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Marchés agricoles L’instabilité des prix agricoles est un « piège à pauvreté »

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Alors que l’instabilité des marchés agricoles est au programme du G20 dont la France assure la présidence, un séminaire à l’initiative du ministère des Affaires étrangères, de l’Agriculture, de l’Economie, et notamment du Cirad, a tenté de dégager des pistes d’action. Si tous les intervenants sont d’accord pour constater que l’instabilité des prix agricoles est un « piège à pauvreté », le consensus est plus difficile à trouver sur les moyens de lutter contre cette volatilité. D’autant que certains leviers peuvent rapidement avoir des effets négatifs pour les pays pauvres. Un élément fédérateur réside dans « l’amélioration de l’information et de la transparence ».

L’évolution du niveau des prix alimentaires est « la variable clé dans les pays les plus pauvres », a rappelé Françoise Gérard, du Cirad, qui a présenté, le 1er décembre, une étude sur les facteurs actuels de cette volatilité et les expériences de régulation menées dans une quinzaine de pays. « L’instabilité des prix a une conséquence directe sur les pays les plus pauvres, explique-t-elle. Ce qui fait que de nombreux pays sont coincés dans une trappe de pauvreté ». François Gérard identifie deux types de « chocs » susceptibles de perturber les marchés agricoles. Il s’agit de « chocs » liés aux conditions naturelles et climatiques. Ces événements peuvent se compenser à l’échelle du monde. « La globalisation nous permet d’avoir des prix stables », explique-t-elle. Les instruments privés de stockage sont suffisants.
Par contre, si le « choc » sur les marchés a comme origine une « imperfection de l’information » qui provoque une augmentation de l’offre en raison de prix qui s’envolent, rien ne va plus. « Dans ce cas, la globalisation ne permet pas de résoudre le problème ; il faut intervenir directement sur le marché ».
Mais « l’intervention publique est très compliquée » à mettre en place. Déjà, par « l’effet d’éviction» qu’elle provoque : « Les commerçants (acteurs privés) se sentent exclus ». « Il faut des règles claires et crédibles » avec le souci d’adapter « sans cesse » le dispositif qui doit être « flexible », assure Françoise Gérard. « La légitimité de cette intervention doit être discutée entre les différents acteurs », ajoute-t-elle. Sans oublier un accès aux ressources financières suffisant.

Améliorer l’information
« Les effets négatifs de cette intervention de l’Etat sont aussi la corruption » dans les pays en voie de développent, soulignent différents intervenants. En plus, il ne faut pas s’étonner de voir en période d’euphorie sur les prix, une « soudaine surproduction agricole ». Les agriculteurs veulent logiquement en profiter. Ce qui amplifie les phénomènes de volatilité.
« L’intervention qui se limite à panser les plaies est beaucoup trop coûteuse », résume Nicolas Bricas du Cirad. La difficulté est de réussir à définir à partir de quel niveau il faut intervenir. La variation des prix des produits agricoles est normale. C’est la volatilité considérée comme « excessive » qui pose problème.
Face à ces interrogations, l’amélioration de l’information et de la transparence semble être une piste partagée. « Il faut améliorer l’information », résume Nicolas Bricas. Pour Hafez Ghanem, de la FAO, « il est nécessaire de publier des informations sur les transactions internes des marchés des produits alimentaires ». Il raconte que l’épisode de cet été avec la sécheresse en Russie a été mal géré par les pays importateurs car ils n’ont pas eu la bonne information. « Les pays ont acheté du blé en panique », ce qui a perturbé les cours. A la question : « Qui peut gérer l’information au niveau international ? », Françoise Gérard évoque « la création d’une maison internationale d’arbitrages ». Quelles que soient les options choisies, « il faut un changement d’attitude au niveau mondial », conclut Peter Timmer (Center for global développement).

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