Pour l’économiste agricole irlandais Alan Matthews les origines des manifestations agricoles actuelles sont d’abord l’expression des difficultés des petits exploitants confrontés à l’agrandissement des fermes. Si l’UE veut maintenir un nombre important d’agriculteurs, il suggère de soutenir les exploitations les plus durables.
Le principal moteur de la croissance des revenus agricoles ces dernières années est venu avant tout d’une réduction du nombre d’agriculteurs plutôt que d’une augmentation de leur revenu global, soutient une série d’articles publiés en février sur le blog capreform.eu analysant les protestations agricoles actuelles, sous la plume d’Alan Matthews, professeur émérite de politique agricole européenne au département d’économie du Trinity college de Dublin (Irlande). Se basant sur les données européennes disponibles (Eurostat, FADN…), il constate qu’en ce qui concerne les revenus, la taille économique des exploitations joue un rôle central : « Les plus grandes exploitations qui produisent la majeure partie de notre alimentation sont généralement capables de générer des revenus beaucoup plus élevés que les plus petites. » Résultat : une minorité d’agriculteurs, significative dans le sens que ce sont ceux qui produisent la plus grande part de l’alimentation européenne, ont déjà la taille nécessaire pour atteindre un niveau de vie équitable alors que la majorité (en nombre) des exploitations est incapable de fournir un revenu décent à ceux qui les gèrent.
Lire aussi : Dialogue stratégique : lancement officiel des travaux
La question à laquelle le dialogue stratégique sur l’avenir de l’Agriculture, que vient de lancer la Commission européenne, va devoir répondre est donc, selon Alan Matthews, de savoir si la politique européenne doit s’attaquer aux problèmes de revenus de ces exploitations qui ne sont pas rentables et si oui, comment. En laissant agir les lois du marché, ce problème serait résolu par la disparition des petites exploitations et la consolidation des plus compétitives avec le risque de voir émerger des exploitations de type corporatif.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Des mesures environnementales plutôt que des prix
Car, la principale concurrence à laquelle les agriculteurs sont confrontés ne sont, en réalité, pas les importations à bas coût du fait des accords de libre-échange mais avant tout la croissance de la productivité du travail dans les secteurs non agricoles qui fait augmenter les revenus avec lesquels les agriculteurs doivent rivaliser. Autre réflexion du chercheur : les supermarchés sont accusés de réduire les prix à la production […] mais « des prix plus élevés profitent avant tout aux exploitations de taille économique supérieure à 250 000 € qui produisent la plupart des aliments et bénéficient déjà de revenus décents, par rapport aux exploitations agricoles de taille économique inférieure à 25 000 € qui représentent pourtant plus de la moitié (52 %) de la main-d’œuvre agricole ». Pour Alan Matthews, une solution serait donc d’imposer une réglementation environnementale plus stricte ainsi que des paiements plus élevés pour les services écosystémiques ce qui contribuerait à rééquilibrer les règles du jeu en faveur des exploitations agricoles qui gèrent leurs terres et leurs animaux de manière plus durable. Une idée qui n’est plus vraiment dans l’air du temps.