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Space 2015 Malgré la morosité, le commerce continue

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Dans un contexte économique catastrophique pour le secteur de l'élevage du Grand Ouest, le Space s'est tenu dans une ambiance relativement calme, et le commerce n'a pas été particulièrement perturbé par les manifestations des syndicats minoritaires, le jour de l'ouverture. Le nombre de délégations étrangères aurait progressé dès le premier jour. Une partie des éleveurs français sont cependant restés chez eux, en particulier les producteurs de porcs, et les présents ne cachaient pas leur morosité.

Sécheresse, surproductions laitière et porcine, cours en baisse et maintenant fièvre catarrhale ovine, le secteur de l'élevage subirait presque les dix plaies d'Egypte ! Pourtant le Salon international des productions animales (Space,15 au 18 septembre) s'est tenu dans une ambiance très business, et étonnamment calme. Certes, la manifestation, annoncée depuis plusieurs jours de la part des syndicats minoritaires, a fait fuir des éleveurs le jour de l'ouverture, le 15 septembre – pour Marcel Denieul, président du Space, cette baisse de fréquentation a été estimée à 30%. À l'ouverture, il soupire cependant de soulagement au peu de désagréments causé par les syndicalistes. Beaucoup de bruit pour rien, pourrait-il dire. Pourtant, le matin de l'ouverture, l'angoisse de Marcel Denieul et de Paul Kerdraon, directeur du salon, est palpable. Malgré le faible nombre de manifestants. « Ils seraient environ 300 et non 500 comme prévu », estime Marcel Denieul. Il craint que ces derniers ne pénètrent de force dans le salon « pour demander des comptes ». À qui ?, s'interroge-t-il d'ailleurs. Certaines années sont restées bien vivantes dans les mémoires. Stands ravagés, CRS et gaz lacrymogènes avaient fait la une des journaux naguère. Le 13 septembre, le préfet de Bretagne, Patrick Strzoda, avait rencontré la Coordination rurale (CR), la Confédération paysanne (Conf'), l'Organisation nationale des éleveurs de porcs (Onep) et l'Association des producteurs de lait indépendants (Apli). Leur projet de « journée morte » pour l'ouverture du Space a donc été bien pris au sérieux. Les syndicats se sont heurtés « à une menace de guerre » de la part de Patrick Strzoda, en cas de blocage total du salon, avait rapporté Noël Rozé, président de la CR Bretagne. Le préfet avait déjà fait connaître sa demande de CRS supplémentaires auprès de l'Etat.

Des manifestants sous haute surveillance

Finalement, les manifestants ont établi une simili-scène sur le parking A, entourés de leurs tracteurs. Ils préparent un barbecue géant sur fond de harangues et de témoignages. Un jerrican de lait, renversé, teinte le macadam. Non pas 500, mais en fait à peine 200, avec un peu plus d'une cinquantaine de tracteurs. L'arrivée de ces derniers a tout de même fortement ralenti la circulation, au matin, provoquant la rage de quelques automobilistes. Une dizaine de CRS, bottés, casqués, matraque à portée de main, observent les manifestants, attentifs au moindre mouvement de foule. Deux hélicoptères survolent le parking. Mais rien ! Dans le salon où « se consomment petits fours et champagne » selon Laurent Pinatel, porte-parole de la Conf', la foule circule librement dans les allées. Il est bientôt midi. Marcel Denieul a annoncé le matin « une minute de silence », acceptée même par les syndicats minoritaires, en réponse aux fléaux qui s'abattent sur l'élevage français. La minute a été annoncée au micro. Mais, dans le hall 5, où se tiennent les stands de Lactalis, de la Cooperl, de Sodiaal, des Jeunes agriculteurs, de la FNSEA ou encore du ministère, midi signifie plutôt apéritifs et conversations ! Celles-ci vont bon train et les affaires aussi. Une minute de silence ? « Ah, bon ? Je ne savais pas ! », répond un membre de la Fédération nationale de producteurs de lait.

