La pomme de terre écologique et compétitive, « yes we can », mais sans distorsions de concurrence. Tel a été le message qu’a lancé le président de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), Arnaud Delacour, à son congrès annuel le 24 janvier. Sans de telles distorsions, le secteur pourrait exprimer pleinement sa dynamique commerciale, portée par une demande mondiale en hausse.
La pomme de terre écologique et compétitive, « n’ayons pas peur, yes we can », a déclaré Arnaud Delacour à la fin de son discours au 14e congrès de l’UNPT, qui s’est tenu de façon plutôt exceptionnelle à Paris, afin de sensibiliser davantage les observateurs du monde politique et les relais d’opinion. Mais « les décisions de nos dirigeants doivent conforter les performances économiques et environnementales de nos filières et non les fragiliser ». Le président de l’organisation a formulé une demande à ce propos à Sébastien Couderc, conseiller technique chargé des productions végétales auprès du ministre de l’Agriculture : « Pouvez-vous mettre en place une veille concurrentielle sur l’homologation des produits phytosanitaires chez nos concurrents européens ? ». « Soyez convaincu que nous veillerons à ce que nos productions ne soient pas concurrencées par des importations de pays qui ne respectent pas nos standards agro-environnementaux », a-t-il conclu sur ce chapitre.
Claudine Joly (FNE) : les gens se radicalisent contre les phytos »
La table ronde organisée par l’UNPT a permis de mesurer l’état des forces en présence dans l’opinion à propos des phytos. « Les gens veulent que l’agriculture sorte absolument des phytos. Ils se radicalisent car ils ne voient pas de résultats. Nous, en tant que responsables de FNE, nous nous faisons reprocher de nous faire ‘’enfumer’’ par le monde agricole », a indiqué Claudine Joly, chargée du dossier des phytos à France Nature Environnement et en même temps agricultrice. Face à cela, Alain Dequeker, secrétaire général de l’UNPT, a répondu que « si nous avons des contraintes (limitations à l’utilisation des phytos) que n’ont pas leurs autres, nous serons les premières victimes. Si nous sommes plus chers, nous n’avons plus qu’à regarder passer les trains ». Le débat sur les distorsions n’est pas réglé : Claudine Joly a rétorqué que « ce n’est pas parce qu’on fait moins bien ailleurs qu’il ne faut rien faire ici ». Elle a suggéré aux producteurs de pommes de terre d’adopter la même attitude que les producteurs de cerises, qui ont obtenu du ministre de l’Agriculture l’interdiction de l'importation des cerises traitées au diméthoate.
Reste à savoir si des alternatives existent pour la pomme de terre. « Il existe bien une variété de pommes de terre résistante au mildiou, la Sarpo Mira, mais elle n’est pas demandée par le marché », s’est exclamé Alain Dequeker. « Nous sommes dans une société de bisounours. On se focalise sur certains dangers plus que d’autres : on transporte des combustibles explosifs tous les jours. Quant au cancer, il n’y en a pas plus dans la population agricole qu’ailleurs », a complété Jean-Paul Bordes, chef du département R&D de l’institut technique des grandes cultures Arvalis. Finalement, Claudine Joly a abondé dans son sens : « Un enfant qui dort avec son chien traité au Fipronil prend plus de risque qu’un agriculteur qui traite son champ ».
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« Il existe bien une variété de pommes de terre résistante au mildiou, la Sarpo Mira, mais elle n’est pas demandée par le marché »
Probable construction d'une usine de transformation de pommes de terre en France
La demande mondiale de produits issus de la pomme de terre transformée, notamment de frite surgelée, est telle « qu'un jour il se construira une usine en France », a indiqué Arnaud Delacour. En effet, la Belgique, pays leader en pomme de terre transformée, n'a plus assez d'hectares pour produire de la pomme de terre avec les rotations culturales nécessaires. Et pour des raisons de coûts logistiques, les industriels ont besoin d'être situés près des bassins de production. L’UNPT a calculé qu'une usine gagnerait 800 000 euros par an à être implantée en France plutôt qu'en Belgique du fait de sa proximité avec la production.
Lors de ce congrès, une étude sur les perspectives de la demande mondiale de pommes de terre a été présentée. Cette étude inédite, réalisée par le cabinet Idari Conseil avec le concours de FranceAgriMer, prévoit un essor des exportations de pommes de terre transformées vers les pays émergents et en développement à l'horizon 2025. Le segment de la pomme de terre transformée qui représente les plus gros tonnages est la frite surgelée, qui peut aisément être expédiée par conteneurs en retour de fret. Cette expansion prévisible s'explique par le fait que 80% de la croissance de la demande mondiale seront imputables à ces pays et que la population mondiale devrait s'accroître de 800 millions d'habitants. Cette perspective pourrait générer un débouché supplémentaire de 1,1 million de tonnes pour la filière française.