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Céréales L’Ukraine face à un défi logistique

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Affichant de grandes ambitions à l’export, l’Ukraine doit poursuivre ses investissements dans le transport et le stockage des céréales. Les silos font déjà défaut. Très utilisé, le train semble aussi en perte de vitesse.

Circuler en Ukraine permet de prendre la mesure du défi logistique dans le pays. Les routes semblent avoir plus souffert de l’hiver dernier que les cultures. À Kiev les 17 et 18 avril, la conférence internationale Black Sea Grain a dressé un tableau complet des infrastructures dans le bassin de la mer Noire. Sujet particulièrement stratégique au vu des ambitions ukrainiennes dans le domaine agricole. Il s’agira en effet de collecter une production de 80 millions de tonnes (Mt) de céréales par an à l’horizon 2015-18, contre environ 53 Mt envisagées cette année, si les projections de l’Académie nationale des sciences agraires d’Ukraine se vérifient. Des volumes principalement destinés à l’export, qui parcourent donc de longs trajets.
Les ports constituent des points de passage importants. Leur nombre en Ukraine est de dix sur la Mer Noire, trois en Mer d’Azov et, côté fluvial, trois pour le Dniepr, plus trois autres sur de plus petits cours d’eau. Cela représente au total 30 Mt de capacité annuelle de stockage. Autre infrastructure, le réseau ferré est le troisième plus important d’Europe, totalisant 21 000 km. Ce monopole d’Etat comprend 11 500 wagons. Le pays dispose aussi de 600 silos, à 15 % dans le secteur public. Ils atteignent au global 36 Mt de capacité de stockage.

Une flotte de wagons obsolète

Une particularité ukrainienne tient au mode de transport des céréales vers les zones portuaires. La part du train est en effet de 65 %, celle des camions de 32 %, les 3 % restants concernent la voie fluviale. Problème, la flotte de wagons va en déclinant : -25 % en dix ans. Elle est obsolète, 80 % ayant 20 à 30 ans, 18 % plus de 30 ans. Et malgré des besoins grandissants, aucun achat de trémies n’est programmé à l’horizon 2015. D’autres handicaps existent pour le rail, comme des problèmes de retards horaires, des difficultés d’accès aux ports maritimes, le manque de silos pour l’expédition.
À l’inverse, la voie fluviale présente de nombreux atouts. Au point que certains rêvent d’un avenir pour le Dniepr semblable à celui du Mississipi, aux Etats-Unis. C’est la solution la plus économique, à 6-8 dollars/Mt contre 12-15 pour le train et 25-26 pour la route. Pourtant, elle pèse moins de 500 000 t de céréales transportées. Son potentiel est bien supérieur, selon Sergey Feofilov, directeur général du cabinet d’études UkrAgroConsult. Il l’estime entre 2 et 2,5 Mt. Au cours des dix/quinze dernières années, la maintenance des infrastructures fluviales, les constructions de nouvelles berges ont été suffisantes, d’après lui. De plus amples investissements sont toutefois jugés nécessaires, afin de réduire encore les coûts et de gagner en efficacité. Ce mode de transport présente aussi des faiblesses. Impossible notamment de l’utiliser à cause du gel pendant une bonne partie de l’hiver, comme cette année du 27 décembre au 1er mars.
Pour accompagner l’essor de sa production, l’Ukraine devra investir dans des capacités de stockage supplémentaires. Elles font cruellement défaut à l’heure actuelle, d’après Sergey Feofilov. Des déficiences apparaissent aussi sur le plan qualitatif. Environ un tiers du parc existant n’est pas certifié, ressemblant davantage à des entrepôts qu’à des silos. Par ailleurs, les terminaux d’exportation seront insuffisants d’ici à 2020, aux yeux de l’expert. Mais avant de s’engager, les investisseurs prêteront sûrement attention à la réforme des ports, dont la mise en œuvre est attendue en juin prochain. La privatisation en cours soulève encore des incertitudes.

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