Les premiers éléments du plan de restructuration industrielle du secteur laitier beurre–poudre dans le Grand Ouest ont été présentés la semaine dernière à Rennes. Dans la foulée du rapport Trédé de 2004, les pistes envisagées vont du regroupement sur les meilleurs ateliers à la coordination commerciale pour mieux exporter.
Avec 65 % des fabrications de poudre de lait en France, 68 % du beurre et 82 % des caséines, les opérateurs des régions Bretagne, Pays de la Loire, Basse Normande et Poitou Charente subissent de plein fouet les réformes de la PAC et de l’OCM lait engagées en 2003.
Les pertes de valorisation ont fait disparaître la laiterie d’Ille-et-Vilaine (Nazart) à la fin 2005. Ne pas s’adapter pourrait menacer la collecte dont 15 à 20 % des volumes en France sont transformés en beurre et poudre.
A l’issue d’une table ronde à la préfecture de Laval (Mayenne), en juillet 2005, les interprofessions laitières de Bretagne et Pays de la Loire (Cil), Basse-Normandie (Cirlait) et Poitou-Charente (Criel) ouvraient la réflexion. Un comité de pilotage était constitué en septembre, avec pour président Roger Folliot, président du Criel Poitou-Charentes et parmi ses membres des représentants du Cniel et du ministère de l’Agriculture, notamment Yves Trédé, auteur en février 2004 d’un rapport sur l’avenir de la filière laitière en France.
Le comité de pilotage retenait le cabinet Sofra pour piloter l’enquête. Parallèlement, le Cniel confiait une étude à Ubifrance (ex-CFCE). En préambule, les auteurs de cette étude ont noté que « la crise vécue sur la valorisation des produits industriels a fait prendre conscience à tous les opérateurs de la nécessité d’engager une réflexion, avec la volonté d’aboutir à des projets. »
La quasi totalité des entreprises positionnées dans le secteur ont participé à la réflexion, soit 27 entreprises exploitant 39 sites industriels. 60 % des intervenants en matière grasse (268 000 tonnes sur le territoire enquêté) estiment « possible de développer une activité rentable », 37 % se disent exposés. Ceux évoluant dans les produits secs (934 000 T) ne sont que 50 % à trouver rentable leur activité, 27 % sont exposés et les autres considèrent les produits industriels comme des co-produits.
Ouverts à des alliances et à des projets communs
A l’issue des entretiens avec les enquêteurs de Sofra, les entreprises qui représentent la quasi-totalité du secteur du Grand Ouest ont fait savoir à leurs interlocuteurs qu’elles étaient ouvertes à des alliances ou des projets. « La dynamique de restructuration est activée (…), d’où l’intérêt d’une vision stratégique commune », a constaté Louis Guillemant, p.-d.g. de Sofra.
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Bruno Rouyer (Ubifrance) a rappelé que certaines entreprises laitières françaises en produits industriels restent fortement dépendantes du marché algérien, « en dégradation régulière depuis 4-5 ans ». En outre, « la filière laitière française accuse un retard assez net en termes de restructuration industrielle par rapport au Nord de l’Europe», a-t-il poursuivi.
« Les grands groupes laitiers ne mènent pas de stratégie d’abandon à court terme de produits laitiers industriels, mais réalisent plutôt un lissage progressif à la baisse, en jouant sur de multiples leviers». Bruno Rouyer estime qu’Arla Foods « semble assez confiant quant à sa capacité de pénétrer le marché mondial très dynamique de la poudre de lait entier, malgré la forte concurrence des opérateurs de l’Hémisphère sud ».
Le comité de pilotage suggère aux industriels du Grand Ouest plusieurs voies d’adaptation : concentrer la production sur les ateliers présentant les meilleurs potentiels technologiques ; rationaliser la collecte et les flux ; améliorer la productivité ; assurer une meilleure coordination commerciale pour accéder aux marchés d’exportation.
Plus de R&D pour plus de valeur ajoutée
Elles peuvent être réalisées à l’intérieur des groupes, ou à l’issue d’un processus de rapprochement entre opérateurs, sur le plan commercial ou industriel (investissements en commun…). « Il n’y a pas de surcapacités actuellement, mais il y a matière à des regroupements entre des sites», a reconnu Marcel Denieul, éleveur laitier, président du Cil de Bretagne – Pays de la Loire.
La dynamique de Bretagne Biotechnologie Alimentaire et du pôle de compétitivité Valorial « l’aliment de demain » doit permettre aux industriels de pister des solutions technologiques plus valorisantes. Et d’investir en R & D.
La seconde étape de l’étude consiste à élargir la consultation collective aux dirigeants d’autres entreprises françaises intéressées par la démarche, consacrée à une réflexion et des échanges sur les différentes solutions de restructuration au sens large (commerciale et industrielle). » A ce stade, selon Sofra, 25 des 27 entreprises du grand Ouest restent dans le processus de réflexion stratégique.