Le département de Loire-Atlantique est sous étroite surveillance dans le contexte des élections aux chambres d’agriculture. Il est détenu depuis 1976 par la Confédération paysanne qui a obtenu en 2001 près de 39 % des voix. Fière de son bilan, la Confédération paysanne 44 entend rester aux manettes. Elle veut montrer que l’on peut gouverner une chambre d’agriculture tout en restant fidèle à ses idées. Dans un esprit de reconquête, la FNSEA en fait un enjeu électoral. Jean-Michel Lemétayer s’est déplacé à plusieurs reprises dans ce département avec l’ambition de doper le score de la FNSEA 44 (à près de 35 % en 2001). Sur fond de bataille juridique suite à un recours de la FNSEA 44 contre la Confédération paysanne, la campagne électorale a pris un tour inédit. La fin justifiant peut-être les moyens. Ce recours fait en tout cas beaucoup parler de lui dans le département.
La Confédération paysanne de Loire-Atlantique est à l’aise dans ses habits de syndicat majoritaire. Responsable de la chambre d’agriculture du département depuis 1976, elle entend en 2007 faire sensiblement progresser son score par rapport à celui de 2001. Pourtant, le syndicat voit ses suffrages diminuer régulièrement depuis plusieurs scrutins. Il y a 6 ans, la Confédération paysanne récoltait près de 39 % des voix, un résultat en nette diminution par rapport aux 42,70 % de 1995. « Nous avons perdu en 2001 le vote de notre électorat de gauche, car il ne se retrouvait pas dans notre politique. Nous avons entendu ce message depuis», confie Patrick Baron, président de la Confédération paysanne de Loire-Atlantique. « Nous sommes persuadés que nous allons remonter la pente », estime de son côté Michel Loquet, tête de liste du syndicat et président sortant de la chambre d’agriculture. L’objectif pour eux est de « repasser au-dessus de la barre des 40 % ». « Cela ne nous paraît pas du tout utopique », ajoute Patrick Baron. Il faut dire que le syndicat est particulièrement fier de son bilan. La Confédération paysanne de Loire-Atlantique se félicite de réussir à appliquer dans le département les orientations de la Confédération paysanne au niveau national : « Garder des paysans nombreux avec une agriculture solidaire ».
Fort taux d’installations
« Nous montrons ici que nous pouvons diriger une chambre en appliquant nos idées », déclare Michel Loquet. Principal atout affiché : le taux d’installations, « le meilleur de la région Pays de La Loire et un des meilleurs de France », se félicite Patrick Baron. « Pour 1 500 départs, nous avons installé 1 000 jeunes durant la mandature. Environ 960 ont été aidés (dans le cadre de la DJA : ndlr) et 40 % des installés étaient des hors-cadres familiaux », souligne Michel Loquet.
« Nous avons établi un partenariat avec le conseil régional pour réaliser des formations. Une importante campagne de communication baptisée Passionnante agriculture a été développée pour attirer les jeunes vers nos métiers », explique-t-il. « Nous cherchons à avoir une approche globale et à freiner l’appétit de certains en termes d’agrandissement », explique Jean-François Guitton, secrétaire général du syndicat en Loire-Atlantique. Autre fierté de la Conf’44 : « Le développement d’une agriculture durable » dans un département qui ne possède pas de Zone d’excédent structurel (ZES) et qui entend bien rester ainsi. La chambre d’agriculture a instauré en 2003 un seuil, obligatoire lors de l’installation d’un éleveur, dans deux cantons du département. Cette mesure l’oblige à disposer d’au moins 40 % de terres épandables, en propre ou en location dans un rayon de 5 km. Conjointement, l’apport moyen d’azote organique est limité à 140 unités par hectare.
