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L’influenza accélère dans l’Ouest, des mesures d’urgence en discussion

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Face à la brusque accélération de l’épizootie d’influenza aviaire en Vendée et Deux-Sèvres, professionnels et pouvoirs publics envisageraient une suspension localisée des mises en place de dindes et de canards.

Il aura suffi de quelques jours de froid pour que le virus de l’influenza aviaire menace, une nouvelle fois, de devenir incontrôlable dans l’Ouest. En une semaine, la Vendée a connu 20 nouveaux cas et les Deux-Sèvres 10, a indiqué la DGAL (ministère de l’Agriculture) lors d’une réunion avec les professionnels le 29 novembre. Après un renforcement progressif de la prévention durant l’automne, place aux mesures d’urgence, encore en discussion. Soutenus par la FNSEA, des professionnels de la filière avicole portent un projet de suspension provisoire des mises en place de dindes et de canards, les deux espèces les plus sensibles aux virus circulant actuellement. Cette mesure s’appliquerait dans une zone localisée dans les départements du Maine-et-Loire, de la Vendée et des Deux-Sèvres. « Cela coûtera moins cher que de mettre en élevage, d’abattre et d’indemniser les éleveurs, comme au printemps », estime Joël Limouzin, membre du bureau de la FNSEA en charge du dossier. La délimitation géographique, la durée, et le financement de cette mesure feraient encore l’objet de discussions. Entre le 28 et le 29 novembre, sept à huit cas auraient été déclarés dans cette zone, rapporte celui qui est également président du FMSE (fonds sanitaire professionnel).

Expérimenter le vaccin « grandeur nature »

Cette suspension des mises en place – qui n’est pas sans rappeler le « plan Adour » organisé dans le Sud-Ouest – présente l’avantage de ne pas peser sur les capacités d’abattage, alors que la saison festive démarre. Une autre hypothèse sur la table était celle d’un pare-feu (abattages préventifs) autour de la zone touchée pour freiner la diffusion de la maladie. Une solution synonyme d’abattages massifs, alors que l’euthanasie des animaux dans les foyers montre déjà des premières difficultés sur le terrain. Pour rappel, au printemps, la saturation des capacités d’euthanasie et d’équarrissage avait sérieusement handicapé les mesures de lutte. Certains éleveurs avaient été contraints de laisser leurs animaux mourir dans les bâtiments, voire de les enfouir.

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Par ailleurs, toujours dans l’Ouest, « les éleveurs s’impatientent » face au délai de mise en œuvre de la vaccination par les pouvoirs publics, confie Joël Limouzin. Certains éleveurs déjà touchés au printemps auraient été à nouveau frappés cet automne. Dans les Pays de la Loire, la FRSEA et les JA ont fait voter, lors d’une session de la chambre régionale d’agriculture le 28 novembre, une motion « exigeant le déploiement en urgence de la vaccination contre l’influenza aviaire ». Lors d’une conférence de presse le 9 novembre, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau avait indiqué qu’il comptait présenter sa stratégie vaccinale en mars. En session, les élus ligériens ont aussi adopté la proposition de faire des Pays de la Loire une région candidate à une « expérimentation grandeur nature » sur les dindes et les canards, rapporte M. Limouzin, par ailleurs président de la chambre d’agriculture de Vendée. « Le vaccin ne réglera pas tout, mais il évitera surtout des catastrophes », plaide-t-il. Dans les Landes, la chambre d’agriculture a adopté une motion demande la mise en place de la vaccination « dès l’automne 2023 ».

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Un premier cas dans les Landes

Au niveau national, l’Hexagone comptait 91 foyers en élevage (depuis le 1er août), selon le dernier bilan du ministère de l’Agriculture au 30 novembre. Un décompte qui ne tient pas compte des cas les plus récents. La semaine dernière a été marquée par le premier cas dans les Landes, département majeur pour la production de foie gras. Ce foyer n’est pas apparu en élevage, mais chez un particulier (basse-cour) à Léon, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Dax. Dès le 24 novembre, la préfecture des Landes a pris un arrêté instaurant une « zone réglementée temporaire » (ZRT) dans neuf communes du littoral atlantique, y interdisant notamment les mouvements d’animaux. Une fois la maladie confirmée, cette ZRT est devenue une zone réglementée classique (zone de protection de 3 km et zone de surveillance de 10 km). Les communes concernées par la ZRT ne se situent pas dans le bassin le plus dense en canards, situé à l’est du département. Dans les 68 communes les plus denses des Landes, des Pyrénées-Atlantiques et du Gers, les professionnels ont mis en place le « plan Adour » (aucun canard entre le 15 décembre et le 15 janvier). Premier bassin français de production de foie gras, le Sud-Ouest a été durement frappé à plusieurs reprises par l’influenza aviaire ces dernières années. En 2021-2022, les Landes avaient déploré 229 cas en élevage.

Vingt nouveaux cas en Vendée en une semaine

Une suspension des mises en place plutôt qu’un pare-feu

La chambre du Lot-et-Garonne adopte une motion contre la claustration

Dans le Lot-et-Garonne, la chambre d’agriculture s’est prononcée à l’unanimité contre les mesures préconisées par l’État pour endiguer l’épizootie d’influenza aviaire, désormais placée en risque « élevé » en France, a appris l’AFP le 29 novembre. Les élus des syndicats agricoles Coordination rurale (majoritaire dans ce département), FDSEA et Confédération paysanne ont voté une motion qui refuse la mise à l’abri des volailles ainsi que les abattages préventifs, contrairement aux mesures mises en place par l’État. « Les protocoles mis en œuvre ne font pas leurs preuves puisque depuis plusieurs années, la circulation du virus n’a pas cessé de prendre de l’ampleur », indique la motion. Selon le président de la chambre d’agriculture Serge Bousquet-Cassagne, les éleveurs du département abattront les canards contaminés par le virus mais « libéreront devant la préfecture, dans les campagnes, un peu partout » les animaux sains qui resteraient dans les élevages concernés, « avant que l’administration ne les fasse brûler ». Ainsi, quand les services de l’État arriveront dans un élevage, « il n’y aura déjà plus rien ». « On attendra que 20 % d’un poulailler soit mort avant d’abattre les autres volailles, comme le fait la Pologne », a ajouté le responsable agricole, qui espère que la fronde gagnera d’autres départements, pour « dire stop » et « sauver la filière ».