Les étudiants ne manquent pas d'idée en matière d'innovation alimentaire, en témoignent les résultats du dernier concours Ecotrophélia 2015, qui constitue un véritable vivier de start-up ou de projets pour les entreprises du secteur. Maintenant décliné dans une vingtaine de pays européens, Ecotrophélia voit l'ensemble de sa démarche validé avec la création du projet Foodlab, une plate forme à destination des étudiants, des chercheurs et des entreprises pour valoriser l'innovation.
Les prix du dernier concours d'étudiants Ecotrophélia(1) ont été remis le 2 juillet. Ce concours qui est un savant mélange entre trois univers, l'enseignement, la recherche et l'entreprise, fait chaque année la part belle à l'innovation alimentaire. Et cette fois encore, les étudiants ne manquaient pas d'imagination ! « Chaque année je suis bluffée par la qualité des projets », indique d'emblée Christine Cherbut, la présidente du jury national en 2015, par ailleurs directrice scientifique pour l'alimentation à l'Inra et grande habituée du concours. « Si la dimension santé des projets a toujours bien été prise en compte par les étudiants, cette année, ils sont également très au point sur les aspects marketing et commercial ». Cette dernière a aussi constaté une vraie montée en puissance de « la dimension durabilité », avec des projets qui vise à éviter le gaspillage et prennent en compte les aspects sociétaux dans leur globalité et ne s'arrêtent pas juste aux problèmes environnementaux. Les projets présentés prennent également très à cœur de répondre aux préoccupations des consommateurs sur leur santé, notamment avec des solutions snacking adaptées, ou encore vers des produits d'exception, sans même parler des applications avec les protéines végétales en lieu et place des protéines animales. « Des jeunes en prise avec leur temps », résume ainsi Christine Cherbut, et qui constitue « la génération émergente de nos futures entreprises ».
UN VIVIER DE PROJETS
Cette année, 64 projets avaient été présentés au concours Ecotrophélia par des équipes d'étudiants émanant de 14 établissements d'enseignements supérieurs public ou privé commercial ou scientifique. Parmi les 18 projets retenus par la commission de présélection du concours et évalués par un jury d'experts le 2 juillet à Avignon, 7 ont été récompensés (lire ci-après). Des projets riches et variés alliant technicité et imagination et répondant à des préoccupations de santé ou sociétales. Heureusement pour les autres projets qui ne montent pas sur les podiums (Agra Alimentation du 11 juin 2015), l'aventure ne s'arrête pas là. Les « success stories » ne concernent pas uniquement les gagnants au concours Ecotrophélia. En effet, pour concourir, la plupart des équipes d'étudiants travaillent durant l'année en partenariat avec « des entreprises qui peuvent évidemment décider de commercialiser les produits mis au point à cette occasion, voir même le racheter pour le développer de leur côté », assurent les responsables d'Ecotrophélia.
UN FOSSÉ ENTRE LE MONDE UNIVERSITAIRE ET LE MONDE DES AFFAIRES
Ainsi en 15 ans d'existence du concours, c'est plus de 80 partenariats industriels qui ont été noués et une quarantaine de produits commercialisés. Un bilan finalement assez faible au regard de la qualité des projets présentés depuis la création, qui s'explique en grande partie par le postulat de départ de ce concours. « Pendant une dizaine d'années, nous avons testé la démarche pédagogique », rappelle en effet Dominique Ladevèze, directeur du Pôle Recherche Innovation-Idefi-Ecotrophelia-CCI Vaucluse et responsable du Comité d'organisation d'Ecotrophelia, qui s'appelait à l'origine Trophélia. A l'époque, le monde de l'enseignement n'était pas vraiment proche du monde de l'entreprise. Un fossé qui s'est progressivement comblé, grâce aux retours d'expériences issus des différents projets, mais aussi par la volonté forte des organisateurs. « Nous sommes partis du constat que grâce au concours, nous étions arrivés à un tel degré d'exigence du coté des étudiants, qu'il était dommage de ne pas avoir plus de transferts des projets vers les PME. Nous avions tous les ingrédients de base, il nous manquait la dimension entrepreneuriale », résume ainsi Dominique Ladevèze. Un aspect du problème qui n'est pas étranger au fossé, parfois énorme, qu'il existe entre les universités françaises et européennes et le monde des entreprises.
Ainsi d'années en années, les projets concourant pour Ecotrophélia se sont donc musclés pour gagner en épaisseur sur tous les aspects « business ».
