Abonné

L’interprofession semences inquiète pour ses céréaliers

- - 6 min

Lors d’une journée organisée par l’interprofession des semences (Gnis) sur les céréales à paille, les intervenants se sont inquiétés de la perte de compétitivité des céréaliers français sur le marché international, à la fois dans une conjoncture difficile liée à la récolte catastrophique de la précédente campagne, mais aussi dans une perspective à plus long terme de montée de la concurrence croissante et de perte de compétitivité de la France, en particulier sur le blé tendre.

C’est le président de la section céréales à paille du Gnis (interprofession semences) Thierry Momont qui a tiré le premier la sonnette d’alarme, pointant d’abord l’effet des très mauvaises récoltes de l’année dernière. « Il y aura un avant et un après 2016, a-t-il lancé. La filière semences, comme les agriculteurs, risque fortement d’avoir du mal à se relever de cette année charnière. Les politiques agricoles doivent donc se coordonner en urgence pour résoudre cette problématique pression ». Ces mauvaises récoltes ont eu un effet sur toute la filière, a-t-il insisté, notamment à l’export, où les entreprises ont perdu des clients.
À plus long terme, il a appelé à un sursaut face à la « concurrence déloyale » des concurrents extra-communautaires sur le marché international du blé, à l’instar de « l’agriculteur russe qui gagne bien sa vie avec 150 euros de l’hectare », et pointé du doigt la menace de voir l’Europe marginalisée sur ce marché comme elle le fut en maïs ou en soja, à cause d’interdictions et de normes excessives, estime-t-il.

Biodiversité, source de segmentation

La biodiversité était l’une des thématiques abordées durant cette matinée ; biodiversité vue comme une donnée contraignante à intégrer aux pratiques, mais aussi, pour l’essayiste Robin Rivaton proche de Valérie Pécresse (LR), comme une source de segmentation du marché. Pour lui, il faut rechercher « l’équilibre fin entre les professionnels qui peuvent sentir qu’il y a de la ressource dans la biodiversité (agronomie, segmentation des produits, ndlr) et un impératif de biodiversité qui a parfois du bon sens mais qui pèse économiquement ».
Ce fut ensuite au président des Jeunes agriculteurs, Jérémy Decerle, de critiquer la politique agricole en matière d’environnement et de s’inquiéter de la survie des exploitations françaises : « En France, nous avons géré la question environnementale de manière désorganisée et dogmatique. Les agriculteurs savent aussi bien que les politiques que la société a des exigences. Laissez-nous faire ! »

Sans agronomie, la biodiversité mal valorisée

Note discordante de la matinée, l’ingénieur du CGAAER (ministère de l’Agriculture), Francis Dreyfus, auteur en 2016 d’une mission d’évaluation de la politique « Semence et agriculture durable » qui avait été lancée en 2011 à l’issue du Grenelle de l’environnement, a dénoncé la trop faible diversité des variétés cultivées dans le secteur protéagineux et parmi les plantes de diversification végétale : « Tout ça ne suscite pas suffisamment d’efforts de la filière semence publique et privée ».
Francis Dreyfus estime plus généralement que « les raisonnements concernant l’utilisation des semences ne changent pas », et met en avant les travaux d’écologues, pour qui l’amélioration de la résilience des cultures passe par leur « organisation spatiale », qui n’aurait pas été développée jusqu’ici par la filière. Et de conclure : « S’il n’y a pas d’écologie et d’agronomie, la biodiversité est insuffisamment valorisée ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

blé tendre
Suivi
Suivre
céréales
Suivi
Suivre

Ce à quoi le président de la section céréales à pailles du Gnis, Thierry Momont lui répondra, en substance, lors de son discours de conclusion, qu’il ne saurait exister d’augmentation de biodiversité sans que soient créés au préalable de débouchés pour ces nouveaux produits. Et d’illustrer : « L’État nous répète à l’envi qu’il faut produire plus de pois protéagineux mais les organismes stockeurs nous disent qu’ils n’ont pas de clients ».

Six modèles de rémunération de l’amélioration variétale du blé dans le monde, selon C. Dequidt

Le conseiller en communication et formateur Chrisophe Dequidt, qui a réalisé récemment un tour du monde des moissons, classe les modes de rémunération de l’amélioration variétale du blé en six catégories. Dans la première catégorie (Chine, Inde), « les royalties existent mais sont collectés difficilement ». Les organisations publiques sont très présentes et mettent à disposition les semences à très bas prix. Le deuxième modèle est celui des États-Unis ou de l’Argentine, pays des « royalties par brevets ». Aux États-Unis coexistent deux méthodes : une filière où des revendeurs (dealers) achètent de la semence certifiée plus chère à des obtenteurs, et d’autres filières comme celles de Pionneer qui fonctionne, comme en OGM, avec des brevets et des licences d’utilisation. Le troisième modèle est représenté par l’Australie et le Canada, « qui sont récemment passés de la recherche publique à la recherche privée », et utilisent peu de semences certifiées. En Australie, les semences sont distribuées gratuitement et les royalties perçues à la collecte en fonction des tonnes produites par chaque variété. Le modèle finlandais (le 4e) rémunère les obtenteurs en fonction des surfaces déclarées pour les aides PAC. Au Royaume Uni, la collecte des royalties sur les semences de ferme se fait par les trieurs à façon. En France, la semence de ferme rémunère les obtenteurs par une contribution volontaire obligatoire (CVO).

Semences certifiées : une baisse du taux d’utilisation de 2 à 3 points attendue en blé

Dans un contexte de très mauvais rendements de l’été dernier et de prix bas qui ont suivi, le président de la section céréales à paille du Gnis (interprofession semences) Thierry Momont s’attend à une baisse de 2 à 3 points du taux d’utilisation des semences certifiées en blé sur la campagne en cours par rapport à la précédente, a-t-il expliqué lors de l’une journée organisée sur ce thème par le Gnis. Thierry Momont a décrit une « situation catastrophique » pour la filière semence.