Abonné

Céréales Maïsadour, ou la croissance champignon d’un gastronome du Sud-Ouest

- - 5 min

Depuis le début des années 1990, Maïsadour mène une stratégie active de croissance par acquisition d’entreprises et investissements internes : objectif : être le champion des produits du Sud-Ouest, tant distribués par les grandes surfaces que par le commerce traditionnel. Depuis cinq ans, son chiffre d’affaires a doublé pour atteindre 1,3 milliard d’euros.

Obsession : contrôler la valorisation des produits des agriculteurs du Sud-Ouest. Le moyen : en créant la marque phare de la gastronomie de la région. C’est ainsi que Maïsadour, cette coopérative moyenne essentiellement spécialisée dans le maïs et ses semences, est devenu un ténor du foie gras, du poulet label et du jambon sec.
L’aventure du Maïsadour d’aujourd’hui date d’une vingtaine d’années tout au plus. Certes, dans les années précédentes, quelques acquisitions de sociétés avaient étoffé le cœur d’activité du groupe (maïs doux, légumes, alimentation animale, magasins agricoles) et la commercialisation de la production des adhérents. Mais le grand développement date de 1993-1994. A ce moment, Maïsadour décide de rentrer de plain-pied dans la production animale : la production avicole. Un an plus tard, à la faveur d’un désinvestissement de Louis Dreyfus, Maïsadour fait l’acquisition de Delpeyrat, la marque à forte notoriété, mais pas toujours florissante, de foies gras et confits de volailles. L’année d’avant, Maïsadour était déjà entré dans le capitale des Fermiers Landais, aux côtés d’Unigrains et de l’aviculteur vendéen Arrivé. Ce sera Delpeyrat en difficulté, qui sera l’occasion de la venue de Thierry Blandinières, missionné pour redresser l’entreprise et, logiquement, resté depuis comme DG du groupe. « Notre objectif, c’est de faire de Delpeyrat la marque de gastronomie du Sud-Ouest », affirme Michel Prugue, président du groupe coopératif.

Sortir du canard

De fait, Delpeyrat n’est plus cantonné aux produits issus du canard. Début des années 2000, Maïsadour, s’associe avec l’espagnol Campo Frio dans l’activité de salaison. Plus important, en 2008, il rachère au groupe Bongrain sa filiale salaison Chevalier. Pour ensuite revendre les produits autres que le jambon de Bayonne. Bilan : voilà Delpeyrat n° 1 du jambon de Bayonne (2/3 des volumes), le leader français des jambons secs d’origine.
Ces deux opérations montrent bien la stratégie de la coopérative : association avec un spécialiste du métier ; acquisition d’une société ; recentrage sur une spécialité à forte valeur ajoutée où le groupe peut asseoir sa position de leader ou co-leader.
C’est bien ce qui se passe aujourd’hui dans les volailles fermières du Sud-Ouest. Avec Terrena, l’ensemble coopératif des Pays de Loire, le groupe a constitué FSO en 2010, Fermiers du Sud-Ouest (49% Terrena et 51% Maïsadour). Ses composantes : les Fermiers Landais, les Fermiers du Périgord et les Fermiers du Gers. La filière (19 millions de volailles label, 1,1 million de poulet bio, 11,8 millions de volailles classiques) est maîtrisée, depuis la sélection jusqu’à l’abattage et la découpe, la commercialisation, une partie de celle-ci étant confiée à Terrena, pour des raisons de masse critique commerciale, notamment avec la marque St. Sever. L’important pour le groupe coopératif est de conserver la maîtrise de la production de la région. En volailles, la marge est garantie aux éleveurs, grâce à l’indexation des volailles sur les prix de l’aliment. La plupart du temps, la règle est une juste répartitition des croissances de production ou, le cas échéant, des réductions de production entre les coopératives de base.

Pour un porc du Sud-Ouest

Pour les jambons de Bayonne, la situation est différente. Delpeyrat n’achète que les jambons via les abattoirs, la partie la plus valorisée de ce porc du Sud-Ouest, plus lourd que celui de Bretagne. Les autres composantes de l’animal ne bénéficient pas de cette surprime régionale. C’est pour cela que le consortium Jambon de Bayonnne, dont Maïsadour est un membre de poids, cherche à obtenir une IGP porc du Sud Ouest. L’idée est de valoriser sur tout l’animal les efforts d’élevage et de nutrition réalisés pour produire le jambon d’origine. Le dossier est à Bruxelles, explique Michel Prugue.
Pour étoffer la stratégie, Maïsadour pense aussi distribution. Le groupe a racheté récemment la chaîne de magasins, Comtesse du Barry. Une chaine de 75 échoppes d’épicerie fine. « Une belle endormie » comme la décrit Thierry Blandinières. L’objectif est d’atteindre le chiffre de 150 magasins, en propre ou en franchise, d’en installer dans des grandes capitales et à commencer par un magasin parisien dans un emplacement de prestige. Ainsi, cette chaîne, née d’ailleurs d’un couple d’épicier dans le Gers en 1908, doit devenir le vecteur de distribution de produits haut de gamme du sud-ouest. Parmi eux : les produits de Maïsadour évidemment. Le groupe, outre la marque Delpeyrat consacrée surtout à la grande distribution, est solidement implanté dans les produits de commerce traditionnel. Une stratégie qui pourrait bien se développer vers d’autres directions, d’autres vecteurs de valorisation de produits de la région même si, à l’origine, les entreprises se situent ailleurs. Le groupe coopératif n’a-t-il pas proposé d’acquérir le volailler Arrivé, les plats de marque Marie ? Rares sont les dossiers que l’équipe de Michel Prugue et Thierry Blandinières ne regardent pas.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

acquisition
Suivi
Suivre