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Syndicats minoritaires Maintenir une régulation, une demande partagée

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Alors que la Confédération paysanne espère encore parvenir à faire pencher la balance pour une Pac plus juste, la Coordination rurale estime que les solutions se trouvent surtout dans les négociations commerciales que mène l’Europe, lors desquelles l’agriculture est systématiquement perdante. Les deux syndicats s’accordent sur une demande de régulation des marchés.

Alors que la négociation concernant la politique agricole commune (Pac) qui sera mise en œuvre entre 2014 et 2020 entame sa dernière ligne droite, les syndicats espèrent encore faire changer la donne. « Mais on change de niveau entre ce qu’on voulait et ce qu’on peut aujourd’hui », admet Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Il demande avant tout une Pac plus juste, comme elle l’avait été annoncée. « Il faut introduire une possibilité de plafonner les aides à 150 000 euros, et que la France adopte cette mesure », demande t-il. « On doit arrêter avec cette Pac qui favorise toujours les mêmes », exhorte-t-il, estimant que « la majoration des 50 premiers hectares peut être un signe fort de la redistribution, en y incluant une notion de transparence pour les GAEC, afin que les emplois soient pris en compte ». La Confédération paysanne réclame un recouplage possible des aides jusqu’à 20% : « Ça semble essentiel pour légitimer la Pac au yeux des citoyens », argumente t-il, estimant qu’« il faut absolument que la Pac réoriente les aides vers les éleveurs ». Le syndicat pèse pour que la convergence des aides soit totale en 2020, afin que « tous les hectares soient primés au même niveau », et pour que les transferts d’argent du second pilier (le développement rural) vers le premier (les paiements directs) soit impossible, afin d’aider les régions défavorisées comme la montagne.
Concernant la régulation des productions, « on est attaché à la notion de maîtrise, il faut mettre en place des outils de régulation pour adapter l’offre à la demande », notamment dans le lait, explique Laurent Pinatel. Si la Confédération paysanne a toujours été favorable au verdissement, elle estime que ce qui est proposé n’est qu’« un fourre-tout qui n’aura pas de vrai impact sur les pratiques agricoles ».

Pour la Coordination rurale, la PAC ne suffira pas

Le discours est différent du côté de la Coordination rurale. Pour le président Bernard Lannes, tout est déjà joué et négocié par l’agroalimentaire : « La Pac est aux mains des marchands ! ». L’ampleur de cette réforme est, selon lui, très limitée : « On ne voit pas la réforme, mais seulement des petits ajustements. Ce qu’il faut, c’est remettre de la régulation et stopper ce dogme ultralibéral ! ». Il plaide pour une « exception agriculturelle » à l’OMC, où « l’agriculture doit être traitée à part ». Bernard Lannes estime très négative l’ouverture de négociations pour favoriser les échanges commerciaux avec les Etats-Unis en pleine discussions sur la Pac : « L’Europe est une passoire, il ne faut pas importer de la viande à bas coûts mais aller chercher uniquement ce dont on a besoin, et arrêter ces accords bilatéraux », argumente t-il. « Ce dogme ultralibéral de l’Europe, on va le payer très cher ! La France est un grand pays agricole, mais on est en train de perdre des parts de marchés et, plus encore, notre autonomie alimentaire ».
Concernant les mesures de la réforme de la Pac, il plaide pour un maintient de la régulation laitière, car « sans quotas, c’est la mort du lait, c’est une porte ouverte à la délocalisation de la production ». La Coordination rurale est « pour un découplage total » des aides : « Dans l’élevage allaitant par exemple, avec un découplage total, les gens peuvent modifier leurs productions et produire moins en cas de baisse des cours, pour rééquilibrer le marché. Le couplage, ça permet à l’agroalimentaire d’être sûr d’avoir une quantité de marchandise disponible. Certains pays ont choisi de ne pas coupler les aides et n’ont pas arrêté l’élevage pour autant », développe t-il.
S’il estime que la surprime des 50 premiers hectares peut être une partie de la solution, il pense surtout que cette mesure est un « choix politique pour faire tenir dans la misère des agriculteurs qui ne vont faire qu’occuper le territoire, car sans eux, c’est la désertification ». Pour lui, la solution passe avant tout par un véritable revenu pour les paysans.

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