l’UE

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Alors que l’industrie mondiale du sucre continue de se développer, l’industrie européenne du sucre est paradoxalement confrontée à « une situation intenable », selon les fabricants de l’UE : d’une part, ses exportations sont soumises à restrictions, d’autre part, de nouvelles importations sans droits de douane lui sont imposées. Ainsi le CEFS demande d’urgence que la politique commerciale de l’UE, et particulièrement en ce qui concerne son volet importations, soit cohérente avec les engagements acceptés lors de la réforme de la PAC pour le secteur du sucre. Le Comité européen des fabricants de sucre défend en réalité un marché européen qui soit toujours « approvisionné par une production communautaire stable et couvrant pas moins de 85 % de la consommation intérieure, le solde étant fourni par les pays ACP et PMA et les fournisseurs traditionnels de l’UE ».

Dans une lettre ouverte publiée à l’occasion de l’adoption, le 9 novembre, par la Commission de sa Communication sur la PAC post-2013, le Comité Européen des Fabricants de Sucre (CEFS) explique pourquoi la mise en œuvre d’une politique commerciale cohérente est un prérequis essentiel au développement durable de l’UE et à la réalisation des objectifs de la stratégie « Europe 2020 » censée procurer une croissance « intelligente, durable et inclusive ».
Face à ce besoin de cohérence, le secteur de l’agriculture et tout particulièrement celui du sucre, a beaucoup à revendiquer. Depuis la réforme du régime sucre européen, initiée en 2006, le secteur a dû absorber d’importantes diminutions des prix et se restructurer en fermant 60 % de ses sites de production. « En l’espace de trois ans seulement, souligne le CEFS, l’UE est passée de deuxième exportateur mondial au stade de deuxième importateur. En limitant sa production de sucre à un niveau se situant bien en deçà de sa consommation intérieure, l’UE a préservé les intérêts de ses fournisseurs traditionnels, en particulier les pays ACP, et a également ouvert son marché intérieur aux exportations en provenance des pays les moins développés. Alors que l’industrie mondiale du sucre continue de se développer, l’industrie du sucre européenne voit ses exportations soumises à restrictions, tandis que de nouvelles importations sans droits de douane lui sont imposées (cf. les accords récents conclus avec l’Amérique Centrale et les Pays Andins, les négociations en cours avec le MERCOSUR, l’Ukraine, l’Inde, Singapour, et le Programme de Développement de Doha de l’OMC où des concessions supplémentaires sont discutées).

Des dommages irréparables
De tels accords pourraient « causer des dommages irréparables à l’industrie du sucre européenne ainsi qu’à ses fournisseurs traditionnels, le marché européen étant déjà entièrement fourni ». Le fait de poursuivre dans cette voie aurait, selon la lettre du CEFS, pour conséquences :
– de fragiliser les objectifs de la politique de l’UE d’amélioration de la sécurité alimentaire par l’introduction d’une instabilité de l’offre sur le marché de l’UE due à la volatilité des cours mondiaux du sucre, ce phénomène étant exacerbé par la volatilité des taux de changes, le tout au détriment des consommateurs européens ;
– d’encourager certains partenaires commerciaux de l’UE à utiliser les « swaps », c’est-à-dire l’exportation de leur production intérieure sur le marché européen alors qu’ils importent des quantités équivalentes de pays non européens afin de répondre à leur demande intérieure. Ces opérations ne confèrent aucune valeur ajoutée à l’agriculture locale des pays en développement mais transfèrent la richesse au profit des grandes sociétés de négoce internationales ;
– d’avoir un impact négatif sur l’environnement, en encourageant le transport de denrées sur de longues distances, dont la traçabilité et la durabilité ne peuvent être garanties ;
– de mettre en danger le développement futur de l’industrie betterave-sucre européenne par une nouvelle vague de fermetures d’usines et de pertes d’emplois qui n’auraient pas été anticipées et planifiées lors de la réforme de 2006 ;
– d’éroder les préférences existant de longue date avec les pays ACP (…) et réduire à néant les bénéfices tirés par les PMA de l’initiative « Tout Sauf les Armes ».

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