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Grandes cultures L’Organisation des producteurs de grains souhaite plus de régulation

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Lors de son neuvième congrès, le 25 janvier dans l’Aube, l’Organisation des producteurs de grains (OPG) a mis en avant les difficultés rencontrées par les agriculteurs face à une mondialisation croissante de leurs marchés.

«Il y a un risque de pénurie mondiale de soja d’ici quelques années, si les assolements évoluent en fonction de l’attractivité des prix des cultures sur le continent américain », a expliqué Nicolas Jacquet, président de l’OPG, lors du neuvième congrès de l’organisation, le 25 janvier dans l’Aube. Ce dernier a d’ailleurs souligné un déficit global de la production de grains en Europe avec 20Mt de blé exportées, contre 50Mt de soja importées.

Une mondialisation qui ne permet pas de compenser les déficits agricoles locaux
« Aucune décision n’a été prise au niveau de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis 1994 et l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, du temps du Gatt », a indiqué Alain Le Boulanger, directeur de l’atelier normand d’études économiques chez CER France. « Si au début des années 90, la Pac a été accusée par l’OMC de déstabiliser les marchés extérieurs, le démantèlement des instruments de soutien aux productions agricoles a accru la volatilité des prix », a souligné Françoise Gérard, économiste du Cirad. Cette dernière explique d’ailleurs que les chocs climatiques et les anticipations hasardeuses des agents économiques, agriculteurs, coopératives, transformateurs et consommateurs, ont eu tendance à se conjuguer pour accroître la volatilité. « L’élargissement des marchés au niveau global, aurait dû compenser les pertes locales, russes et ukrainiennes cette année, mais ce mécanisme ne fonctionne pas », a précisé Françoise Gérard. Selon elle, les sujets agricoles ne doivent pas être traités à l’OMC, mais davantage au niveau des espaces régionaux, type Union européenne.

Une volatilité liée à un déficit de régulation publique
« Les fondamentaux n’expliquent pas entièrement l’instabilité », a souligné François Gérard. Selon elle, la contagion de la hausse des prix à l’ensemble des produits est liée à la spéculation pour une part marginale, aux politiques unilatérales comme l’embargo sur les exportations de céréales en Russie, et à une sur-réaction des agents économiques. D’ailleurs, les intervenants ont indiqué qu’une politique de flux tendus en agriculture, ayant fortement abaissé les stocks, a accentué ce genre de comportements excessifs. « Ces défaillances de fonctionnement des marchés agricoles induisent la nécessité d’une régulation publique, car la sécurité alimentaire est un bien public », a souligné Françoise Gérard. Selon la chercheuse, les pays les moins intégrés au commerce mondial ont le mieux protégé leurs populations des crises alimentaires en 2008. « Si une régulation émergeait, il ne faudrait pas qu’elle soit trop rigide. Cela pourrait passer par une stabilisation des prix dans une fourchette, couplée avec des contrats portant sur des quantités définies à l’avance, type quotas », a conclu Françoise Gérard.

Un transfert des risques du public vers le privé au travers des contrats
« La valeur ajoutée ne se partage pas, pas plus qu’elle ne se décrète! Elle est la conséquence d’un rapport de force », a cité Alain Le Boulanger, faisant référence à la phrase d’Olivier Dauvers, journaliste de la Tribune. En expliquant l’obligation qu’ont les industriels de proposer des contrats aux producteurs de lait d’ici le 1er avril, Alain Le Boulanger a signalé que sur un marché concentré comme celui du lait, les producteurs devraient adhérer à la démarche, faute d’alternative. En revanche, pour les fruits et légumes, un marché plus atomisé ne devrait pas faciliter le processus. Pour les céréales, Alain Le Boulanger a précisé que « la régulation d’un produit indifférencié ne pouvait pas se faire au niveau français, mais plutôt au sein d’interprofessions, où les rapports entre producteurs de matières premières et transformateurs peuvent donner lieu à des contrats ». Il a insisté sur le fait que les crises avaient changé la donne et que le mot régulation n’était désormais plus banni par des institutions comme l’OMC. Cependant, selon lui, la contractualisation n’est pas une forme de régulation, malgré l’intérêt des contrats au niveau de la visibilité pour les opérateurs en termes de volumes et de prix. Enfin, les représentants de l’OPG ont conclu leur congrès en prônant la mise en place de politiques publiques de soutien à l’agriculture dans les pays déficitaires afin d’accroître les niveaux de production.

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