L’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) a dénoncé l’autorisation de mise en marché de deux nouveaux produits phytosanitaires comprenant du sulfoxaflor. Interrogé par Agra Presse, l’Anses informe qu’il ne s’agit pas d’un néonicotinoïde et que le produit a une très faible persistance d’action.
L’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) a vivement dénoncé l’autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par l’Anses du sulfoxaflor, le 17 octobre, au travers de deux produits phytosanitaires (Closer et Transform). Le sulfoxaflor est considéré par l’Unaf comme un néonicotinoïde, contrairement à ce que déclare Dow Agro Sciences, l’entreprise productrice du produit. Ces AMM sortent alors même que la France s’est engagée à réduire l’utilisation des néonicotinoïdes dans la loi biodiversité, constate l’Unaf dans une conférence de presse le 19 octobre. « Au final, cinq néonicotinoïdes vont être supprimés pour être remplacé par… un autre ! », s’est exclamé Gilles Lanio, président de l’Unaf. « Aux États-Unis, il est classé comme néonicotinoïde et son utilisation a même été interdite », avant d’être ré-autorisé avec certaines utilisations plus restreintes, a-t-il précisé. « C’est un manque de courage des pouvoirs publics », s’est exclamé Henri Clément, porte-parole de l’Unaf.
Selon l’Anses, il ne s’agit pas d’un néonicotinoïde
Pour Dow AgroSciences, le sulfoxaflor "n'est pas un néonicotinoïde". "Il appartient à une nouvelle famille chimique, les sulfoximines, qui est différente de celle des néonicotinoïdes", a déclaré à l'AFP Benoît Dattin, responsable marketing et communication. Contacté par Agra Presse le 19 octobre, l’Anses explique que le sulfoxaflor "n’appartient pas à la même famille chimique que les néonicotinoïdes", de plus "il se différencie par sa faible persistance dans les sols, entre 1 et 4 jours contre 120 à 520 jours pour les principaux néonicotinoïdes". Enfin, ajoute l’Anses, "il est moins toxique pour les organismes aquatiques et ses métabolites ne sont pas toxiques pour les insectes". L’Anses indique par ailleurs que l’AMM a été assortie de conditions d’emplois restrictives, par exemple pas d’application 5 jours avant, pendant et 5 jours après la floraison des plantes cultivées, et interdiction sur tournesol et colza.
Concernant le classement aux États-Unis comme néonicotinoïdes, une dépêche de Reuters indique qu’en 2015, une cours de justice américaine avait considéré le sulfoxaflor comme "une sous-classe des néonicotinoïdes". Cependant, les comptes rendus qu’a pu consulter Agra Presse des jugements rendus en 2015 puis en 2016 n’en font pas mention.
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L’Unaf a bien l’intention de demander les « données sur lesquels s’est basée l’Anses pour son autorisation » et de faire pression pour que le produit soit intégré dans la liste des produits interdits du futur décret d’application de la loi biodiversité. Dans ce sens, un rendez-vous est prévu au ministère de l’Agriculture le même jour pour évoquer le sujet, en plus de celui de l’étiquetage de l’origine des miels.
L’Unaf dénonce l’utilisation des néonicotinoïdes de manière préventive
L’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) a rendu public un rapport le 19 octobre démontrant l’utilisation des néonicotinoïdes de manière préventive, notamment dans le traitement des semences. Le rapport a été effectué par une journaliste, Laure Chanon. Pour l’Unaf, 20 % de la surface agricole utile (SAU) sont encore traitées avec des néonicotinoïdes, « soit via le traitement de semences, soit par pulvérisation ». Elle dénonce 99 % des semences de betterave traitées avec ces pesticides, 39 % en céréales à paille et 33 % en maïs. Du côté des pulvérisations, c’est 100 % des colzas français qui sont encore traités par pulvérisation (au thiaclopride). Pour l’Unaf, l’exclusion du traitement des semences des certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP) a contribué à développer les néonicotinoïdes dans l’enrobage des semences.