Moins d'éleveurs pour l'inauguration

Dehors, un fumet de viande de cochon grillée se répand, mettant l'eau à la bouche des gendarmes. Ils s'arrêtent et regardent la carte des restaurants, avant d'y rentrer. Les CRS sont plus discrets, éparpillés mais partout, oreillette en marche. Dans les allées, les éleveurs dont le visage et les mains portent la trace de leur métier se rencontrent peu, à l'inverse de cadres et commerciaux, en costume deux pièces. Des délégations étrangères parcourent aussi le salon, reconnaissables à leurs costumes traditionnels, leur langue ou tout simplement leur badge. Ils sont nombreux comme le rappelle encore Marcel Denieul. « La fréquentation de la part des visiteurs internationaux est en hausse. Près de 99 pays étaient présents le jour de l'ouverture », s'enorgueillira-t-il le 16 septembre. Pierre Chevallier, ancien président de la Fédération nationale bovine, croisé devant le stand de la race Salers, tente de convaincre une délégation d'Afrique du Nord d'aller au Sommet de l'élevage et rafle pour ses visiteurs tous les prospectus de promotion de la vache rouge.

Le business continue

C'est un regroupement des CRS en direction du hall 5 qui alerte le visiteur de l'entrée des syndicats minoritaires dans le salon. Ils ont franchi les portes sans heurts. L'un d'entre eux s'adresse à un CRS : « On vous donne du boulot, hein ! ». L'autre sourit, sans plus. Dans la foule du hall, les drapeaux jaunes de la Conf' et de la CR s'arrêtent au stand de Sodiaal. Véronique Le Floch', présidente de l'organisation des producteurs de lait (CR), a épluché les comptes de la coopérative et interpelle les dirigeants, micro à la main, accompagnée de Bernard Lannes, président de la CR. Le directeur général, Frédéric Rostand, et le président, Damien Lacombe, sont absents. Pascal Nizan, président de la Région Bretagne Est, tente de répondre, rappelant que les informations ont déjà été données en assemblée de section dans chaque région. L'argumentaire des contestataires perd de sa force et les deux combattants semblent aussi perdus l'un que l'autre. Laurent Pinatel reprend la main pour tenir son discours syndical. Le cortège repart vers la FNSEA, où des discussions plus serrées auront lieu. Les drapeaux s'éparpillent. L'un d'entre eux se retrouve dans un fauteuil de la maison du lait (Cniel) où son propriétaire prend un café. La pluie s'est mise à tomber dehors comme si le climat breton incitait lui aussi à ce que les affaires reprennent dans la chaleur des stands. « Business is business »…

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La droite occupe le terrain face à un Stéphane Le Foll hésitant

Coup de théâtre ! Stéphane Le Foll décide finalement, le 17 septembre, de se rendre le lendemain au salon international des productions animales (Space) pour sa…fermeture ! « Je n'y vais pas parce que j'ai du travail », avait-il encore affirmé le matin même. Ainsi, le Space s'est ouvert à Rennes, le 15 septembre, sans le déplacement d'un des membres du gouvernement. Stéphane Le Foll, en conseil des ministres à Bruxelles, ne pouvait s'y rendre. Son agenda, publié tardivement le soir de l'ouverture, n'affichait aucun déplacement au salon. Le ministre avait d'ailleurs confirmé sa non-venue à l'AFP, le 16 septembre, débordé par son agenda et la gestion de la crise FCO. Seul le préfet de région s'est déplacé au matin du 15 septembre pour visiter le salon, en compagnie de Marcel Denieul, son président. Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Agriculture, est venu réconforter les éleveurs le même jour, tout comme Marine Le Pen, arrivée le 17 septembre.

