Abonné

Rapport L’Observatoire des prix et des marges constate une stabilité des prix alimentaires

- - 5 min

Mis en place en 2010, l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires vient de rendre son sixième rapport. En 2016, dans un contexte de fortes instabilités, à la hausse comme à la baisse, des marchés agricoles, les prix alimentaires sont restés globalement stables. Une situation dont le consommateur sort gagnant mais dont il n’a pas conscience. De son côté, la part agricole du panier alimentaire ne cesse diminuer.

À l’occasion de la présentation le 11 avril du rapport 2016 de l’Observatoire des prix et des marges, Philippe Chalmin son président, a insisté sur la grande stabilité des prix alimentaires à la consommation qui contraste avec l’instabilité des prix agricoles. Les prix alimentaires sont ainsi restés stables, avec une hausse de 0,7 % en 2016 après 0,5 % en 2015. "Une instabilité des prix agricoles qui devient la règle et dont le consommateur final n’est pas conscient", a encore ajouté ce dernier. Tous produits agricoles confondus, la moyenne des prix à la production agricole stagne à +0,3 % en 2016 par rapport à 2015, alors qu’ils avaient perdu 2,4 % en moyenne en 2015 et 5,3 % en 2014. Ces chiffres recouvrent toutefois des réalités bien différentes selon les filières, puisque les prix du lait, de la viande bovine, et du blé tendre comme dur ont reculé, tandis que les prix à la production du porc et des fruits et légumes ont augmenté et que ceux de la volaille sont restés stables. "La grande nouveauté sur les 15 dernières années en France comme en Europe, c’est le passage des prix agricoles du stable à l’instable" avec la disparition des instruments communautaires de stabilisation des marchés agricoles, à l’exception de quelques mécanismes d’urgence de moins en moins adaptés, selon l’économiste.

Fort de tous les éléments réunis, Philippe Chalmin estime que la principale conclusion à tirer de ce 6e rapport est "qu’au moins depuis 2013, le seul véritable "gagnant" est tout simplement le consommateur, isolé de toutes variations de prix de l’amont ". Quant aux marges nettes moyennes des rayons de la grande distribution suivie par l’Observatoire "elles ont été dans l’ensemble stables de 2014 à 2015", indique le rapport. À noter que si les prix des matières agricoles analysés portent sur 2016, l’analyse des coûts et marges nettes dans l’industrie et la grande distribution sont ceux, au mieux de 2015, voire 2014 dans certains cas, compliquant un peu plus les comparaisons.

Des filières en grande difficulté

Mais ce qui apparaît très clairement à la lecture du rapport c’est que beaucoup "de producteurs ne couvrent pas la réalité de leurs coûts de productions". Ainsi, pour 100 euros de produits alimentaires, la part revenant aux producteurs n’est que de 6,20 €. Elle était de 6,85 € en 2012 (voir ci-dessous). Et si certaines filières peuvent espérer retour à meilleure fortune, "pour d’autres, qu’il s’agisse de bonnes ou de mauvaises années, les résultats sont toujours négatifs", relève Philippe Chalmin. Et le rapport de pointer du doigt la filière viande bovine, toujours en grande difficulté. Réagissant à ce rapport, Claude Cochonneau, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), a d’ailleurs indiqué dans un communiqué que « dans le contexte actuel de 2e année consécutive de crise, une véritable coopération doit émerger entre les différents acteurs des filières. Le jeu concurrentiel et/ou les relations conflictuelles perdurent entre les agriculteurs, le secteur industriel et la distribution, et continuent de causer un préjudice insoutenable pour les agriculteurs ». Même son de cloche du côté de la FNSEA pour qui " l’exigence de transparence est impérative pour contribuer à des règles du jeu équilibrées" et ce à tous les maillons de la chaîne, le syndicat estimant que " ceux qui ne jouent pas le jeu sont évidemment suspects !". Quant à "la déconnexion entre les prix des produits agricoles et les prix à la consommation (est) de plus en plus flagrante", la FNSEA estime que "c’est un défaut majeur de la LME qu’il faudra corriger" et demande aux politiques de "stopper l’hémorragie avant que des pans entiers de notre agriculture ne disparaissent".
Interrogé sur sa reconduction à la tête de l’Observatoire, Philippe Chalmin dont le mandat arrive à échéance d’ici une dizaine de jours, avoue ne pas avoir confirmation des rumeurs le donnant gagnant. Tout juste sait-il qu'"un arrêté de nomination datant de la semaine dernière se balade…".

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

consommation
Suivi
Suivre
formation
Suivi
Suivre

Un partage de la valeur déséquilibré

"L’euro alimentaire" qui constitue le volet macroéconomique des travaux de l’Observatoire analyse le partage de la valeur ajoutée créée par les dépenses alimentaires du consommateur. Calculé sur la base de la comptabilité nationale de 2013, qui sont les dernières données disponibles, il inclut pour la première fois la restauration hors domicile. Ainsi en 2013, les 232 millions d’euros de consommation alimentaire des ménages incluaient 9,5 % de taxes, 10,9 % d’importation alimentaires finales, 14,7 % de production agricole domestique et "65 % de valeurs crées en aval de l’agriculture par l’industrie, le commerce et les services", indique le rapport.

Dans le détail, 64,7 € (contre 65,70 € en 2012) de valeur ajoutée sur 100 euros de dépense alimentaire se répartissent comme suit : 15,40 € pour le commerce, 13,90 € pour la restauration, 14,30 € pour les autres services, 11,70 € pour les industries alimentaires, 3,20 € pour les autres industries, et 6,20 € pour l’agriculture. Une diminution de la part agricole du panier alimentaire du ménage qui "constitue un des points importants du rapport 2016" pour Philippe Chalmin.