Alors que les Assises du sanitaire animal sont suspendues à la nomination d’un nouveau gouvernement, le CGAAER (ministère) propose de vacciner chaque année les animaux d’élevage contre les principales maladies. Avec un financement reposant sur les professionnels.
Dans un rapport sur les banques de vaccins publié le 3 septembre, le CGAAER (ministère de l’Agriculture) propose « la mise en place d’une vaccination annuelle pour les ruminants (par bande pour les monogastriques) » contre « les sérotypes présents ou menaçants » des principales maladies animales. Ce travail a été commandé par l’exécutif dans le cadre des Assises du sanitaire animal, aujourd’hui suspendues à la nomination d’un nouveau gouvernement. Pour le CGAAER, la vaccination annuelle pourrait se faire dans le cadre d’une visite de « prophylaxie annuelle », au cours de laquelle seraient aussi distribués les kits de surveillance des maladies.
Aux yeux des inspecteurs du ministère, une vaccination systématique procurerait « la meilleure protection des troupeaux » possible dans un contexte de multiplication des épizooties. Mais elle permettrait aussi de réduire le coût des crises sanitaires, tout en offrant de la « visibilité » aux fabricants de vaccins et « une possible planification des chantiers de vaccination en élevage ». Les esprits sont désormais mûrs : après plusieurs années de « crise permanente », le CGAAER observe un « changement de regard sur la vaccination », qui fait désormais l’objet d’une « demande pressante des professionnels ». « La vaccination, qui était jusqu’à présent retardée au dernier moment pour ne pas entraver les échanges d’animaux vivants, devient un outil plébiscité par tous les acteurs professionnels rencontrés par la mission. »
Le FMSE « pas opposé »
Pour les auteurs du rapport, le financement de la vaccination annuelle « pourrait être porté par un organisme professionnel impliqué dans l’élevage ». C’est justement tout l’objet des Assises du sanitaire animal, qui visent à réformer la gouvernance du système sanitaire français. Avec en toile de fond la volonté d’optimiser les dépenses publiques et de transférer une partie du financement vers les professionnels. Annie Genevard avait prévenu en amont des Assises : l’État ne pourra pas continuer à payer en même temps la vaccination et les indemnisations. Autre avantage d’un financement professionnel, selon le CGAAER : il permettrait de « faire une différence d’indemnisation des pertes des éleveurs entre ceux qui sont rentrés dans un programme collectif et ont vacciné, et ceux qui l’ont refusé ». Une différenciation que l’État ne peut appliquer qu’en cas de vaccination obligatoire. Or, les inspecteurs relèvent que « le caractère obligatoire ou non de telles campagnes [de vaccination annuelle] est discuté ».
Dans le détail, les inspecteurs du ministère imaginent que « ce portage financier professionnel pourrait se faire dans le cadre d’un PSIC » (plan sanitaire d’initiative collective). Par ailleurs, après avoir interrogé les dirigeants du FMSE (fonds professionnel), les auteurs notent qu’ils « ne sont pas opposés » à « des solutions professionnelles permettant de contribuer financièrement à des campagnes de vaccination préventives et systémiques ». Toutefois, le FMSE n’a actuellement « pas compétence pour intervenir en matière de prévention ».
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Rencontres annuelles avec les fabricants de vaccins
Au-delà du financement, les inspecteurs du CGAAER formulent aussi des recommandations sur la gouvernance. Ils proposent de créer un comité de la stratégie vaccinale (CSV) rattaché au Cnopsav (le « Parlement du sanitaire »), ainsi qu’une réunion annuelle entre le ministère de l’Agriculture et les fabricants de vaccins. « Les producteurs de vaccins doivent avoir connaissance de leurs commandes plus de 12 mois avant d’alimenter largement le marché », rappellent-ils. Le CGAAER insiste aussi sur l’importance d’une « communication forte, unique, actualisée et adaptée », rappelant « l’impact délétère d’informations partielles ou fausses sur les vaccins ».
Plus classiquement, le rapport appelle à accélérer la recherche et assouplir la réglementation sur les plateformes vaccinales (protégeant contre plusieurs sérotypes, voire plusieurs maladies, avec une seule injection). Au niveau international, les experts du CGAAER appellent à fluidifier et sécuriser les échanges d’antigènes, notamment avec les pays tiers. De nombreuses maladies animales arrivées en Europe ces dernières années étaient auparavant présentes en Afrique ou au Moyen-Orient, comme la DNC (dermatose nodulaire contagieuse) ou la MHE (maladie hémorragique épizootique). C’est pourquoi ils proposent que l’agence européenne des urgences sanitaires HERA intègre les maladies animales dans son giron et développe « une plateforme d’échanges de souches zoonotiques et d’intérêt pour la santé animale ». Un chantier qui pourrait s’inspirer de « la structuration des échanges des souches grippales au sein de l’OMS ».
Meilleure protection et plus de visibilité pour les industriels des vaccins
Les inspecteurs observent un « changement de regard sur la vaccination »
Fièvre aphteuse : le CGAAER appelle à renforcer le stock français de vaccins
Dans un rapport publié le 3 septembre, le CGAAER (ministère de l’Agriculture) étudie notamment le cas de la fièvre aphteuse, la seule maladie pour laquelle l’État français dispose d’une banque d’antigènes. Ses auteurs s’y disent « étonné [s] de l’écart de dimension entre la banque de vaccins anti-aphteux maintenue en France et celle que possède l’Allemagne », qui a connu un foyer en début d’année (résorbé depuis). « Il peut être utile de reposer la question de son calibrage avec des scénarios où la fièvre aphteuse apparaîtrait dans des régions de forte densité d’animaux sensibles ». Autrement dit, les stocks français se révéleraient rapidement insuffisants en cas de crise majeure. Maladie virale très contagieuse mais n’affectant pas l’homme, la fièvre aphteuse touche de nombreux animaux d’élevage (porcins, caprins, ovins et bovins), avec de lourds impacts sanitaires et économiques. Selon les inspecteurs, « la France maintient une banque d’antigènes pour une vaccination périfocale d’urgence en cas de foyer de fièvre aphteuse ». Concrètement, cette banque prend la forme d’un « contrat (d’achat) avec le fabricant Boehringer Ingelheim », qui conserve les antigènes, lesquels sont utilisés si besoin pour produire des vaccins « en cinq à dix jours ».