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L’OMS, diététicien du monde

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Le Comité exécutif de l’OMS réuni à Genève du 19 au 24 janvier, débattait pour la première fois de sa stratégie mondiale pour une meilleure alimentation. Elle va jusqu’à préconiser la mise en place d’incitations fiscales par les Etats pour favoriser l’émergence de produits sains et bons pour la santé.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la guerre aux maladies non transmissibles. Le comité exécutif de l’organisation, réuni à Genève du 19 au 24 janvier, a mis à plat un premier plan d’action contre ces maladies qui sont pour la plupart “étroitement liées à l’alimentation et à l’exercice physique”, note le préambule du projet de stratégie mondial pour l’alimentation, l’exercice physique et la santé. Les facteurs de risques les plus importants, indique le projet sont “’hypertension, l’hypercholestérolémie, une faible consommation de fruits et légumes, la surcharge pondérale, la sédentarité et le tabagisme”. Les maladies visées par la stratégie de l’OMS sont les maladies cardiovasculaires, certains diabètes et certains types de cancer, frappant principalement les pays développés.

Ordonnance

Et même si l’industrie agroalimentaire se félicite de la réflexion engagée à Genève, elle est fortement dénoncée dans le projet. L’OMS met en avant la “consommation accrue d’aliments très caloriques, mais pauvres en nutriments et riches en graisses, en sucres et en sel” aux côtés du tabagisme et du manque de pratique sportive comme responsable des maladies non transmissibles. Note d’espoir, l’organisation mondiale estime qu’aujourd’hui, les pays développés ont une “chance” à saisir pour enrayer le processus : il faut suivre l’ordonnance qu’elle dresse, en véritable médecin nutritionniste de la planète.

Le rapport recommande ainsi que les consommateurs “limitent l’apport énergétique provenant de la consommation de graisses et réduisent leur consommation de graisses saturées et d’acides gras trans pour privilégier les graisses non saturées ; augmentent la consommation de fruits et légumes ainsi que de légumineuses, de céréales complètes et de noix ; limitent la consommation de sucres “libres” ; limitent la consommation de sel (sodium), toutes sources confondues et veillent à consommer du sel iodé ; parviennent à équilibrer l’apport énergétique afin de contrôler leur poids.”

Actions politiques

Pour parvenir à changer les habitudes alimentaires, l’OMS compte sur le développement de politiques nationales et régionales, l’élaboration de recommandations et de normes. Il est en particulier préconisé de contrôler la commercialisation, la publicité et la promotion des produits alimentaires, surtout pour décourager les messages qui vantent des “pratiques alimentaires défavorables à la santé”. La publicité qui s’adresse aux enfants est une préoccupation majeure de l’OMS.

En tout état de cause, l’Organisation mondiale de la santé estime que les Etats “devraient envisager des politiques qui offrent des incitations et un soutien à la production et à la commercialisation d’aliments plus sains”, y compris par le biais d’incitations fiscales. Cela passerait par exemple par des “appuis en faveur de la production et de la commercialisation des fruits, des légumes et des légumineuses, et autres produits bons pour la santé ; d’innovations visant à produire des aliments plus sains ; des chaînes de distribution et des politiques d’aide à l’exportation de produits sains”. Il faut enfin mettre en place des politiques d’éducations nutritionnelles solides.

Implication de l’industrie

L’OMS ne compte pas seulement sur les politiques publiques mais aussi sur le soutien des industries agroalimentaires, pour parvenir à faire reculer les maladies non transmissibles dues à une mauvaise alimentation. Elle recommande notamment aux professionnels de “promouvoir une alimentation saine et l’exercice physique (…) ; limiter la teneur en graisses saturées et en acides gras trans, en sucre et en sel des produits existants ; continuer à développer les choix et à proposer des produits nutritifs, sains et d’un coût abordable aux consommateurs ; envisager l’introduction de nouveaux produits présentant un meilleur profil sanitaire ; (…) se conformer à des pratiques de commercialisation responsables (…)”.

  La publicité qui s’adresse aux enfants est une préoccupation majeure de l’OMS