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Etude L’inocuité du maïs OGM NK 603 remise en cause

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Les résultats de l’étude de long terme sur l’effet d’un maïs OGM et du RoundUp sur des rats sont présentés par ses auteurs et par la presse comme « alarmants ». Retour sur l’expérience.

Rarement étude scientifique publiée dans une revue (très) spécialisée aura été si connue du grand public. « Toxicité à long terme d’un herbicide RoundUp et d’un maïs génétiquement modifié résistant au RoundUp », tel est l’intitulé de la désormais célèbre étude publiée par une équipe de chercheurs de l’université de Caen et d’une chercheuse de l’université de Vérone (Italie) (1), le 19 septembre, dans la revue internationale Food and Chemical Toxicology, référence reconnue en ce qui concerne la toxicologie alimentaire. Comment a-t-elle été menée ?
Ces chercheurs ont étudié sur 200 rats (répartis en dix groupes de 20, voir encadré 1) et pendant deux ans, les effets combinés ou non de deux facteurs : l’herbicide RoundUp de Monsanto et le maïs OGM NK 603 résistant au RoundUp commercialisé par Monsanto (2). La mortalité, l’état de santé des rats (apparition de tuneurs et de maladies), et 31 paramètres biochimiques ont été suivis pour l’ensemble des rats.

Des mortalités et pathologies plus nombreuses chez les rats traités

La présentation des résultats, dans l’article, montre par exemple que l’apparition de tumeurs a été constatée 2 à 3 fois plus fréquemment chez l’ensemble des groupes traités (mâles et femelles confondus) que chez le groupe témoin. Dans presque tous les cas, les femelles ont développé des tumeurs plus fréquemment et plus précocement que dans le groupe témoin. Chez les mâles « traités », les congestions et nécroses du foie sont entre 2,5 et 5,5 fois plus fréquentes que chez les témoins. La mortalité des femelles, dans l’ensemble des groupes traités, se révèle deux à trois fois supérieure à celle des témoins. Autre conclusion relevée par les auteurs : les réponses, tant en termes de mortalité que d’apparition de tumeurs, ne s’avèrent pas proportionnelles aux doses d’OGM ou d’herbicide ingérés par les rats à travers leurs régimes alimentaires. Ce type de réponse a déjà été observé pour des substances qui modifient le fonctionnement du système hormonal.
Notons que les résultats présentés par les auteurs comparent le plus souvent la réponse des groupes traités pris dans leur ensemble avec la réponse du groupe témoin, et ne distinguent pas systématiquement les différents traitements imposés aux rats à travers leur alimentation : OGM, OGM + RoundUp et RoundUp seul. Difficile donc d’isoler au premier abord l’effet RoundUp de l’effet OGM.

Les délivrances d’AMM remises en cause

L’une des particularités de cette étude est d’avoir pu suivre des groupes de rats pendant deux ans, alors que les études réalisées par les firmes pour obtenir des autorisations de mise sur le marché d’OGM portent généralement sur 3 mois, comme l’exige la réglementation européenne. Or, d’après ces résultats, les premières tumeurs apparaissent au bout de quatre mois pour les mâles traités (sept pour les femelles), ce qui « souligne l’insuffisance que constitue le fait d’exiger des études à 90 jours pour évaluer la toxicité des OGM pour l’alimentation animale et humaine ».
Une autre particularité de ces travaux est d’avoir étudié l’effet de l’ingestion par des rats de solutions contenant du RoundUp et non seulement du glyphosate, la substance active du RoundUp. Les adjuvants qui accompagnent le glyphosate, dans la formulation commercialisée, jouent pourtant pour beaucoup dans l’efficacité du produit, relèvent les auteurs. En revanche, l’idée selon laquelle il s’agit de la première étude de long terme sur l’effet des OGM est contestée par plusieurs personnes (voir encadré 2).

La polémique est relancée

Avec la parution prochaine de plusieurs ouvrages et documentaires, le sujet est en tout cas remis avec fracas sur le tapis. En effet, ces travaux de recherche sont publiés alors que doit sortir le 26 septembre un livre de Gilles-Eric Séralini Tous cobayes (éditions Flammarion, à paraître le 26 septembre) sur ce sujet, qui a inspiré un documentaire de Jean-Paul Jaud (auteur de Nos enfants nous accuseront), au cinéma le 26 septembre, ainsi qu’un documentaire télévisé OGM, vers une alerte mondiale ? de François Le Bayon. Enfin, l’impact juridique et sociétal est l’objet du livre La vérité sur les OGM c’est notre affaire de Corinne Lepage, qui sera publié le 21 septembre (éditions Charles Léopold Mayer). Cette étude est a d’ailleurs été financée par la Fondation Charles-Léopold Mayer, l’association Ceres (rassemblant des entreprises de la grande distribution), le ministère de la Recherche et le Criigen, Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique.

(1) Les auteurs de l’étude « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize » sont : Gilles-Eric Séralini, Emilie Clair, Robin Mesnage, Steeve Gress, Nicolas Defarge,
Manuela Malatesta (de l’Université de Vérone, Italie), Didier Hennequin, Joël Spiroux de Vendômois.
(2) le maïs OGM NK 603 est commercialisé en Europe depuis 2004, mais sa culture n’est pas autorisée. Monsanto a déposé une demande en ce sens auprès de l’UE. Elle a reçu un avis favorable de l’Efsa mais attend toujours le feu vert de Bruxelles

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