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Crise du lait L’Union européenne va réfléchir à un nouveau modèle de régulation

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Réunis le 5 octobre en urgence à Bruxelles sous la pression de la France et de plusieurs milliers de manifestants, les ministres européens de l’agriculture se sont bornés à lancer une réflexion à long terme sur la crise du secteur laitier. La commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, qui n’a annoncé aucune nouvelle mesure pour soutenir les prix sur le court terme, a décidé de créer un groupe d’experts de haut niveau des 27 Etats membres qui sera chargé de réfléchir à l’avenir à moyen et long terme du secteur laitier, avec en toile de fond l’instauration éventuelle d’une régulation du marché en remplacement des quotas. Ce groupe, dont les conclusions sont attendues fin juin 2010, se réunira tous les mois sous la présidence du directeur général de l’agriculture de la Commission européenne, Jean-Luc Demarty.

La pression a été à son comble tout au long de la journée du 5 octobre. Plusieurs milliers de manifestants membres de la Fédération européenne des producteurs de lait (EMB) venus de Belgique, de France, d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie et du Luxembourg, à bord de centaines de tracteurs, ont bruyamment réclamé en vain, des heures durant, devant le bâtiment du Conseil des ministres des mesures à court terme pour améliorer leur situation. Les producteurs ont déjà averti qu’ils manifesteront à nouveau lors du Conseil agricole prévu le 19 octobre à Luxembourg. Mariann Fischer Boel a, pour sa part, déploré l’image donnée à travers le monde par les producteurs de lait qui ont déversé ces dernières semaines du lait dans les champs. « Ces images ont détruit la réputation de l’Europe dans les pays en développement », donnant l’impression qu’à « une époque où la famine reste un problème, les agriculteurs européens détruisent de la nourriture à grande échelle juste pour recevoir des subventions », a-t-elle affirmé.

Un pas en avant... insuffisant
Après avoir indiqué à l’issue du Conseil que « les ministres et la Commission européenne prennent la responsabilité de l’instauration d’une situation quasi-insurrectionnelle dans les campagnes », l’EMB a néanmoins souligné que la formation d’un groupe représente « un pas en avant mais qui est loin de suffire ». Pour la Coordination Européenne Via Campesina, syndicat minoritaire qui soutient l’EMB, « il n’y aura pas de solution à la crise laitière tant que les décisions de la réforme lait 2003 et du bilan de santé de novembre 2008 n’auront pas été modifiées ». « Contrairement au Copa, nous ne réclamons pas de nouvelles aides, mais un prix du lait juste », a indiqué la Coordination européenne. Le Copa et la Cogeca, qui regroupent les principales organisations majoritaires au niveau européen, ont réclamé à la Commission europénne l’application de « mesures fortes » sur l’intervention publique et les restitutions ainsi que la réintroduction des aides à l’écoulement du lait écrémé en poudre dans l’alimentation du bétail et du beurre dans l’alimentation humaine (pâtisserie).
De son côté, Bruno Le Maire, le ministre français de l’agriculture, est monté au créneau pour demander à la Commission européenne d’adresser une lettre rectificative pour le budget 2010 « qui prenne en compte les difficultés financières de tous les exploitants laitiers en France et en Europe ». « Au vu du budget agricole 2010, nous disposons de marges de manœuvre extrêmement limitées », a répondu Mariann Fischer Boel. Pour dégager des fonds nouveaux, a-t-elle poursuivi en substance, il faudrait soit demander aux Etats membres de payer plus, soit réduire les subventions versées à tous les agriculteurs pour aider spécifiquement le secteur laitier. « Je ne vois aucune de ces deux options fonctionner », a indiqué Mme Fischer Boel.

Réfléchir à des « relations contractuelles »
Les experts du nouveau groupe à haut niveau vont réfléchir entre autres à la mise en place de « relations contractuelles » entre producteurs laitiers et industriels afin de parvenir à un meilleur équilibre du marché. Les débats porteront aussi sur les questions suivantes : mesures à prendre pour renforcer le pouvoir des négociations des producteurs, pertinence des instruments de gestion en place, mise en place d’un marché à terme, transparence du marché au profit des producteurs et des consommateurs, innovation et recherches pour rendre le secteur plus compétitif, examen des systèmes en place à l’extérieur de l’UE.
« J’ai conscience que les choses ne vont assez vite pour les producteurs mais j’ai la conviction que l’UE est dans la bonne direction », a déclaré aux journalistes M. Le Maire. Selon lui, la création de ce groupe, qui débutera ses travaux le 13 octobre, envoie « un signal politique clair » en faveur de la régulation. Le ministre français s’est félicité que le mandat du groupe d’experts corresponde « mot pour mot » aux propositions faites par la France et l’Allemagne, qui ont été avalisées par vingt pays, à l’issue d’une brève réunion à Bruxelles quelques heures avant la tenue de ce Conseil agricole informel. « Nous sommes tous (les vingt) d’accord, sans aucune ambiguïté, pour construire une nouvelle régulation européenne du marché du lait en remplacement du système des quotas », a affirmé M Le Maire. « Ce qui est nouveau, c’est qu’une majorité qualifiée de pays est maintenant favorable à une régulation du marché », s’est félicitée pour sa part la ministre belge de l’agriculture, Sabine Laruelle. Dans un communiqué conjoint ce « G20 » laitier, qui comprend notamment la Pologne, l’Espagne et l’Italie, a affirmé vouloir « donner aux producteurs les moyens légaux de s’organiser efficacement » face aux autres acteurs du marché.

M. Le Maire sur tous les fronts
Déçu par la présidence suédoise de l’UE, qui selon lui n’a « pas pris suffisamment conscience de la détresse des producteurs de lait » européens, M. Le Maire a appelé à une réunion des pays favorables à une régulation pour le secteur laitier, prônée par l’Allemagne et la France, afin de préparer le Conseil agricole du 19 octobre. Lors de ce Conseil, la Commission présentera, rappelons-le, des propositions visant à modifier les modalités de gestion du système de quotas afin de dégager des fonds pour la restructuration laitière et à étendre au secteur laitier le champ d’application de l’article 186 du règlement « OCM unique » pour lui permettre de réagir plus rapidement en cas de perturbation du marché. Ces propositions de Mme Fischer Boel devaient être adoptées par le collège européen. le 9 octobre, par procédure accélérée.
Empêché de participer au sommet de l’élevage en France par des agriculteurs en colère le 7 octobre dans la banlieue de Clermont-Ferrand, M. Le Maire devait se rendre les 8 et 9 octobre aux Etats-Unis afin d’étudier l’organisation du marché laitier américain et les mesures appliquées pour faire face à la crise que traverse le secteur. Le ministre français s’intéresse particulièrement au Dairy Support Program qui vise à soutenir directement les industriels de la filière ainsi que les producteurs de lait face à la baisse des prix, et à protéger le consommateur.

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