UN SAVOIR FAIRE RECONNU QUI S'EST EXPORTÉ
Dans le même temps, fort de son succès, le concours est passé au stade européen en 2011, d'où le changement de nom, avant de faire parti des lauréats de l'appel à projets IDEFI (Initiatives d'excellence en formations innovantes) dans le cadre du Grand Emprunt, « qui vise à mutualiser les bonnes pratiques des uns et des autres en matière de formations à l'excellence en innovation alimentaire », indique encore Dominique Ladevèze. Et partant de là, il ne manquait plus qu'une banque de données réunissant à la fois les projets, les formations pour préparer à l'innovation et les financeurs. Voilà qui est chose faite avec Foodlab (lire interview ci-après). « Nous avons été choisis pour porter le projet Foodlab en Europe, un véritable incubateur de projets qui permettra de valoriser les innovations », se félicite Dominique Ladevèze.
UN INCUBATEUR DE PROJETS EN COURS DE CRÉATION
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Soutenu par la CCI de Vaucluse et ses partenaires, Foodlab a été validé en octobre dernier par l'Union Européenne dans le cadre de l'appel à projet Erasmus+ pour développer la création d'entreprises dans le secteur alimentaire. Ce programme a pour objectif de renforcer l'esprit d'entreprise, de la création d'entreprise et de l'entrepreneuriat chez les jeunes étudiants. Sur 232 candidatures déposées par différents partenaires de 32 pays européens, « nous sommes le seul projet français, parmi les 8 retenus. Une petite prouesse dont nous sommes assez fiers », précise-t-il encore. Foodlab rassemble 5 universités (Isara Lyon et ENSCPB Bordeaux, deux universités italiennes et une espagnole), un centre technique agroalimentaire hongrois, trois PME agroalimentaires et un groupement de fédérations alimentaires européennes. « Ce projet s'opère dans la continuité d'Ecotrophélia et valide totalement la démarche dans laquelle nous nous sommes inscrits, à savoir un triangle d'or qui combine l'enseignement, la recherche et les entreprises », conclu Dominique Ladevèze. Difficile de dire quelle sera la prochaine étape maintenant pour Ecotrophélia, mais il y en aura forcément d'autres, porté par le besoin d'innover... toujours.
(1) Ecotrophelia France est organisé par la CCI de Vaucluse et soutenu par ses partenaires officiels : la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le Département de Vaucluse, le Grand Avignon, Interfel, le Centre Européen pour la Nutrition & la Santé (Cens), le Fonds Français pour l'Alimentation et la Santé, Auchan, la Société Marseillaise de Crédit, Sopexa, le Sial et le Ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt.
- Ecotrophelia France d'Or (doté d'un montant de 7 000 €) revient à Gréneo (Ensaia de Lorraine), des pépites croustillantes de légumineuses, aux lentilles corail et aux pois cassés pour le petit-déjeuner. Gréneo représentera la France au concours européen Ecotrophelia Europe, en octobre prochain à Milan, sur le Pavillon de la Commission Européenne.
- Ecotrophelia France d'Argent (doté de 4 000 €) attribué à Telö (ENSCBP Bordeaux INP), une crème glacée à la gousse de vanille Bourbon à faible teneur en sucres
- Ecotrophelia France de Bronze (doté de 2 000 €) pour Devatâ, liqueur à la citronnelle du Cambodge (ENSCBP Bordeaux INP), une liqueur à la citronnelle du Cambodge, en partenariat avec une association humanitaire.
- Ecotrophelia France Innovation Fruits & Légumes (doté de 5 000 €), soutenu par Interfel revient à l'Irrésistible Duo - ISARA Lyon, deux barres savoureuses et pratiques composées de légumes.
- Ecotrophelia France Innovation Nutrition (doté de 3 000 €), soutenu par le Centre Européen pour la Nutrition & la Santé (Cens) et le Fonds Français pour l'Alimentation et la Santé pour Sel à Saisons (École de Biologie Industrielle – Cergy), un accompagnant ou condiment - Avec Sel à Saisons, qui permet d'assaisonner ses plats tout en régulant votre consommation de sel.
- Le Prix spécial Communication et Marketing (doté par Sopexa de 1 000 €) a également été attribué à Sel à Saisons.
Et enfin le Prix Bernard Loiseau, décerné par le public professionnel (doté de 500 €) revient à Mangapulpe (Esiroi - Université de La Réunion), un dessert ou une collation saveurs exotiques.