Multiplication des phénomènes de sécheresse et baisse des rendements agricoles au sud de l’Europe, hausse des températures, risques d’inondation plus fréquents et possibilité de cultiver davantage d’espèces au Nord et en Europe centrale : tels sont les principaux effets du changement climatique à attendre pour l’agriculture européenne. C’est en tout cas le message qu’ont cherché à faire passer divers experts internationaux aux ministres européens de l’agriculture et de l’environnement, réunis à Londres les 11 et 12 septembre pour un Conseil informel, à l’invitation de leur homologue britannique Margaret Beckett. Si l’agriculture compte pour 10 % des émissions de gaz à effet de serre en Europe, elle peut aussi être un outil important de lutte contre le réchauffement climatique, notamment au travers de la production d’énergies renouvelables. La commissaire chargée de ce secteur, Mariann Fischer Boel, promet de nouvelles mesures pour encourager la production de biocarburants d’ici quelques mois.
Cyclone Katrina aux Etats-Unis, inondations en Europe centrale, sécheresse et multiplication des feux de forêts dans les pays méditerranéens cet été : les modifications climatiques redoutées depuis longtemps par les scientifiques sont bel et bien devenues réalité. Reste à savoir quels effets attendre de ces changements pour l’agriculture et quelles mesures prendre dans ce secteur, notamment pour contribuer à maîtriser les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement de la planète. L’objectif de la ministre britannique de l’agriculture et de l’environnement, qui réunissait ses homologues européens à Londres ce week-end pour écouter les avis de six experts internationaux dans ce domaine, était justement de lancer le débat.
Du soja au Royaume-Uni
Avec des hausses de températures annuelles allant de 0,1 à 0,4°C par décennie, les étés chauds seront multipliés par deux d’ici 2020 et par 10 d’ici 2080, a affirmé devant les ministres le co-président du Comité international des Nations-Unies sur le changement climatique, Martin Parry. Il en résultera selon lui des étés beaucoup plus secs avec des risques de désertification accrus et une baisse des rendements céréaliers au sud de l’Europe, des hivers beaucoup plus humides au Nord et en Europe centrale avec une augmentation de la fréquence des inondations et des températures plus clémentes, propices au développement de cultures comme le soja dans des pays tels que le Royaume-Uni. D’autres effets moins prévisibles, par exemple sur le Gulf Stream, ne sont pas à exclure. Toujours selon M. Parry, les modifications climatiques sur le plan mondial seront moins importantes en Europe que dans les pays en développement et il est probable que l’Europe aura une part croissante dans la production de denrées alimentaires pour l’ensemble de la planète.
Günther Fischer, de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués, a estimé quant à lui que les effets bénéfiques du changement climatique pour l’agriculture seront limités en Europe aux zones de haute altitude. Sur un plan plus global, la Russie et les Etats-Unis seraient gagnants selon lui dans tous les cas de figure, tandis que la production européenne aurait plutôt tendance à diminuer.
Pour sa part la directrice de l’Agence européenne de l’environnement, Jacqueline McGlade, a indiqué que son institution travaillait à la modélisation de différents scénarios sur les effets du changement climatique en Europe, tous concluant à une réduction des surfaces agricoles et la « disparition des paysages agricoles traditionnels », « même les plus optimistes », d’où la nécessité, selon elle, de fixer des priorités claires au niveau des politiques de développement rural.
Autre exposé remarqué, celui de Chris Pollock, de l’Institut gallois des prairies et de l’environnement, qui a évoqué la possibilité de privilégier certains types d’herbes fourragères plus digestes dans les pâturages pour réduire la production de méthane chez les bovins.
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Ces interventions ont recueilli semble-t-il un grand intérêt des ministres, qui se sont accordés pour reconnaître que le changement climatique présentait à la fois de nouvelles contraintes et de nouvelles opportunités pour l’agriculture. « L’agriculture durable et l’utilisation des terres peuvent jouer un rôle significatif pour aborder le changement climatique tout en apportant les retombées économiques et sociales dont les zones rurales ont besoin», a conclu Margaret Beckett, la ministre britannique de l’agriculture.
Pour la France, Dominique Bussereau a estimé qu’il faudrait peut-être « revoir la distribution des productions en Europe, si la tendance longue à manquer d’eau dans certaines régions se confirme ». Il a ajouté que ce problème devra être pris en compte « quand on renégociera la nouvelle Pac en 2012/2013 ».
Prochaines propositions de Bruxelles sur les biocarburants
La commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, a indiqué, à l’issue du Conseil informel, que Bruxelles comptait présenter, avant la fin de cette année, un « plan d’action pour la biomasse », qui prévoira notamment des mesures spécifiques pour « promouvoir le rôle des biocarburants ». Elle a ajouté que son cabinet a mis sur pied une cellule inter-services à la Commission pour élaborer de nouvelles propositions pour « stimuler la production des biocarburants ». « Maintenant que le cours du pétrole a atteint les 70 $ par baril, ce projet présente un potentiel énorme et a du sens sur le plan économique», a-t-elle souligné. Sur la base des travaux de ce groupe, la Commission devrait présenter des « orientations politiques plus ambitieuses pour les biocarburants dans l’UE début 2006 », a indiqué Mme Fischer Boel.
La commissaire a ajouté qu’elle attendait des effets positifs sur le plan du changement climatique du fait de la mise en œuvre de la réforme de la Pac et en particulier des mesures concernant le découplage et l’écoconditionalité, de l’aide spécifique de 45 euros/ha pour les cultures énergétiques, de la modulation, des aides agri-environnementales et du soutien au reboisement. Elle a précisé s’attendre notamment à une poursuite de la réduction des cheptels responsables de certains gaz à effet de serre et a rappelé que le projet de réforme du secteur du sucre prévoyait d’exclure les récoltes destinées à la fabrication d’éthanol des quotas de production.
Elle a exclu toutefois devant la presse, tout projet de nouvelle réforme d’envergure de la Pac, indiquant qu’il faudrait attendre au moins 2008/2009 pour faire un premier bilan des mesures décidées en 2003.