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Viticulture Manifestation de colère dans l’Hérault

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Environ 7 000 viticulteurs du Languedoc-Roussillon ont manifesté leur colère face à la crise du secteur, le 9 mars à Montpellier. La police a procédé à des interpellations après des échauffourées. Les mesures en faveur des exploitations en difficulté annoncées la veille par Dominique Bussereau n’ont pas suffi à calmer le jeu. Les vignerons, souvent lourdement endettés après une restructuration importante du vignoble, demandent des mesures de soutien plus conséquentes que celles prévues dans le plan annoncé il y a quelques semaines.

La manifestation, lancée à l’appel des syndicats de vignerons de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, de l’Hérault et du Gard, réunissait entre 6 000 et 8 000 vignerons, selon les estimations de la police et des organisateurs. Le cortège a défilé dans les rues en procession derrière un cercueil, avant que la manifestation ne dégénère en fin d’après-midi aux abords de la préfecture de région, où une délégation était reçue. Des échauffourées, certes marginales, avec la police ont conduit à des interpellations. En début de soirée, quelque 600 viticulteurs se sont retrouvés à l’entrée de Sète, où ils ont enflammé des pneus et des palettes. Plus tard, une trentaine de manifestants cagoulés ont saccagé un péage d’autoroute.

Mais d’autres actes dirigés contre le négoce risquent de diviser la profession : trois négociants de la région ont été la cible d’actions violentes, dans la nuit du 8 au 9, signées par le Comité régional d’action viticole (Crav).

Menace de blocage de la nouvelle interprofession régionale

Entreprises de grands vins de France a estimé que les « leaders de la viticulture méridionale « doivent rapidement condamner » avec fermeté « les actes irresponsables et violents » survenus avant et au cours de cette manifestation.

Mais l’Association française des éleveurs, embouteilleurs et distributeurs de vins et spiritueux (Afed) de la région du Languedoc-Roussillon va plus loin. Elle a annoncé dans un communiqué du 9 mars son refus d’entrer dans l’interprofession des pays d’Oc en voie de création. «Constatant que les entreprises non 100% languedociennes ne sont pas les bienvenues, l’Afed décide de ne plus siéger aux réunions qui devaient permettre la création de (la) nouvelle interprofession tant que la profession n’aura pas fait le ménage en interne», explique-t-elle dans un communiqué. «Le Crav, constitué d’un groupe de producteurs à la fois incontrôlés et irresponsables, se trompe d’adversaire», écrit l’Afed.

La naissance de l’Instance régionale de concertation des vins du Languedoc-Roussillon (IRCVLR) est programmée pour le 24 mars, à la suite des assemblées générales constitutives des interprofessions régionales de vins de table et des vins de pays.

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Demande d’un plan de soutien conjoncturel

Les vignerons, de leur côté, ont souligné les efforts du vignoble languedocien, le plus grand du monde avec 280 000 ha, qui a « sacrifié » 20 000 ha en dix ans.

« Nous avons été les bons élèves et nous ne voulons pas payer pour les mauvais », affirme Jean Huillet, président de la Confédération des vins de Pays et représentais héraultais.

Les difficultés de trésorerie d’un nombre important de viticulteurs du Languedoc Roussillon, en raison d’une campagne qui démarre mal et de prix en baisse, sont à l’origine des mécontentements. Les vignerons ont manifesté contre « l’insuffisance » du plan annoncé par le ministre de l’Agriculture, qui prévoit 70 millions d’euros pour 2005 dont 20 millions d’aides directes de l’Etat. Ils réclament un « soutien conjoncturel » plus important, l’exonération des charges, ainsi que des prêts à taux zéro, notamment pour les jeunes. Ils plaident pour une gestion autonome des bassins de production. Ils condamnent la « concurrence déloyale » de l’Italie et de l’Espagne.

Les réflexions ne s’orientent pas vers l’arrachage

La mise en place des mesures en faveur des exploitations fragilisées (voir encadré) activée la veille n’ont pas suffit à calmer le jeu. « La circulaire définissant les modalités et conditions d’attribution des aides a été signée ce jour et diffusée aux préfets de départements », précise un communiqué du ministère de l’Agriculture du 8 mars.

Le 17 mars, les professionnels de la région doivent se réunir pour préparer le rendez-vous avec le ministre de l’Agriculture fixé au 22 mars, au cours duquel seront examinées la situation de la région et la gestion par bassin. A priori, la filière viticole régionale ne devrait pas proposer d’arrachage (contrairement au bassin bordelais) mais il n’est pas impossible qu’elle décide une distillation, notamment en vin de table et de pays.