« Nous voulons un accord à l’OMC mais, pour nous, l’offre de l’UE du 28 octobre a déjà été trop loin », a déclaré le 8 décembre à Bruxelles le président du Comité des organisations professionnelles agricoles européennes (Copa), Rudolf Schwarzböck, qui a détaillé devant la presse les revendications et inquiétudes du secteur avant la conférence ministérielle de Hong Kong. Les propositions du négociateur Peter Mandelson « engendreront déjà d’énormes difficultés pour les agriculteurs européens et leurs coopératives. En aucun cas, l’UE ne peut aller au-delà de son offre actuelle sans mettre en péril la survie de ses 11 millions d’exploitations », estiment le Copa et la Cogeca (coopératives).
Le président du Copa a notamment déploré que les préoccupations non gouvernementales (sécurité alimentaire, environnement, bien-être des animaux, zones rurales) ne soient « même pas mentionnées dans la section agriculture du projet de déclaration ministérielle» pour Hong Kong Voir même numéro.
Rien que pour le secteur des viandes, ces contraintes représenteraient un coût additionnel estimé à plus de 10 milliards d’euros par an, soit plus de 15 % de la valeur totale de la production de l’UE.
Des secteurs « gravement touchés »
Le Copa et la Cogeca ont comparé l’évaluation par la Commission européenne de l’impact de la réforme de la Pac sur les prix et les volumes de production avec son évaluation de l’impact de sa dernière offre à l’OMC, en prenant pour hypothèse que 8 % des lignes tarifaires pourront être traitées comme produits sensibles à l’importation.
Cette analyse a porté sur les viandes, le lait et les céréales, mais, selon M. Schwarzböck, « il y a d’autres secteurs qui seront eux aussi indubitablement touchés gravement, comme les fruits et légumes, les œufs et le sucre par exemple».
* Viandes
– Avec la dernière offre de l’UE à l’OMC, « il y va de la survie de la production de viandes de volailles », affirment les experts du Copa-Cogeca, d’autant que celle-ci doit également faire face au détournement des tarifs douaniers pour les produits de volailles saumurés entraînant une augmentation des importations de plus de 50 %.
– Pour le porc, avec une baisse des droits de douane de 45 %, la production brésilienne entrerait en Europe à 1,088 euro/kg alors que les coûts de production de l’UE sont d’environ 1,3 euro/kg.
– La viande bovine désossée en provenance d’Amérique du Sud, du Brésil en particulier, entre déjà en Europe en payant le droit de douane plein. Si les tarifs étaient réduits de 60 % comme proposé par le Commission, l’écart entre le prix d’entrée et le prix UE serait de près de 40 %.
– Pour la viande ovine, une réduction trop forte des droits de douane pour certaines lignes tarifaires pourrait attirer des importations en provenance de pays tiers qui ne sont pas des fournisseurs traditionnels comme l’Argentine ou l’Australie.
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– Au total, selon les experts, la vague d’importations suite à la dernière offre de l’UE pour l’accès au marché conduirait, si les réductions tarifaires étaient entièrement appliquées, à « une baisse dramatique des prix, de la production, et donc une destruction de plus de 600 000 emplois directs dans le secteur de la viande ».
* Produits laitiers
« L’impact de l’offre de M. Mandelson sera extrêmement grave », affirment les experts du Copa-Cogeca, en particulier en ce qui concerne la baisse du prix du beurre.
Celle-ci résulterait de l’effet conjugué de la quantité plus importante restant sur le marché interne (environ 200 000 t), à la suite de l’élimination progressive des restitutions à l’exportation, et de l’augmentation des importations découlant de l’amélioration de l’accès au marché.
* Céréales
L’offre de l’UE pour l’accès au marché impliquerait pour les producteurs européens une baisse du prix des matières premières qu’ils produisent – le maïs étant la principale préoccupation – ce qui conduirait à de nouvelles réformes pour ce secteur. « Ceci dépasse clairement les limites du mandat actuel et ne prend nullement en compte les réformes en cours d’application », soulignent les experts.
Ces derniers déplorent également que l’OMC n’aborde pas la question des taux de change, qui, comme l’UE a pu s’en rendre compte l’année dernière, ont un impact financier considérable pour les producteurs qui n’ont aucun moyen de les contrôler.
Enfin, bien que la clause de sauvegarde n’ait pas été utilisée, l’UE doit, selon les experts du Copa-Cogeca, conserver cet instrument pour le secteur des cultures arables, d’autant plus qu’il s’agit du seul mécanisme existant qui permettrait de prendre en compte les taux de change.