Le coût des politiques de soutien aux biocarburants dans les pays du nord est disproportionné par rapport à la réduction des gaz à effet de serre que l’on peut en attendre, selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) publié le 16 juillet à Paris. Rédigé avec le soutien de la Suède et des Pays-Bas, le document se dit favorable à un commerce mondial des biocarburants et à une .
« D’ici 2015, les politiques de soutien aux biocarburants permettraient de réduire de 0,8% les émissions de gaz à effet de serre aux aux Etats-Unis, au Canada et dans l’UE ». Tel est le calcul mis en avant par Martin von Lampe, co-auteur de l’étude, pour expliquer la critique en règle que l’OCDE adresse aux biocarburants dans ce nouveau rapport.
Dans le détail, ce sont entre 15 et 27 millions de tonnes de gaz à effet de serre qui seraient économisées chaque année entre 2013 et 2017 dans les trois grandes zones géographiques que sont les Etats-Unis, le Canada et l’Union européenne. Une goutte d’eau dans un océan selon l’OCDE : en 2015, quelques 3,3 milliards de tonnes de gaz à effet de serre devraient être émises par le secteur des transports. L’OCDE en déduit que les biocarburants permettraient de réduire de 0,5 et 0,8 % les émissions de gaz à effet de serre dûs aux transports, ce qu’elle juge être une faible performance. Enfonçant le clou, elle ajoute que le soutien aux biocarburants coûterait entre 960 et 1 700 dollars américains (USD) pour chaque tonne de gaz à effet de serre évitée (en équivalent CO 2), en partant de l’hypothèse que les soutiens publics aux biocarburants devraient avoisiner 25 milliards de dollars/an d’ici 2015, contre 11 milliards environ en 2006. Cette politique coûte « cher » conclut l’OCDE sans toutefois comparer son prix avec le coût d’autres politiques alternatives pour réduire les émissions dans les transports.
L’OCDE précise que les chiffres avancés sont des tendances à prendre avec précaution en raison des nombreuses incertitudes entourant les différents paramètres de calcul. A titre d’exemple, ces calculs ne prennent pas en compte la possible amélioration des performances environnementales des biocarburants.
Prix agricoles : des impacts variés
Le rapport se penche également sur l’incontournable débat actuel : les biocarburants ont-ils un impact sur les prix agricoles et alimentaires ? Cela dépend, répond l’OCDE. Pour ce qui est du blé, du maïs et des huiles végétales, les prix devraient croître respectivement de 5 %, 7 % et 19 % d’ici à 2015. En revanche, le prix du sucre et surtout des tourteaux oléagineux diminueront en raison d’un léger recul de la production d’éthanol de canne à sucre au Brésil et compte tenu de la hausse considérable des quantités de graines oléagineuses triturées pour produire du biodiesel.
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Si les biocarburants produits dans l’hémisphère nord ne trouvent pas grâce aux yeux de l’OCDE, ceux du sud peuvent, à l’inverse, présenter un intérêt sous certaines conditions. « Les biocarburants doivent être produits là où c’est le plus efficace et au prix le moins cher » déclare Martin von Lampe, en se référant explicitement à l’exemple brésilien. Fidèle à sa culture libérale, l’OCDE se dit favorable à un commerce mondial des biocarburants et à une « plus grande ouverture des marchés » afin de rendre la production de carburants végétaux « plus efficiente » et « moins coûteuse ». Droits de douane et droits à l’importation sont dénoncés.
Ouvrir les frontières
Sur la base de ce constat, l’OCDE s’essaye à quelques propositions. Très générales. Il est recommandé aux Etats de privilégier la réduction de la consommation d’énergie, surtout dans le secteur des transports. Motif : « les coûts associés à la réduction des émissions des gaz à effet de serre obtenue grâce aux économies d’énergie sont nettement inférieurs aux coûts des mesures visant à remplacer certaines sources d’énergie par d’autres ». L’OCDE appelle également à cibler les biocarburants les plus performants. Des normes minimales de réduction doivent être définies « sur la base de critères ambitieux » ajoute le rapport.
L’organisation annonce son intention de poursuivre le suivi du dossier dans plusieurs directions : l’impact des changements d’affectation des sols, les biocarburants de 2 e génération, les énergies solaires et issues des piles à combustible.