C’est une petite acquisition mais elle est symbolique. Avec le rachat de l’italien Diamalteria, n°3 mondial des ingrédients alimentaires à base d’extraits de malt, Malteurop (groupe Siclaé) investit dans un nouveau métier. Un pôlé dédié, Malteurop Food Ingredient voit d’ailleurs le jour. D’ici à cinq ans, il doit contribuer à hauteur de 15 % du chiffre d’affaires, pour moins de 2,5 % aujourd’hui. Cette diversification aval permet à Malteurop d’élargir sa clientèle et ses risques, mais aussi de tirer sa rentabilité vers le haut. Une stratégie prudente au regard de la concentration de son activité historique où quatre brasseurs, ABInbev, SabMiller, Heineken et Carlsberg, pèsent plus de la moitié du marché. Le malt brassicole restera néanmoins le premier métier de Malteurop, qui s’attend à voir le secteur continuer à se consolider. Le leader mondial du malt se positionne donc davantage comme un prestataire de service, et plus seulement comme un simple fournisseur, pour séduire les grands brasseurs mondiaux, qui se concentrent de plus en plus sur le marketing et la distribution.
En direct avec Alain Le Floch, directeur général de Malteurop
Avec l’acquisition de Diamalteria, Malteurop prend pied sur le marché des ingrédients alimentaires à base d’extraits de malt et crée même une société dédiée, Malteurop Food Ingredient. Comment expliquer cette stratégie, et quels sont vos objectifs ?
L’extrait de malt est mieux valorisé que le malt. Il ne souffre pas d’effets de cycle liés à la construction de nouvelles capacités et n’approvisionne pas une seule industrie. C’est un marché qui va permettre à Malteurop de diversifier ses risques et son portefeuille clients.
Le marché des ingrédients alimentaires à base d’extrait de malt est un marché de niche, 250 000 à 300 000 t, soit environ 600 à 700 millions d’euros si on veut donner une estimation. Mais c’est un marché attractif en croissance de 3 à 4 % par an au niveau mondial. L’extrait de malt est un produit naturel, légèrement sucrant, qui possède des propriétés colorantes. Il est poussé par le green labelling, l’élimination des conservateurs, la réduction du sucre.
Notre objectif, c’est que cette activité atteigne 15 % du chiffre d’affaires de Malteurop d’ici à cinq ans. Elle offre une rentabilité sensiblement supérieure à celle du malt et permet de diversifier les risques. Pour atteindre cette envergure, il faudra procéder à d’autres acquisitions ou investir. Rien n’est encore décidé. L’extrait de malt est utilisé à 50 % par la brasserie et à 50 % par l’alimentation, comme le baby food par exemple, ou encore les boissons énergétiques. Des synergies commerciales existent bien sûr sur la brasserie. Au-delà, nous apportons une présence mondiale à Diamalteria. Pour l’instant, l’entreprise exporte en Europe continentale et au Moyen Orient. Nous allons consolider les positions sur ces zones et développer de nouveaux marchés. La question est de savoir où il faudra investir. Près des marchés ? Ailleurs ?
Comment abordez-vous la concentration du secteur brassicole ?
La concentration accrue du secteur brassicole n’est pas la raison principale de l’acquisition de Diamalteria. La puissance d’achat reste de toute façon chez le client…
En fait, la concentration des brasseries implique de plus en plus ce que j’appelle « une externalisation de la complexité » chez le fournisseur. C’est sur cette expertise que nous nous positionnons.
Faire plus de R&D va aussi devenir un axe de différenciation pour nous. Dans le malt de brasserie, la capacité de recherche et développement se situe principalement sur les variétés d’orge. Nous avons ainsi une cellule qui travaille sur les sélections variétales en Nouvelle Zélande. Mais nous intégrons aujourd’hui l’expertise R&D de Diamalteria.
