Tout comme la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan vont également se placer dans une logique exportatrice pour la campagne 2008/2009. L’Ukraine n’a que peu de débouchés domestiques pour écouler une production imposante. Seul pays de la zone à récolter moins que l’an passé, le Kazakhstan aura besoin de l’export pour s’assurer des revenus corrects compte tenu des frais importants engendrés par la mise en culture de nouvelles terres.
Comme la Russie, l’Ukraine fait face à une récolte record. Aux 46 Mt de céréales prévues jusqu’à présent, s’ajoutent 5,75 Mt de tournesol, et pas loin de 3 Mt de colza. Comme son grand frère, le pays n’a pas produit une récolte de bonne qualité, la moitié de la moisson de blé étant classé en fourrager. « Les organismes stockeurs font marcher les outils de nettoyage afin de compenser la forte proportion de grains fourragers », a indiqué le 9 septembre à Moscou Sergey Feofilov, directeur d’Oukragroconsult, lors de la conférence internationale organisée par la Russian Grain Union (fédération russe des céréales). En ce début de campagne, le blé russe a d’ailleurs réussi à damer le pion à son homologue ukrainien sur certains marchés. « Notre blé de basse qualité contient malgré tout un fort taux de protéines, analyse Dmitry Rylko, directeur de l’institut Ikar. Nous parvenons à l’exporter moins cher que le blé ukrainien, alors qu’il est utilisé en alimentation humaine ».
Offensif à l’export
Cela n’affecte toutefois que modérément l’Ukraine, qui, pour le seul mois d’août a commercialisé à l’étranger plus de 2 Mt de grains. Pratiquement un record. Le pays se veut offensif. Compte tenu des quotas gouvernementaux mis en place pour limiter la hausse des prix sur le marché intérieur en 2007/2008, il n’a exporté que 13 % de sa production, soit à peine 4 Mt. Durant cette campagne, l’Ukraine compte monter cette proportion à 31 %, soit 14 Mt. Mais à l’image de son géant de voisin, elle souffre également de difficultés logistiques. « Nous avons un challenge à relever en termes de capacités de stockage », estime Sergey Feofilov. Et une partie des ports, maillon essentiel de la chaîne de transport pour l’export, a besoin de rénovation.
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Des filières de transformation en devenir
L’Ukraine a également bien du mal à développer sur son territoire la transformation des céréales, pourtant vectrice de valeur ajoutée. Les exportations de farine ont explosé en 2007/2008, mais il s’est agi d’un phénomène conjoncturel : dans l’incapacité de lui acheter des grains en raison des quotas imposés par le gouvernement, les pays voisins de l’Ukraine ont misé sur le produit transformé, non régulé. Un groupe occidental envisagerait la construction d’une amidonnerie, mais ce projet, loin d’être finalisé, ne devrait pas voir le jour tout de suite. Les biocarburants ne font pas plus partie des perspectives à court terme. Concernant la production de biodiesel, par exemple, Sergey Feofilov estime qu’elle « ne sera pas rentable dans les trois à cinq ans à venir ».
L’Etat décidé à encourager l’élevage
Quant à l’élevage, il ne se développe pas plus qu’en Russie. La production de viande de bœuf comme celle de porc est orientée à la baisse. Quant à la volaille, « la production s’accroît régulièrement, mais la compétition des produits d’importation est très forte », explique Sergey Feofilov. Que ce soit en bœuf ou en volailles, les importations ont nettement progressé. A moyen terme, cette tendance pourrait toutefois se modifier. Notamment parce que le gouvernement a doublé le budget consacré à la viande et au lait. « Les conditions de la concurrence vont s’améliorer », anticipe Sergey Feofilov. En attendant, l’Ukraine va exporter, faute d’une autre alternative pour ses céréales. La concurrence sera rude pour les producteurs hexagonaux.