Prenant part à la réforme actuelle, l'association consumériste UFC se pose la question : comment redonner de la crédibilité aux AOC viticoles qui en ont beaucoup perdu depuis quelques années ? Après un constat sévère sur la situation actuelle, elle demande de poser des règles strictes pour que les AOC reviennent à la typicité et à la qualité.
Afin de voir où le bât blesse, Que Choisir a mené une étude qui concerne les vins vendus entre 2 et 8 euros la bouteille, c'est-à-dire les AOC génériques, régionales et communales. Cette étude a été réalisée à partir des attitudes d'achat des consommateurs et d'entretiens avec les professionnels de la filière (producteurs, acheteurs, négociants, œnologues…) qui travaillent avec les 20 appellations retenues. Il en ressort plusieurs constats.
La complexité de l'offre française en vin pousse les consommateurs à se tourner vers les signes de qualité, en l'occurrence l'AOC. Mais les vins AOC se sont anormalement développés, passant de 15 à 25 millions d'hectolitres en 15 ans (+66 %), grâce notamment à une progression des rendements. Dans les années 70, 70 % de la production étaient en vins de table et 22 % en AOC. En 2006, un quart est en vin de table et 44 % en AOC. L’augmentation des volumes est la cause principale de la détérioration des AOC, selon l'UFC. D'autre part, les vins inaptes à l'appellation ne sont pas écartés. En 2004 et 2005, respectivement 98 % et 99 % des productions présentées ont été reçues comme AOC. En cause : la commission des agréments qui est composée de professionnels, juges et parties, estime l’UFC.
Il faut noter que les décrets AOC sont « permissifs », ajoute l'UFC. Selon certains professionnels, ils ne favorisent pas la typicité et permettent la standardisation des goûts. Et certains membres de la filière ont voulu faire de l'AOC un élément marketing s’éloignant de la typicité, aux dires de 65 % des professionnels. La vision des producteurs et des négociants n'est pas la même sur ce point. Les producteurs veulent que leur vin ait un lien fort au terroir. Pour le négoce et la distribution, il faut suivre les modes du marché, le marché est le déterminant le plus important. Cette conception tourne le dos au terroir et donc à l'AOC.
Conséquence pratique : la classification de l'AOC est brouillée pour le consommateur. Elle n'est pas forcément au-dessus des vins de table et de pays.
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Des contrôles indépendants pour l'agrément des vins
« Il existe des contre-exemples, des vignobles développent avec succès des AOC liées au terroir et de qualité », explique le président de l'UFC, Alain Bazot, citant le Pic Saint Loup et le Baume de Venise. « La réussite tient à un terroir particulier caractérisé, à la réécriture du cahier des charges autour de points cruciaux qui font la typicité et à la bonne gestion de l'AOC », poursuit Alain Bazot.
L’UFC demande des règles solides pour redonner confiance au consommateur. La première serait de tracer une ligne claire entre les vins AOC et non AOC. Les produits markétés appartiennent à d'autres logiques de vente, selon l’UFC. Pour ce qui est de la validation du cahier des charges ou décret d'appellation, « l'INAO doit résister aux pressions », conseille Alain Bazot. L’organisme de gestion (ODG) qui a un rôle déterminant, « qu’il s'agisse de la rédaction initiale des cahiers des charges et des plans de contrôle, de la gestion rigoureuse de leur AOC année après année, ou plus concrètement de l'exclusion d'une proportion notable des productions actuelles », doit œuvrer dans l'esprit de la réforme. Mais des dérives ont déjà été observées sur le terrain, la caractéristique géographique et le savoir-faire humain ne sont pas toujours au premier plan des textes en cours de rédaction. Pour ce qui est des contrôles, l'UFC conseille qu'ils soient effectués par une tierce partie indépendante. « On devrait refuser les organismes d'inspection qui garderont un lien avec les professionnels », déclare Alain Bazot. L'association recommande que l’examen gustatif de l'agrément qui se fait sur cuve avant assemblage, se fasse sur le vin servi au consommateur. Et quand un vin n’est pas à la hauteur, la sanction devrait être graduée en tenant compte de l'historique du producteur.
Un échec de la réforme menacerait sans aucun doute la pérennité des AOC selon l'UFC, pour qui le vin est un pan important du patrimoine culturel français.