La plupart des Etats membres de l’UE ont critiqué, le 18 février à Bruxelles, le déséquilibre des négociations du cycle de Doha, lors de tours de table séparés des ministres des affaires étrangères et de l’agriculture sur les projets de compromis révisés soumis à Genève le 8 février . Ils ont déploré que les concessions envisagées dans le domaine agricole soient nettement plus importantes que celles pour les produits industriels et les services, sans parler de la protection des indications géographiques qui est pratiquement oubliée. , a déclaré à la presse le ministre français de l’agriculture, Michel Barnier, qui avait réuni dix-neuf de ses homologues en marge du Conseil agricole pour dénoncer l’ projet présenté par le président des négociations de l’OMC sur l’agriculture, Crawford Falconer.
Les propositions agricoles de Genève « mettraient en péril des pans entiers de l’agriculture européenne, notamment les fruits et légumes et l’élevage », a affirmé le ministre français de l’agriculture. « Nous allons soutenir Mariann Fischer Boel (la commissaire européenne à l’agriculture) dans le débat au sein de la Commission », a-t-il ajouté, dénonçant la « fuite en avant » de certains négociateurs qui, comme le commissaire au commerce, Peter Mandelson, veulent absolument boucler le cycle de Doha d’ici la fin de l’année, avant que George W. Bush ne quitte la Maison blanche.
Le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie et Malte ne participaient pas à la réunion du « groupe des Vingt » autour de Michel Barnier.
« Compenser » avec l’industrie les pertes sur l’agriculture
A l’issue du Conseil agricole des Vingt-sept, Mariann Fischer Boel a reconnu que, sur les vingt-deux Etats membres qui se sont exprimés lors du tour de table consacré au cycle de Doha, « une majorité écrasante est très mécontente du déséquilibre entre le texte de l’OMC sur l’agriculture et celui sur les NAMA (produits industriels) ». « La Commission va tenter de progresser sur les NAMA pour compenser d’éventuelles pertes pour le secteur agricole », a ajouté la commissaire européenne.
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Celle-ci a également souligné que « nous devons avoir quelque chose » sur la protection des indications géographiques « dans le document final » du cycle de Doha. « Je me battrai jusqu’au bout, en particulier pour les produits méditerranéens », a-t-elle affirmé.
Un décalage qui inquiète les négociateurs à Genève
A Genève, le Comité des négociations agricoles, qui a eu un premier échange de vues le 15 février sur le projet de « modalités » révisé de son président, Crawford Falconer, a, lui aussi, mis en évidence le déséquilibre entre les ambitions affichées pour la libéralisation du secteur agricole et celles, beaucoup plus limitées, pour les produits industriels ou les services.
Ce décalage a été dénoncé notamment par l’UE et les pays du G-10 (qui soutiennent fortement l’agriculture), représentés par la Suisse. Les membres du groupe de Cairns, menés par l’Australie ont affirmé le contraire, réclamant un « plafonnement » des droits de douane agricoles les plus élevés pour rivaliser avec la formule envisagée pour la réduction des tarifs industriels. Les négociateurs devaient se retrouver en session plénière le 22 février.