Votre raisonnement fait penser à celui du secteur automobile…
Oui ! C’est un secteur qui m’inspire beaucoup. Pour se concentrer sur leur cœur de métier, les grands donneurs d’ordre demandent davantage de compétences à leurs fournisseurs.
La consolidation du secteur du malt va-t-elle s’accentuer ?
L’enjeu de taille sur l’industrie du maltage est lié à la concentration des brasseries et à la capacité à gérer la complexité de la supply chain malt. Une certaine taille garantit des moyens humains et techniques suffisants, un système d’information approprié par exemple.
La consolidation du secteur brassicole implique souvent une rationalisation du portefeuille de fournisseurs. Il reste moins de fournisseurs, avec chacun un marché plus important.
Pour un malteur, il faut une taille critique d’environ 1,5 M de tonnes mais surtout des implantations pertinentes. Les marchés sur lesquels nous sommes présents comptent beaucoup. Peu d’acteurs ont cette envergure : Malteurop, Cargill, Soufflet. GrainCorp et Boortmalt, avec Greencore, s’en rapprochent.
Si vous regardez les marchés du houblon, du glucose ou de la pâte de cacao, ils sont tous trois organisés de façon similaire. Une organisation dont on est encore loin dans le malt, mais vers laquelle on se dirige sans doute. Deux fournisseurs mondiaux ont 25 à 30 % de part de marché. Ensuite, de grands fournisseurs régionaux ont 15 à 20 % de part de marché.
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– La hausse du prix des céréales vous inquiète-t-elle ?
Il est vrai que les prix de l’orge brassicole ont augmenté de manière significative ces dernières semaines. Cette hausse peut traduire des effets de marché ou une raréfaction de la matière. C’est le cas notamment dans les pays de l’Est. En France, la récolte est satisfaisante.
A court terme, pour nous, il n’y aura pas de conséquences. Notre système d’approvisionnement nous garantit des quantités suffisantes d’orge de qualité.
Cette hausse de prix va néanmoins avoir un impact sur votre activité…
Quand on vend du malt, on achète tout de suite la matière première et on répercute les hausses de prix tout de suite. Mais encore faut-il s’assurer que l’on est capable d’honorer l’offre physiquement. Le retour de la volatilité des cours montre surtout la nécessité des outils de couverture. Nous avons fait un énorme travail sur la gestion des approvisionnements. Pour une entreprise comme la nôtre, c’est tout à fait stratégique.
Que pensez-vous de la création, récente, du marché à terme de l’orge brassicole ?
Le nombre de mouvements est encore relativement limité. S’il se développe correctement, ce sera un outil intéressant. Mais il faut encore attendre quelques mois pour en juger.
Le marché de la bière a quelque peu souffert ces derniers temps. Avez-vous l’impression qu’il repart ? Et comment a évolué l’activité pour Malteurop ?
Notre chiffre d’affaires est réalisé à 65-70 % dans les pays matures, les Etats-Unis et l’Europe au sens communautaire. Les 30-35 % restants sont réalisés dans les zones de croissance.
En Europe et aux Etats-Unis, la demande de malt a diminué de 3-4 % par an en moyenne depuis le début de la crise, avec des pointes à -7 %, voire -8%. Dans les pays de l’Est, principalement la Russie et l’Ukraine, la demande a chuté de plus de 10 %. En Afrique, la progression se maintient, à 3-4 %. L’Asie est toujours en croissance, de l’ordre de 6 %, tirée par la Chine. Malteurop progresse au même rythme que le marché.
Actuellement, on a un petit sentiment de reprise mais les freins sont nombreux. Avec la crise, bon nombre d’Etats ont augmenté les taxes, notamment sur la bière. Les interdits sur le tabac ont un impact en Europe de l’Est. Et le fait que les kiosques ne puissent plus vendre de bière en Russie handicape également le marché. Comme l’été a été très chaud et il faudra attendre un peu pour distinguer l’effet météo des fondamentaux.