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Loup : plafond de tirs maintenu malgré la baisse des effectifs

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Avec une population estimée à 1 003 individus en 2023-2024, le nombre de loups a reculé de 9 % en un an. Malgré la demande des ONG environnementales, l’exécutif a maintenu le plafond de tirs à 209 loups pour 2024, en se basant sur la précédente estimation de 1 104 prédateurs.

Moins de loups, mais toujours autant de tirs prévus. Lors de la réunion du Groupe national loup le 24 mai, la préfète coordinatrice a annoncé que le plafond de tirs resterait fixé à 209 individus en 2024, malgré la baisse confirmée du nombre de prédateurs, indique Claude Font, secrétaire général de la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA) à Agra Presse. À cette occasion, l’administration a confirmé l’estimation de la population lupine à 1 003 individus soit un recul de 9 % en un an. Une information que les ONG environnementales avaient fait fuiter la veille de la réunion. Ce chiffre définitif a été calculé à partir des indices relevés par le Réseau loup de l’OFB entre mars 2023 et mars 2024, avec prise en compte des analyses génétiques, précise Jean-David Abel, de FNE, à Agra Presse. Ce repli intervient après plusieurs années de hausse rapide. D’après le communiqué des associations, cette estimation était « connue depuis des semaines par les responsables gouvernementaux, qui se sont gardés de la rendre publique ».

Le gouvernement n’a donc pas répondu à la demande des associations, qui l’appelaient dans leur communiqué du 23 mars à « baisser immédiatement le plafond de destructions autorisables pour 2024 en tenant compte de cette nouvelle estimation » du nombre de loups. Pour cette année, via une note technique de la préfète coordinatrice, l’exécutif a « reconduit automatiquement le plafond annuel » à 209 loups, en se basant sur une estimation provisoire de 1 104 individus communiquée en septembre 2023, rappellent-elles. Avec le chiffre actualisé à 1 003 loups, le plafond aurait dû passer à 190 individus (19 % de l’effectif), font valoir les ONG. Selon le dernier bilan disponible, au 24 mai, 43 loups ont été « détruits légalement » depuis le début de l’année. Un niveau comparable aux années précédentes, note Claude Font, de la FNO.

Simplification pour les aides à la protection

En matière de comptage des loups, « 2024 est une année intermédiaire », relève Claude Font pour expliquer le choix des pouvoirs publics. Comme prévu dans le nouveau Plan loup, à partir de 2025, une seule estimation consolidée de la population lupine sera communiquée en fin d’année (et non plus deux) ; elle servira de base pour le plafond de tirs de l’année suivante. « Par le passé, il y a déjà eu des baisses des effectifs de loups, mais si l’on regarde la courbe sur plusieurs années, la population est en croissance », relève l’éleveur de Haute-Loire. Et d’ajouter que les attaques et les dégâts sont en hausse début 2024 : +22 % en nombre de constats et +40 % en nombre de victimes, à fin avril. De leur côté, les associations de protection de la nature estiment qu’il faudrait « 2 500 à 5 000 » loups pour assurer la conservation de l’espèce en France.

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Autre sujet à l’ordre du jour du Groupe national loup le 24 mai : la simplification administrative, notamment concernant les aides aux moyens de protection. « Il n’y aura plus besoin de remplir les champs qui ont déjà été renseignés auparavant, et les photos géolocalisées des clôtures ne sont plus obligatoires », précise Claude Font. Une mesure inscrite dans une instruction technique parue le 15 mai, qui institue une nouvelle version de l’appel à projets pour l’aide aux moyens de protection. Selon l’élu de la FNO, l’administration s’est aussi engagée pour « une meilleure fluidité du dépôt des dossiers et du paiement des aides ». « Il y a encore parfois des blocages sur l’outil Safran » (téléservice de demande de l’aide aux moyens de protection, NDLR), constate-t-il. « Les dossiers qui nous remontent peuvent concerner des sommes importantes, notamment des avances de trésorerie pour les salaires des bergers », ajoute-t-il. La FNO plaide pour « un système d’acomptes versés aux éleveurs ».

Le dossier des pertes indirectes avance

Par ailleurs, le Groupe national loup du 24 mai a aussi été l’occasion de faire le point sur la revalorisation des aides pour pertes indirectes, prévue par le Plan loup 2024-2027. À la demande du gouvernement, l’Idele (Institue de l’élevage) a réalisé le chiffrage des pertes indirectes liées à la prédation (production, valeur génétique, etc.). Prochaine étape : « Une réunion avec le ministère de la Transition écologique est prévue avant l’été pour mettre en place un protocole de paiement », annonce Claude Font. L’éleveur de la FNO appelle à « simplifier la mesure pour qu’elle soit efficace et rapide ».

De son côté, dans un communiqué du 24 mai, la Confédération paysanne regrette que les discussions sur les tirs au Groupe national loup aient « concentré l’essentiel des débats occultant la question du manque d’accompagnement persistant ». « La question centrale est celle de la prévention et de la gestion des conséquences de la prédation », insiste le syndicat. La Conf’ demande notamment que l’État finance « à 100 % la protection de tous les troupeaux », notant que « le reste à charge pour les éleveurs […] dépasse les 8 millions d’euros ». Une situation « inacceptable » pour la Confédération paysanne. Le syndicat minoritaire « exige » aussi que les éleveurs de bovins puissent bénéficier du financement de la protection de leur troupeau, leur « seule perspective » consistant aujourd’hui à « subir les attaques et se faire indemniser ».

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