Freiner l’urbanisation
Autre sujet phare pour le département : l’urbanisation galopante : la Loire-Atlantique perd chaque année entre 2 500 et 3 000 ha de SAU. Pour lutter contre l’urbanisation des terres agricoles, la chambre travaille actuellement avec les collectivités territoriales pour mettre en place des « zones agricoles protégées », où durant 20 ans, ces terres ne pourraient être destinées qu’à des activités agricoles. Conséquence ou non de la politique de la Confédération paysanne, le revenu des agriculteurs augmente depuis plusieurs années. Selon le syndicat, le revenu agricole total a progressé de 1,3 % entre 1997 et 2003, alors qu’il baissait dans la même période de 7,6 % en Pays de la Loire et de 7,7 % en France.
Pour une agriculture « performante »
Avec un bilan jugé « positif » par le syndicat, la structure de Loire-Atlantique ne pouvait pas, pour la campagne électorale, adopter le slogan national, « Reprenons notre avenir en mains ». « Cela n’aurait pas collé ici », confient les militants. « Ensemble et nombreux pour une agriculture solidaire, diverse et performante », a finalement été choisi par les adhérents de Loire-Atlantique, quitte à marcher sur les plates-bandes de la FNSEA en reprenant l’idée de performance. « Cela a été débattu longuement », confie Patrick Baron. « La performance pour nous correspond à notre faculté de répondre aux défis environnementaux, tout en dégageant du revenu », justifie de son côté Jean-François Guitton. Une « philosophie » adaptée à la réalité du pouvoir, contrastant avec « les positions de la FNSEA qui se radicalisent de plus en plus », indique Michel Loquet. En attendant les résultats officiels le 6 février, la Confédération paysanne reste mobilisée sur le terrain. Un véritable marathon de réunions cantonales, 150 au total, a lieu en 8 jours dans le département.
« Rien à perdre ! »
« On n’a jamais gagné les élections aux chambres d’agriculture, on n’a rien à perdre ! », lance Alain Bernier, éleveur sur la commune de Missillac où la FNSEA 44 organisait ce 9 janvier une réunion syndicale, dans la salle polyvalente. La FNSEA 44, organisation syndicale adhérente à la FNSEA, durcit le ton à quelques jours d’un scrutin qui est devenu au fil des mois un enjeu national. Pour preuve, les nombreuses venues dans ce département-test du leader de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer. Alain Bernier, 14e sur la liste de la FNSEA 44, explique que depuis l’exclusion par la FNSEA de la fédé dans les années 70, le « syndicalisme est tabou dans la région ». Pour preuve, le taux de votants aux élections aux chambres d’agriculture n’atteint que 50 % dans le département en 2001, mauvais élève en termes de participation. Cette soif de reconquête de la FNSEA 44 passe par un programme électoral qui veut déverrouiller les carcans imposés par la Confédération paysanne. Sur le fond, la FNSEA 44 plaide pour une limitation des contraintes administratives. En ligne de mire, « le gros dossier » que constitue l’obligation pour les éleveurs de détenir 40 % de leur surface d’épandage. Si la FNSEA 44 prend la chambre d’agriculture, elle supprimera cette « contrainte », explique Jean-François Coué, tête de liste. Il juge que cette décision est « néfaste». Elle constitue un « frein à l’installation » en créant une « pression foncière contre les producteurs ». En résumé : il ne faut pas de contraintes supplémentaires à la réglementation. Il faut aussi permettre aux agriculteurs de conforter leur exploitation.
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« Du bruit dans les campagnes »
Le dossier des « ACAL professionnelles » fait du bruit dans les campagnes, assure la FNSEA 44 qui demande dans son tract syndical la mise en place de ces aides. Cette mesure permet d’effectuer des transferts de quotas laitiers sans cession de terre contre paiement par les producteurs bénéficiaires de ces quotas. Les textes d’application ont été publiés au Journal officiel du 29 août 2006. Les éleveurs avaient jusqu’à fin octobre 2006 pour déposer leur dossier. A cette époque, la Confédération paysanne et la Coordination rurale n’avaient pas souhaité la mise en place de cette mesure dans le département de Loire-Atlantique.
