La production française de maïs grain s’annonce stable, avec une baisse des rendements compensée par une hausse des surfaces, mais moins rentable, a indiqué le 23 octobre Maiz’Europ’(organisations de la filière).
À mi-parcours, la récolte est estimée à 12,3 Mt par Arvalis, soit un rendement de 89,3 q/ha (contre 93,2 q/ha l’année dernière) sur 1,4 Mha (+5 %). La campagne de commercialisation paraît, elle, « compliquée », selon Matthieu Çaldumbide, directeur adjoint de l’AGPM (producteurs de maïs), qui table sur une hypothèse de prix inférieurs à ceux de 2018-19. « Pour la récolte 2019, le chiffre d’affaires à l’hectare est prévu à -10,2 % sur un an, -6 % par rapport à 2014-18 », a-t-il annoncé. Cela intègre des rendements très hétérogènes, surtout en maïs pluvial, affecté notamment par la sécheresse et des restrictions d’accès à l’eau surtout dans le Centre et l’Ouest. Quelque 50 000 ha sont concernés par des transferts entre maïs grain et maïs fourrage, comme l’an dernier. « On est légèrement sous les prix d’équilibre » d’un point de vue rentabilité des exploitations, considère Matthieu Çaldumbide. Mais certaines zones subissent un décrochage des rendements, occasionnant « des marges très largement négatives », d’après lui.
Les perspectives de marché apparaissent nuancées, entre des éléments négatifs comme les bonnes disponibilités en céréales à paille dans l’UE, qui renforcent l’attractivité du blé et limitent l’utilisation du maïs par les fabricants d’aliment du bétail. Il y a également les bonnes récoltes de maïs autour de la mer Noire, surtout en Ukraine où les prévisions avoisinent le record de l’an dernier. Autre grand fournisseur de l’UE, le Brésil est très présent sur le marché international, avec des exportations mensuelles qui atteignent des niveaux historiques depuis juillet. Des éléments haussiers viennent en contrepoids : un temps sec en Amérique du Sud contrarie les semis de soja effectués avant la deuxième récolte de maïs, des incertitudes entourent la production aux États-Unis pour ce qui est des surfaces, rendements, niveaux de stocks.
De fortes importations dans l’UE
Sujet de crispations pour Maiz’Europ’, les importations européennes apparaissent très élevées depuis le début de campagne. Elles totalisent 5,7 Mt de maïs au 20 octobre, contre 3,5 Mt à la même date en 2018. La Commission européenne anticipe pourtant 17 Mt d’importations sur 2019-20, nettement moins que le record de 24 Mt en 2018-19. Cela reste un niveau très élevé, qui maintient l’UE au rang de premier importateur mondial de maïs. D’où « une petite frustration » de Daniel Peyraube, le président de Maiz’Europ’. À ses yeux, la loi Egalim est censée promouvoir des aliments issus du territoire. Or, les maïsiculteurs font face à « toujours plus d’importations de produits dont les consommateurs rejettent les modes de production », selon lui. Des volumes qui, en plus, « tirent les prix vers le bas ».
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-10 % de chiffre d’affaires à l’hectare pour 2019
Stockage de l’eau : « Ça tâtonne, au gouvernement »
L’année 2019, marquée par un déficit de pluies et des restrictions sur l’irrigation, illustre la nécessité de « s’adapter au changement climatique grâce à la mise en place d’infrastructure de stockage de l’eau », martèle Maiz’Europ’. Une ressource que l’organisation souhaite voir « partagée avec d’autres acteurs et dans le cadre des projets de territoire ». C’est tout le principe de la feuille de route du gouvernement à l’issue des Assises de l’eau. Maiz’Europ’en retient « une volonté de déblocage » des projets de retenues. Il s’agit toutefois d’« aller plus loin », a déclaré le 23 octobre Céline Duroc, la DG. « En nombre de projets, en volumes à stocker, ça tâtonne, au gouvernement », selon elle. Le président de Maiz’Europ’Daniel Peyraube a lui jugé « rassurant » de constater que le ministre de l’Agriculture est « plutôt mobilisé sur le sujet ».