Au nord comme au sud, l'installation des jeunes et le renouvellement des générations en agriculture sont des enjeux fondamentaux. Mais les problèmes ne sont pas les mêmes partout : si les candidats peinent à trouver des surfaces en France ou aux Etats-Unis, ce sont les vocations qui manquent au Sénégal ou au Mali, le métier n'étant pas attractif aux yeux des jeunes qui espèrent trouver un meilleur avenir en ville.
S I beaucoup de jeunes veulent s'installer en agriculture dans les pays du nord, mais n'ont pas accès à la terre, les pays du sud manquent de bras pour renouveler les générations, a-t-on pu conclure du Sommet international des jeunes agriculteurs, le 3 septembre à Bordeaux. « Pour être agriculteur, il faut avant tout avoir accès à un minimum de foncier, c'est le pied à l'étrier », a débuté Emmanuel Hyest, président de la FNSafer, l'organisme d'aménagement du foncier agricole. « En France, nous avons la chance d'avoir beaucoup de jeunes qui veulent s'installer, mais le prix de la terre est élevé, le marché se ferme », constate-t-il.
Des fermes trop grosses pour être reprisesLa situation semble encore plus tendue aux Etats-Unis : « Depuis 7 ans, j'ai entamé un processus pour reprendre l'exploitation familiale, qui durera encore 10 ans », explique Eric Hoese, producteur laitier dans le Minnesota. « C'est un problème majeur ici, les fermes grossissent de plus en plus, c'est difficile de les racheter, d'autant que les jeunes ont du mal à obtenir des prêts », témoigne-t-il.
À contrepied, Babacar Samb, conseiller en développement agricole au Sénégal, affirme que « pour installer des jeunes, il faut d'abord s'occuper de ceux qui sont déjà installés ». Plus que le manque de terre, c'est le manque de bras qui pose problème. « L'agriculture ne nourrit plus son homme », commente-t-il. Et donc, n'attire plus les jeunes. Selon lui, il faut avant tout rendre le métier plus attractif pour donner envie aux jeunes de s'installer, notamment en favorisant l'accès au marché.
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Un problème que les pouvoirs publics ont pris en compte en Tunisie, affirme Anis Sendi, de l'association des jeunes agriculteurs nouvellement créée après la révolution. « La politique agricole a changé en Tunisie, des choses sont faites pour arrêter la migration des jeunes vers la ville », explique-t-il. Il se réjouit que les autorités veuillent développer l'agriculture, poussant les agriculteurs à s'organiser en coopérative et à se moderniser.
La situation est similaire au Mali, où « les agriculteurs n'ont pas été motivés ni reconnus dans leur métier », selon Ibrahim Sidibé, de la Coordination nationale des organisations paysanne (Cnop). Mais pour lui, « si les jeunes quittent les campagnes, ce n'est pas parce qu'ils ont envie d'aller en ville, mais parce qu'ils n'ont pas le choix ». Face à cette situation, le Cnop met en place des formations, pour inciter les jeunes à devenir paysans. « L'agriculture peut résoudre le problème de la pauvreté, de l'emploi, ce n'est pas seulement une question agricole », conclut-il.