Autre différence fondamentale entre la FNSEA 44 et la Confédération paysanne, la défense de tous les types de productions. « Tout ce qui est en production standard dérange en Loire-Atlantique», lance Alain Bernier qui estime « qu’il ne faut pas rêver : tout le monde ne mangera pas du poulet de Loué ». Par contre, la FNSEA 44 revendique elle aussi la défense de la production biologique qui « n’est pas réservée à la seule Confédération paysanne ». Mais avec une nuance, elle rejette « les Bio farfelus : ceux qui ont les mains molles et blanches » avec le souci de contrer « l’écologie extrême ».
Quand la justice s’en mêle
Les listes rivales FNSEA 44 et Confédération paysanne se sont aussi expliquées au tribunal concernant le collège syndical en raison d’un recours en référé de la FNSEA 44 (voir encadré). Du jamais vu. Ce qui n’a pas un effet apaisant sur la campagne électorale. Et la FNSEA 44 enfonce le clou en dénonçant l’utilisation « historique » du nom FDSEA dans le logo Confédération paysanne du département. La Confédération paysanne et la Coordination rurale restent persuadées que sur le terrain, « ce genre de méthodes ne plaît pas du tout ». Finalement cette procédure pourrait se retourner contre la FNSEA 44, avancent ces deux syndicats. Et la Confédération paysanne se trouve un allié en la Coordination rurale, plutôt procédurière au niveau national. Celle-ci qualifie ce recours de « lamentable et malhonnête ».
« Travailler ensemble »
La Coordination rurale 44 n’est pas un « petit » syndicat dans le département. Forte de ses 26,3 % obtenus en 2001 (23 % en 1995), elle se veut « toujours présente » dans toutes les sessions et commissions de la chambre d’agriculture. « Même si on est dans l’opposition, on sait travailler ensemble», estime la tête de liste, Catherine Laillé, en soulignant l’absence de la FNSEA 44 dans ces réunions. Toutefois, le bureau de la chambre d’agriculture ne laisse pas de place aux minoritaires. C’est un choix totalement assumé par Michel Loquet, le président, qui estime que cette instance concerne l’exécutif et non pas le débat qui doit être pluraliste. Ces échanges ont leur place en sessions et en commissions, avance-t-il.
La Coordination rurale 44 dans son tract de campagne, entend clarifier le rôle de la chambre d’agriculture en le limitant à son rôle de service public et en reconsidérant ses activités de prestation de services payants. L’objectif pour le syndicat est de donner à la chambre une représentation réelle de tous les agriculteurs. Il s’agit aussi de baisser l’imposition « chambre d’agriculture » pour alléger les charges des agriculteurs tout en défendant le territoire face à l’urbanisation croissante.
Pragmatisme
Au sujet du dossier « chaud » qui concerne les 40 % obligatoires en surfaces d’épandage, la CR 44 se veut pragmatique. Sans diaboliser cette décision qui ne concerne que deux cantons, la CR souhaite que les éleveurs aient suffisamment de surface pour être autonomes au niveau de leur production d’aliments. « Cela reviendrait à peu près au même », avoue la CR 44 qui se place dans une logique d’autonomie des agriculteurs plus conforme à son positionnement national. Quant à l’issue de cette élection dans un mouchoir de poche, la CR est prudente. L’objectif est dépasser la barre des 30 %. Le « rêve » est de faire tomber la FNSEA-JA 44 sous la barre des 30 % et ainsi voir les deux syndicats devenir non représentatifs. « Je les laisserai, juste une année, goûter à cette nouvelle situation », conclut Jérôme Belleil, ancien président des jeunes de la CR 44, en seconde position sur la liste. Un rêve pour les uns qui pourrait se transformer en cauchemar pour les autres. Réponse le 6 février.
Carte d’identité agricole du département SAU : 428 700 hectares 11 000 exploitations dont 6 400 exploitations professionnelles Répartition des productions : lait et produits laitiers de vache (21 %), gros bovins/veaux (14,5 %), volailles/oeufs (11 %), légumes frais (8 %), céréales (6%), vins (6%), porcs (5%), autres (28,5 %). Chambre d’agriculture : Résultats élections 2001 : Confédération paysanne : 38,89 % (15 élus), FDSEA : 34,79 % (3 élus) et Coordination rurale : 26,32 % (3 élus) Nombre de salariés : 200