Des producteurs de porc moins nombreux

L'ambiance est résolument feutrée, « les gens savent ce qu'ils veulent, les discussions sont très professionnelles », explique-t-on à la Cooperl, mais l'activité semble toutefois ralentie du côté des élevages français. Mercredi, le salon enregistrait 1 000 visiteurs français de moins que ce qu'attendaient les organisateurs. Le jeudi est traditionnellement le jour du porc, au Space ; dans le hall 8 consacré au cochon, les stands sont moins animés qu'à l'accoutumée, et dans les allées, on circule facilement. « C'est un petit jeudi. Normalement, ici, c'est bondé, confirme un technicien de la coopérative Nutréa. Les éleveurs nous ont demandé moins de billets cette année. Il y a une vraie morosité ambiante ». « Il y a moins de monde », confirme-t-on chez Aveltis, groupement de producteurs bretons. Une observation qui résonne avec l'annonce du président de l'Inaporc Guillaume Roué dans la matinée : 10% des ateliers porcins ne survivront pas à la crise, 10 autres pour cent sont en danger. Dans les campagnes, « on sent une accélération des cessations de paiement, en porc comme en lait, témoigne le technicien d'un groupement costarmoricain. Une partie des élevage qui étaient en redressement judiciaire il y a deux, trois ans n'ont pas eu d'amélioration.» « Il y a peu d'éleveurs, cela montre bien qu'il y a un malaise », analyse un éleveur de Seine-Maritime. Dans le hall 5, le stand de la Cooperl, lui, est bondé. « Nous avons une affluence normale, explique un technicien. Les gens sont dans un état d'esprit positif. Forcément, ils sont inquiets, mais pas plus que dans d'autres filières ».

Les laitiers dans l'expectative, morosité dans le cochon

Difficile de prendre une température juste de l'élevage Grand Ouest au Space. « Ceux qui viennent sont ceux qui arrivent à voir l'avenir, ce sont ceux qui seront là demain », explique-t-on chez Aveltis. Et ceux-là sont plutôt moroses. « Depuis plusieurs années, c'est bas, et les charges augmentent, explique un éleveur de Seine-Maritime, d'une cinquantaine d'années. On craint l'hiver, et les années à venir font peur. Nous, ça devrait aller, mais les générations d'après…» Chez les éleveurs laitiers, c'est l'inquiétude qui règne, moins que la morosité. « Forcément, quand tu te lèves le matin, que tu fais de grosses journées et que tu peux pas te payer, témoigne un éleveur du bassin rennais. Mais je pense que ça va remonter, c'est international, la consommation chinoise a baissé, l'embargo russe n'a pas aidé. Faut pas être pessimistes à tout-va ! ». Et son voisin d'étayer : « Les gens n'ont pas le moral, il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps. Dans notre zone, ceux qui ont plus de 50 ans vont se réorienter vers les cultures. » Un éleveur du Maine-et-Loire constate que « beaucoup de ses voisins qui ont investi sans regarder leurs coûts de revient se retrouvent dans le souci ». A la fin de chaque conversation, tous diront qu'il ne faut pas « désespérer », être « excessivement pessimiste ». Ceux-là continuent d'y croire, mais pour combien de temps ?

Porc : Sanders et Fleury Michon lancent une nouvelle filière commune

La filiale du groupe Avril, Sanders, a annoncé, le 16 avril au Space de Rennes, le lancement en porc d'une filière commune avec Fleury Michon, nommée « j'aime - filière d'excellence ». Elle concerne 21 éleveurs, pour un volume de 2000 porcs par semaine. Les cochons sont nourris sans OGM, avec des céréales françaises, sans antibiotique avant 42 jours d'âge, et dans le cadre de plans de progrès en bien-être animal et environnement. La prime au producteur est de 6,5 € par porc, et le surcoût est variable en fonction des producteurs (1,5€ par porc pour l'alimentation). Le prix en magasins des jambons et rôtis « j'aime » sera moins cher que les produits labels.

Porc : Syproporcs proposera son contrat Swap à tous ses membres à partir de janvier

Après un bilan d'étape « positif » réalisé il y a quinze jours, le groupement breton de producteurs de porcs Syproporcs a décidé de proposer son contrat Swap – de couverture mutuelle des prix avec le salaisonnier Herta – à tous ses membres– 200 éleveurs – à partir du mois de janvier, a annoncé à Agra Presse son directeur Daniel Bellec, le 16 septembre au Space. Un premier contrat de six mois est expérimenté depuis le mois de juillet, sans que le nombre d'éleveurs et les prix pratiqués n'aient été dévoilés. « Tout fonctionne, et nous avons reçu des retours positifs de la part des éleveurs et d'Herta », explique D. Bellec. Les prochains contrats pourraient porter sur de plus longues durées.