« Les entreprises de l’aval se plaignent de manquer de matière autant que des prix élevés », a affirmé Bruno Hot, directeur général de l’OniGC le 12 septembre à l’issue du conseil spécialisé céréales. De fait, les responsables de l’OniGC incitent les agriculteurs et les OS à libérer le plus possible leurs marchandises sans chercher à attendre de nouvelles hausses de prix de marché. « Attention à ne pas se réveiller en avril », insistait le président de l’Office, Rémi Haquin.
Ceux qui ne vendent pas aujourd’hui pourraient être déçus demain. Tel est le message lancé par le conseil spécialisé céréales de l’OniGC le 12 septembre. Le marché « manque de fluidité » et surtout d’offre. « Il faut remettre la productivité au goût du jour », constatait Bruno Hot qui relatait la demande des professionnels à ce que l’Europe conserve des outils de régulation du marché. Au-delà de la satisfaction qui peut être retirée d’une hausse aussi forte des prix (qui ne retrouve pas encore le record de 1983 cependant) les déséquilibres constatés ne sont pas sans inquiéter les professionnels.
Moins de blé pour l’alimentation animale
En premier lieu, le bilan céréalier révèle, début septembre, des déséquilibres préoccupants. L’industrie des aliments du bétail qui, à cette époque de l’année, avait absorbé 6 millions de tonnes de blé tendre à la dernière campagne n’en absorbe plus que 5 millions de tonnes. Quant aux exportations vers les marchés tiers, elles sont en baisse de 5,5 millions de tonnes à 4,5 millions de tonnes. Les autres débouchés du blé tendre restent relativement stables (panification, amidonnerie-glutennerie, export vers l’UE). L’alimentation animale utilise également moins d’orge (baisse de 23 % à 1,3 millions de tonnes). Elle s’est en revanche reportée sur du maïs (+24 % à 3,2 millions de tonnes). Cela ne suffit cependant pas puisque les importations en cours de céréales à destination des fabricants d’aliments sont en forte hausse. « Les entreprises de l’aval se plaignent de manquer de matière autant que des prix élevés », a affirmé Bruno Hot.
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L’Europe plus chère que le monde
Les prix plus élevés en Europe que sur le marché mondial ont cependant également un effet majeur. Un phénomène sur lequel la faiblesse du dollar joue un rôle important. Selon Bruno Hot, qui s’en inquiète, les prix français du blé sont supérieurs d’environ 38 dollars la tonne aux prix mondiaux. La situation est identique pour le maïs : en dépit d’une surcote attribuée au non-OGM, le maïs brésilien est rendu moins cher en Europe que les prix français. D’où des afflux d’importations qui s’annoncent considérables. « On ne pourra pas vivre longtemps avec cet écart de prix,affirme Bruno Hot. Ou bien il y aura un réequilibrage mais sans la production communautaire. » Quant aux remèdes, les dirigeants de l’OniGC récusent l’idée d’une taxe à l’exportation mise en place par l’Union européenne. Une telle taxe ferait encore remonter les cours mondiaux et conduirait, par ricochet, à pousser les prix européens à la hausse. La vraie solution semble passer par une mise en marché rapide de ce qui est dans les fermes ou les organismes stockeurs.
« Attention à ne pas se réveiller en avril », insistait le président de l’Office, Rémi Haquin. En effet, la flambée des cours actuels est également due à un décalage dans le temps. Très tôt en début de campagne, les importateurs internationaux se sont positionnés à l’achat, assèchant quelque peu le marché. Selon Bruno Hot, les opérateurs français, habitués à se couvrir un peu plus tard que leurs homologues étrangers, n’ont alors plus trouvé de matière.