Le nouveau rapport annuel de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) ne montre pas de bouleversements majeurs au sein des filières alimentaires françaises. Dans de nombreux secteurs, il est toujours difficile pour les agriculteurs, soumis aux lois du marché, de couvrir leurs coûts de production. Pour les défenseurs de la loi Egalim il faudra attendre encore un an pour y puiser des arguments, en espérant que l’épidémie de Covid-19 n’aura d’ici là pas chahuté tous les équilibres.
« Je ne vois pas de rupture majeure intervenir en 2019 », analyse Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) lors d’une conférence de presse le 18 juin pour la remise de son rapport annuel au Parlement. « Nous nous ne sentons pas l’impact de la loi Egalim car c’est encore un peu trop récent […] Les textes sont intervenus dans le courant de l’année, décrypte-t-il. Il est trop tôt pour regarder dans le détail l’arbitrage entre marge brute de l’industrie et marge brute de la grande distribution. »
Promulgué le 1er novembre 2018, les textes d’applications de la loi Egalim dont l’objectif est de rééquilibrer les relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire sont parus au fur et à mesure des premiers mois de 2019. Le secrétaire général de l’Observatoire, Philippe Pacotte, tempère légèrement le propos. « Ce que l’on peut constater, c’est que quand il y a des variations de prix, les lois ont peut-être permis que la formation [des marges] se fasse de manière normale », explique-t-il.
Pour Philippe Chalmin, ce qu’il faut retenir de ce nouveau rapport de l’OFPM, c’est « une certaine augmentation des prix en 2019 ». Les prix à la production agricole (+1,8 % en 2019 par rapport à 2018) restent sur leur tendance haussière commencée en 2017. Parallèlement, les prix des moyens de production sont également en hausse. Ils progressent en moyenne de 1,6 % entre 2018 et 2019.
Côté industrie, les prix repartent également à la hausse (+1,1 %). À l’aval, les prix à la consommation des produits alimentaires enregistrent en 2019 une nouvelle hausse de 2,5 %, augmentation plus prononcée qu’entre 2017 et 2018. Une hausse supérieure en 2019 à l’inflation observée au travers de l’évolution des prix à la consommation tous produits, détaille le rapport.
Des niveaux de rémunération qui se dégradent
« Ces évolutions de prix à chaque stade cachent cependant des dynamiques contrastées selon les filières », met en garde l’économiste. Pour certaines, ils ne permettent pas de couvrir les coûts de production ou de rémunérer le travail du producteur.
« Un modèle où la marge du producteur n’a jamais été positive, c’est celui de la viande bovine », s’exclame Philippe Chalmin. Le constat de l’OFPM est sans appel : « Le coût de production au kg de poids vif des élevages spécialisés de gros bovins de boucherie de type “jeunes bovins” augmente en 2019 tandis que le prix moyen entrée abattoir diminue. » La rémunération permise par unité de main-d’œuvre en est d’autant diminuée. Dans les filières ovines lait et viande, la rémunération des éleveurs diminue également en 2019.
Pour la filière laitière, prix et coût de production « matchent à peu près sauf pour lait de montagne », indique-t-il. « Mais rien de totalement extraordinaire, nous sommes à peine à l’équilibre ». Et malgré tout, « la rémunération moyenne permise des producteurs spécialisés de lait de vache décroît de nouveau en 2019 », observe l’OFPM.
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N’enterrez pas les Egalim
« Il y a quelques filières où les conditions se sont améliorées », précise-t-il. C’est le cas de la filière porcine, qui a profité de l’embellie des cours internationaux « après une année morose ». « Cette conjoncture très favorable permet aux éleveurs de porc français de retrouver un résultat net par kg de carcasse positif couvrant les charges comptables des exploitations ainsi que des charges forfaitaires », détaille le rapport. En blé tendre, la situation est « pratiquement à l’équilibre », estime Philippe Chalmin. Les producteurs dégageraient en moyenne une marge nette positive par tonne de blé produite courant 2 019.
Malgré un rapport qui ne démontre pas de bénéfices immédiats de la loi Egalim, la FNSEA et les JA veulent y voir les premiers effets. « Il y a des raisons de croire en un effet EGA », assurent dans un communiqué commun du 18 juin les deux syndicats. Conjoncture favorable et « prise en compte des indicateurs de coût de production » grâce à loi Egalim ont permis des « trajectoires de prix dans certains secteurs […] bien orientées », expliquent-ils. Ils souhaitent poursuivre le travail entrepris sur « l’amélioration de la rémunération tant attendue depuis les EGA par les producteurs ». « Il en va de la responsabilité de chacun », préviennent-ils.
Néanmoins pour les syndicats, ce nouveau rapport, qu’ils considèrent comme indispensable dans l’exercice de transparence des relations commerciales entre les différents maillons de la chaîne alimentaire, « démontre une nouvelle fois des situations économiquement difficiles pour les producteurs, et notamment des prix toujours trop bas pour couvrir les coûts de production dans la majorité des filières ».
« Quand il y a des variations de prix, les lois ont peut-être permis que la formation [des marges] se fasse de manière normale »
« Il y a quelques filières où les conditions se sont améliorées »
Rapport de l’OFPM : la CR remet en cause la fiabilité des données utilisées
« Les données agricoles utilisées ne sont pas en phase avec la réalité du terrain et manquent de représentativité », estime en réaction à la publication du nouveau rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) la Coordination rurale dans un communiqué de presse du 19 juin. « Les fermes références sélectionnées et étudiées par l’OFPM sont des exploitations bien accompagnées qui ne sont pas pleinement représentatives de la diversité des exploitations et des difficultés du terrain. Pire encore, les données provenant de l’industrie et de la distribution restent déclaratives ! », justifie Véronique Le Floc’h, secrétaire générale de la Coordination rurale. C’est pourquoi, selon la Coordination Rurale, les chiffres annoncés ne reflètent pas totalement la réalité, puisque les coûts de production seraient bien plus élevés. Philippe Chalmin, le président de l’OFPM, assure pourtant que le rapport se base sur des « données objectives et non discutables » et que chaque année la méthodologie est affinée. Malgré un mode opératoire qui n’est pas « optimal », la CR admet malgré tout que l’OFPM a « permis de lever petit à petit le voile de la construction des prix ». Pour cette édition, « les chiffres sont une fois de plus alarmants », observe le syndicat.