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Climatologie Malgré un déficit hydrique, les cultures se portent encore bien en France

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Malgré un manque d’eau à l’automne, avec un déficit pluviométrique de 20 à 30% sur l’ensemble du territoire français, les cultures d’hiver, céréales et oléagineux, ne semblent pas souffrir de cette situation. En revanche, la situation est plus préoccupante en Europe de l’Est où la vigueur végétale, mesurée par imagerie satellite, est significativement moins bonne par rapport à l’année dernière. Si, en France, la situation n’est pas alarmante, les spécialistes des grandes cultures indiquent toutefois que si cette situation de déficit hydrique durait jusqu’au mois de mars, des problèmes pourraient survenir. D’autant que le recours à l’irrigation pourrait être encore limité cette année du fait d’un rechargement retardé des nappes phréatiques.

«Les nappes auraient déjà dû commencer à se recharger », s’inquiète Philippe Vigouroux, hydrogéologue du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) qui publie chaque mois un bulletin sur le niveau de remplissage des aquifères. Le dernier en date révèle que le niveau de 62% des nappes était en baisse début novembre. « C’est énorme ! Il y a deux mois de retard par rapport à ce que l’on observe d’habitude », précise-t-il. En effet, après un printemps très sec, l’automne 2011 est marqué par des précipitations très inférieures aux normales sur la quasi-totalité du territoire – excepté dans le Sud-Est où elles sont largement excédentaires – et particulièrement sur la façade ouest, le Sud-Ouest et le Nord-Est. Depuis le début de l’année hydrologique (septembre 2011), les cumuls de précipitations sont excédentaires de 25% à 50% sur le littoral méditerranéen et déficitaires de 25% à plus de 50% sur le reste du territoire. Résultat : plus des deux tiers des réservoirs (79%) affichent un niveau inférieur à la normale, notamment sur la grande majorité du bassin Seine-Normandie et certains secteurs du bassin Adour-Garonne.

Un manque de « pluies efficaces » pour recharger les nappes
Les pluies dites efficaces, c’est-à-dire celles qui permettent de remplir les nappes, se concentrent de novembre à début mars. « Nous sommes à une période charnière, estime Philippe Vigouroux. Si nous revenons à un niveau de pluviométrie normal, je ne me fais pas de souci. Par contre si la recharge ne se fait pas bien cet hiver, il y a un risque que les arrêtés préfectoraux de restriction d’usage de l’eau soient pris plus tôt dans l’année ».
Pour ce qui est des eaux superficielles, les débits mesurés sur les rivières au cours du mois de novembre sont inférieurs à la normale sur tout le territoire à l’exception une fois encore du pourtour méditerranéen. Selon Météo France, les sols superficiels sont, quant à eux, proches de la saturation en Seine-Maritime, dans le Finistère, dans les Pyrénées et dans le Sud-Est. Ils sont par contre encore secs sur le reste du territoire et notamment en Alsace, en Moselle et Tarn-et-Garonne où le déficit dépasse les 60%.

Un impact modéré sur les cultures en France
« Le manque d’eau à l’automne n’est pas préjudiciable pour les cultures actuellement. Cela a même favorisé l’implantation avec de bonnes conditions pour les semis », explique Jean-Paul Bordes, chef du département recherche et développement chez Arvalis. Selon lui, des cumuls de températures élevés ont favorisé un bon développement des cultures avant l’hiver. Seul bémol, les températures douces ont favorisé l’apparition de pucerons avant l’hiver, chose rare et pouvant poser problème car des virus peuvent être transmis aux plantes. « Pour les variétés d’hiver, le risque de stade avancé à l’entrée dans l’hiver est faible car la montée à l’épi de la plante est déterminée par une période de froid, appelée vernalisation », souligne Jean Paul Bordes. Pour les espèces moins vernalisantes, le spécialiste estime que ce manque de froid peut poser problème. En effet, si les plantes atteignent un stade trop avancé durant l’hiver, avec un développement qui ne serait pas freiné par le froid, le risque qu’elles pâtissent du gel pourrait s’accroître. Pour Jean-Paul Bordes les espèces à risque sont le blé dur, les blés tendres dits alternatifs, qui n’ont pas besoin d’une importante période de froid pour monter à épi, ou les orges de printemps semés à l’automne.

Les cultures sont en avance pour la saison
Cependant, l’hiver n’est pas terminé et des températures froides pourraient freiner le développement des cultures. Concernant le colza, le Cetiom (Centre technique interprofessionnel des oléagineux et du chanvre) constate un développement très avancé des plantes, comme rarement vu à l’entrée dans l’hiver. Mais cela ne poserait pas de problème, car seules quelques feuilles pourraient tomber en hiver, et la plante devrait rattraper ces pertes en croissance. « Aujourd’hui, les plantes n’ont pas de gros besoin en eau, mais si le déficit pluviométrique se poursuivait jusqu’en mars, cela commencerait à poser problème », estime Jean-Paul Bordes. Autre problème, le remplissage des retenues collinaires qui prend du retard. Mais, pour le responsable d’Arvalis, « elles ont jusqu’en juillet pour se remplir ». Selon lui, « certes l’année climatique 2011 est atypique, mais le mois de novembre 2009 avait été le plus chaud depuis un siècle et n’a pas posé de grave problème aux cultures ». Jean-Paul Bordes relève cependant qu’en 2009, seule une forte humidité avant l’hiver avait posé des problèmes en matière de désherbage. « Cette année c’est l’inverse, les températures sont douces mais le climat est sec, ce qui a permis une bonne maîtrise des adventices ainsi qu’une vigueur végétale meilleure qu’habituellement à l’entrée de l’hiver », conclut Jean-Paul Bordes.

Une sécheresse plus prononcée dans l’est de l’Europe
« Si les précipitations sont déficitaires sur l’ensemble de l’Europe, le manque d’eau se fait principalement sentir sur les pays de l’Est de l’Europe, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et l’Ukraine » indique Cécile Tartarin, chef de produit chez Geosys (www.geosys.com). Elle poursuit : « Sur ces pays, nous constatons que la vigueur de la végétation des cultures d’hiver est significativement moins bonne que l’année dernière ». En revanche, « en Allemagne et en France, à l’exception de la région Sud-Ouest, la vigueur des cultures reste correcte », souligne Cécile Tartarin. Selon Geosys, en France sur la plus grande partie du territoire le déficit de précipitations s’établit autour de 20% à 30% par rapport à la moyenne des 25 dernières années. Dans le Sud-Ouest français ce déficit peut dépasser les 50%. Par contre, la responsable de Geosys alerte les opérateurs sur le fait que dans certaines régions de Hongrie, de Roumanie et d’Ukraine, le déficit est plus marqué et dépasse les 60%. Géosys conseille aux opérateurs sur les marchés céréaliers de suivre attentivement l’évolution des conditions de végétation en Europe de l’Est. « Si les conditions sèches perdurent au printemps, les conséquences pourraient être importantes », estime Cécile Tartarin. Selon elle, « il ne faut toutefois pas sous-estimer les capacités de ces régions à ressemer en cultures de printemps si les conditions climatiques y sont favorables ». « Il est par conséquent certainement trop tôt pour formuler des hypothèses de pertes sur les productions ,» conclut Cécile Tartarin.

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