La création de l'Observatoire européen du marché laitier par la Commission européenne semble satisfaire tout le monde à première vue : le secteur de la transformation et celui de la production de lait. Reste à savoir comment les uns et les autres interpréteront finalement sur le terrain les objectifs principaux de ce nouvel instrument censé officiellement contribuer à un développement équilibré du marché laitier européen une fois que les quotas laitiers auront été abolis en 2015.
« LE lancement de l'Observatoire du marché du lait européen, l'un des projets phares du commissaire Dacian Ciolos, est une étape supplémentaire vers une politique agricole orientée sur le marché », a déclaré Alexander Anton, le secrétaire général de l'European Dairy Association (EDA), le porte-voix de l'industrie laitière européenne, lors de l'inauguration le 17 avril de l'Observatoire européen du marché du lait par le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos. De l'avis de l'EDA, l'objectif global d'un observatoire du marché devrait être de « contribuer au bon fonctionnement des marchés laitiers en fournissant des données qui permettent aux opérateurs d'évaluer les conditions régnant sur le marché et de formuler un avis éclairé des tendances du marché sur le très proche avenir ». Cela permettrait aux opérateurs « d'adapter leurs intentions de production pour suivre les évolutions du marché actuel et du marché futur quand les quotas laitiers auront été abolis en mars 2015 ». Aux yeux des transformateurs laitiers, l'obtention de données fiables est la clé du succès du nouvel instrument, succès qui ne pourrait être atteint que si les opérateurs peuvent disposer de données sur la production laitière, la transformation et les prix du marché, dans la mesure où l'inélasticité de la demande dans le secteur laitier fait que les prix du marché sont généralement sensibles à de faibles variations de l'offre de la production de lait cru et à la disponibilité des produits. Se pose aussi pour eux la question de l'obtention de données représentatives et fiables sur l'évolution du marché. « Elle pourrait être améliorée en incluant des informations sur les taux de change, lequel est l'un des facteurs cruciaux pour la compétitivité du secteur laitier », estiment les leaders d'EDA.
« UN PREMIER PAS DANS LE BON SENS » POUR LES PRODUCTEURS LAITIERS
La création d'un Observatoire européen du marché du lait par Bruxelles redonne un peu d'espoir aux producteurs, estime l' Organisation des producteurs de lait (syndicat lait de la Coordination Rurale). À ses yeux, la connaissance au niveau européen des coûts de production, des prix payés, des volumes, des opportunités de marché, des attentes des consommateurs est un atout majeur pour la filière laitière. « Il manquait en Europe un partage d'informations limpides afin de ne plus opposer l'amont et l'aval de la filière, mais en faire des partenaires qui préservent le potentiel de production laitière dans toutes les zones ». Les producteurs considèrent que les informations de l'Observatoire doivent déboucher sur la mise en place d'une concertation entre les producteurs, les transformateurs et les consommateurs afin de contenir les prix payés dans une fourchette raisonnable qui couvre les coûts de production. C'est ce système qui permettra également de fournir plus de lait aux transformateurs dans le cas où s'ouvriraient des marchés à haute valeur ajoutée. De l'avis des producteurs, l'initiative de Bruxelles doit être encouragée et aller plus loin afin d'aboutir à la création d'une véritable « Agence de régulation » tant revendiquée par l'OPL que par l'European Milk Board, l'organisation européenne des producteurs, qui l'avait proposée lors de la grève du lait en 2009. Si les producteurs félicitent la Commission pour son initiative et l'encouragent à poursuivre son travail dans le sens d'une régulation efficace du marché, ils espèrent toutefois que « ce ne soit pas qu'une annonce simplement destinée à apaiser la colère des agriculteurs le temps des élections ! ».
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AIDER LE SECTEUR À S'ADAPTER À UN NOUVEL ENVIRONNEMENT
En inaugurant le nouvel Observatoire, Dacian Ciolos, a précisé que celui-ci aura pour mission de renforcer la capacité de la Commission à suivre le marché du lait et des produits laitiers et d'aider le secteur à s'adapter à son nouvel environnement. Selon lui, « l'Observatoire vise à accroître la transparence et à fournir des données sur le marché d'une grande précision, de manière à ce que les acteurs de la chaîne d'approvisionnement en lait puissent prendre des décisions commerciales et la Commission, des décisions politiques, en se basant sur de bonnes informations ». L'Observatoire européen du marché du lait permettra aux parties prenantes du secteur du lait et des produits laitiers « de disposer d'une interface en ligne unique donnant accès à une foule de données brutes. Il se chargera en outre de suivre et d'analyser les tendances actuelles et passées sur les marchés UE et mondiaux du lait et des produits laitiers, ainsi que, notamment, la production, l'équilibre entre l'offre et la demande, les coûts de production et les perspectives commerciales ». Le commissaire roumain a rappelé que « la nouvelle Pac renforce le rôle des parties prenantes en vue de garantir un développement équilibré du secteur laitier. Pour qu'elles puissent s'acquitter de leur mission, nous avons besoin à la fois de transparence dans l'obtention des données et de précision dans les analyses de marché ». L'Observatoire fournira des données qui seront complétées par des analyses de marché, des rapports sur les perspectives à court terme et à moyen terme, ainsi que par les réunions, à intervalles réguliers, d'un « Comité économique », qui regroupe les représentants de la filière laitière européenne. Celui-ci sera chargé d'examiner les données et de les enrichir de précieux éléments et de commentaires qui ne sont pas directement déductibles des statistiques. Par ailleurs, les réunions de l'Observatoire feront l'objet de comptes rendus qui seront, eux aussi, mis à la disposition du public.