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Machinisme : les distributeurs « un peu lâchés » par les constructeurs face à la crise

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Axema, le syndicat des fabricants d’agroéquipement prévoit une baisse de 10 à 20 % des ventes sur 2020, notamment à cause du Covid-19. Face à ce trou d’air, les distributeurs du Sedima s’estiment « un petit peu lâchés » par les constructeurs. Le nombre de constructeurs ayant fait un geste pour les distributeurs serait « très faible ».

« Un petit peu lâchés » par les constructeurs face au coronavirus, les distributeurs n’ont « pas le cœur » à refaire des stocks importants de machines agricoles, a confié le 7 juillet leur président au Sedima, Pierre Prim, lors d’une conférence de presse. « Les distributeurs, face au manque d’appui des constructeurs en pleine crise, n’ont ni l’envie, ni la visibilité suffisante pour repartir sur des commandes importantes », a-t-il déclaré. « Quelques petites baisses de taux » d’intérêt ont été accordées, d’après lui. Mais sur les délais de paiement, le nombre de constructeurs ayant fait un geste reste « très faible ». Les relations semblent se dégrader entre les acteurs du machinisme. Pierre Prim dénonce une « évasion fiscale » menée par beaucoup de constructeurs ayant leur siège à l’étranger, qui d’un côté touchent les aides Covid de l’État, de l’autre incitent à « pousser le stock dans la cour » des distributeurs avec des plans de financement à taux élevés. Un système « amoral », selon lui.

Concernant l’impact du coronavirus, le Sedima parle d’un chiffre d’affaires en avril à -14 % sur les pièces et jusque -29 % sur le matériel neuf. Du mieux est constaté en mai dans la polyculture élevage, tandis que les grandes cultures restent mal orientées. Pierre Prim note un « manque de visibilité » sur l’activité des prochains mois : « Il reste difficile de tracer les perspectives pour le 2nd semestre 2020 », selon un communiqué dans lequel le Sedima pointe « une grande incertitude quant à l’évolution des principaux marchés de la distribution et de réparation de matériels agricoles ». Exemple avec les prises de commandes, chiffrée sur mars/avril à -30 % en matériel neuf et qui montrent une hausse sur le mois de mai côté polyculture élevage, une poursuite de la baisse côté grandes cultures. Le résultat de la moisson en cours s’avère déterminant pour l’évolution à venir.

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Selon les estimations des constructeurs (Axema), le marché français de l’agroéquipement (agricole, parc et jardins) est attendu en recul de 10 à 20 % d’après un sondage auprès des professionnels, dévoilé le 3 juillet. La baisse est d’abord due aux conséquences du Covid-19 ; en mars et avril, les fabricants et importateurs de matériel agricole ont observé des baisses de chiffre d’affaires de 25 % et à 30 %. Mais elle tient également au cycle du marché lui-même ; « avant la crise sanitaire », les professionnels s’attendaient déjà à « un recul de 5 % ». En effet, en 2019, le marché avait progressé de 12,5 % à 6,1 milliards d’euros, « dépassant le précédent record de 2013 (6,09 milliards d’euros) », rappelle Axema.

Pour « s’ajuster à la crise », les entreprises prévoient de « réduire leurs dépenses de fonctionnement en moyenne de 35 %, et leurs dépenses d’investissement de 30 % », rapporte Axema. Le syndicat relaie enfin les « mesures politiques les plus souhaitées » par ses adhérents : « le décalage des remboursements d’emprunt ou des échéances de leasing sur les investissements de modernisation de l’outil de production ; le soutien aux investissements et aux revenus des exploitations agricoles ; l’ouverture des hôtels et restaurants ».

Un manque de souplesse sur les délais de paiement