Les orientations prises dans le cadre de la révision du règlement bio européen inquiètent l’UGPBAN. L’interprofession des producteurs de bananes français craint que la réglementation en matière d’importation de produits bio soit assouplie à outrance.
L’interprofession de la banane de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN), qui s’est lancée depuis le dernier Salon de l’agriculture dans le combat contre les importations en Europe de produits bio « équivalents » issus de pays tiers, se dit inquiète de la tournure que prennent les négociations européennes dans le cadre de la révision du règlement bio. Alors que les textes actuellement en vigueur sont déjà déloyaux, estime l’UGPBAN qui a lancé le « collectif pour la conformité du bio » (1), le texte de compromis en discussion « montre une coupable et périlleuse permissivité », pire encore que la réglementation en cours, alerte l’UGPBAN dans un communiqué le 27 juillet.
« Laxisme »
L’UGPBAN a lancé en avril dernier le « Collectif pour la conformité du bio ». Ce mouvement, qui rassemblait à ses débuts quarante organisations françaises et européennes en compte désormais « plus de cinquante », selon le communiqué de l’UGPBAN. Le cheval de bataille de ce collectif : dire « non au bio équivalent » et « oui au bio conforme », c’est-à-dire faire du lobbying au niveau européen pour que seules les marchandises bio produites strictement dans les mêmes conditions que celles définies par le droit européen puissent être importées depuis les pays tiers vers l’Europe. Or, alors que l’UGPBAN dénonce déjà une concurrence déloyale sur la réglementation bio européenne et hors Europe, le texte en discussion dans le cadre de la révision du règlement bio s’avère encore plus « laxiste » qu’aujourd’hui.
« Il suffira dorénavant qu’un pays tiers ait une loi bio nationale pour que l’Union européenne signe un accord commercial reconnaissant l’équivalence de la production tierce, conférant par la même occasion au pays tiers la responsabilité du contrôle », affirme l’UGPBAN. Quant aux pays « qui n’ont pas de loi sur le bio, les contrôles des organismes et autorités de certification passeront d’une fréquence annuelle à une fréquence biennale avec des dérogations renouvelables accordées ». Pour l’UGPBAN, une telle réglementation serait « une porte ouverte aux abondantes occasions de” corruption” du Label » bio.
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Désaccord européen
À l’échelle européenne, le texte de compromis ne ferait pas l’unanimité, selon l’UGPBAN. Des députés belges, italiens et britanniques ont fait part de leurs réticences, rapporte l’UGPBAN. Certains critiquant une protection du « bio business », d’autres craignant carrément « la fin du bio ». Pourtant, le processus de révision est en cours depuis trois ans déjà. Dix-huit trilogues ont même été organisés « sous quatre présidences du Conseil au cours des vingt derniers mois ». Une conférence sur le bio se tiendra au Parlement européen le 27 septembre. Mais malgré toutes ces rencontres, cela ressemble à un dialogue de sourds : les divergences d’intérêts entre les États membres perdurent. Le vote du texte de compromis, en deuxième lecture, qui devait avoir lieu en ce mois de juillet a d’ailleurs été reporté au mois d’octobre. Le texte devrait ensuite passer « d’ici la fin de l’année » par le vote des 751 eurodéputés.
(1) Voir Agra Presse Hebdo n° 3590 du 10 avril 2017, p. 14
« Il suffira qu’un pays tiers ait une loi bio nationale pour que l’UE signe un accord commercial reconnaissant l’équivalence »