En choisissant d’aborder « l’économie de partage » en agriculture, le syndicat des fabricants de machines agricoles (Axema) a mis la baisse des coûts de mécanisation au cœur de son forum à Dunkerque le 17 mai. De la FNSEA à la Coordination rurale, tous les acteurs invités constatent de concert que la France consomme trop de machines agricoles et que « l’agriculture collaborative » – notamment les échanges de services entre agriculteurs – est un levier d’économie, mais que l’actionner sera difficile.
L’idée ne va pas de soi, mais la baisse des coûts de mécanisation dans les exploitations agricoles a été au cœur du congrès d’Axema, le syndicat des fabricants de machines agricoles, le 17 mai à Dunkerque (Nord), qui portait sur « l’économie de partage en agriculture ». Axema avait choisi de faire animer cette journée par Jean-Paul Hébrard, le président de l’association Cofarming, qui fédère plusieurs start-up françaises proposant des services de mise en relation d’agriculteurs (location de machines, échanges de terres, conseils…).
Parmi les utilisateurs de ce service, Sophie Merlier Lequette, conseillère régionale des Hauts de France et gérante d’une entreprise de travaux agricoles, a témoigné : « Depuis quinze ans, le coût du matériel augmente chaque année, mais pas celui de nos services. J’ai mis une partie de mon matériel en location pour diminuer mes charges. » Les distributeurs se sont défendus d’être à l’origine de la hausse des charges de matériels : « Nous avons essayé de lancer des machines plus simples, à transmission mécanique, en Europe de l’Ouest, a expliqué Julien Saint Laurent, directeur marketing de John Deere France. Mais cela n’a pas pris sur les tracteurs de plus de 100 ch. Peut-être était-ce une question de timing ».
« Des progrès à faire dans les mentalités »
« Dans nos régions, il y a du matériel qui dort, il faut le reconnaître", a lancé Daniel Roguet, vice-président de l’APCA. La chambre départementale dont il est le président – la Somme – a réalisé une série d’audits dans sa région ayant abouti à diagnostiquer une surmécanisation dans les deux tiers des exploitations. Mais changer les pratiques ne sera pas simple, concèdent l’ensemble des intervenants. Christophe Chauvet, gérant d’une entreprise de travaux agricoles, estime qu'« il y a beaucoup de progrès à faire dans les mentalités des agriculteurs. Si l’on parle de co-investissement, c’est déjà bien difficile entre personnes qui se connaissent, alors si elles ne se connaissent pas… Entre septembre et juillet, les engagements ne sont pas toujours tenus, les personnes ne sont parfois plus vraiment les mêmes". Christophe Chauvet ajoute qu'« il va peut-être falloir apprendre à avoir moins de confort ; pouvoir regarder son semoir sous le hangar tous les matins, il va peut-être falloir y renoncer. Quand on utilise Blablacar, on ne peut pas partir dans la minute depuis chez nous. »
De la FNSEA à la Coordination rurale, toutes les organisations présentes soutiennent l’idée que les échanges entre agriculteurs, et leur déclinaison numérique que désigne le concept de « cofarming » permettraient de réduire les coûts – la CR ne manquant jamais de rappeler l’impératif de meilleurs prix des matières premières agricoles. La conseillère régionale appelle d’ailleurs les lycées agricoles à montrer l’exemple ; ils ne feraient pas assez usage des réseaux de Cuma par exemple.
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Attention à la multiplication des plateformes d’échanges
Les réseaux Cuma et entreprises de travaux agricoles (EDT) ont répété qu’elles voyaient les plateformes comme Wefarmup (location de machines agricoles en ligne) comme des outils complémentaires à leur activité, permettant d’optimiser leurs services et de diminuer plus encore les charges de mécanisation chez les agriculteurs. En matière de plateforme, elles y vont même de leurs propres initiatives. La Cuma a mis en place une « plateforme de mise en relation des Cuma », intitulée Cuma Link. Et le réseau des entrepreneurs (FNEDT) a lancé MyEDT, une plateforme qui « permet à un adhérent de faire un audit de son entreprise » et de se comparer à d’autres entreprises.
Face à quoi Michel Masson, président du comité agroéquipement de l’APCA s’inquiète de la multiplication des plateformes de partage de données : « Ce qui m’inquiète dans tout cela, c’est que chacun va créer son My-Je ne sais pas quoi. Il va falloir toiletter, y compris dans nos réseaux. Attention à la "créationite". Quand nous regardons les États-Unis ou l’Europe de l’Est, ils sont loin de nos coûts de production. Il y a peut-être un intérêt à ce que nos structures travaillent ensemble ».
« Pouvoir regarder son semoir sous le hangar tous les matins, il va peut-être falloir y renoncer »
Toutes les organisations présentes soutiennent l’idée que les échanges entre agriculteurs, et le concept de cofarming permettraient de réduire les coûts