Créée mi-décembre 2020, l’entreprise à mission March5 ambitionne de franchiser 300 fermes agroécologiques d’ici dix ans, annonce sa cofondatrice Virginie Bernois à Agra Presse.
Restaurer la vie des sols avec l’agroforesterie, l’agriculture de conservation, ou en réduisant les intrants : « On sait ce qu’il faut faire, toute la question est de savoir comment le valoriser sur toute la chaîne », résume Virginie Bernois, ingénieure agronome et cofondatrice de March5. C’est pour lever les freins commerciaux et économiques à cette transition, qu’elle et ses deux associés ont lancé cette nouvelle entreprise à mission fin décembre.
« March5 est une référence au jour de l’année où nous entrons en dette climatique, date à laquelle nous avons décidé d’agir », évoque cette ancienne directrice du cabinet de conseil Greenflex. Le concept, inspiré des modèles de fast-foods ou de la grande distribution, ne manquera pas de faire réagir dans le monde agricole : March5 espère franchiser plus de 300 exploitations en agroécologie d’ici 2030. « C’est l’un des systèmes qui permettent de répliquer rapidement et efficacement un modèle au niveau territorial », défend Virginie Bernois.
Le consulting appliqué à la ferme
Grâce à un réseau d’experts en cours de construction, l’entreprise souhaite accompagner ses franchisés pour trouver de la valeur « sur chaque maillon de la chaîne ». Après une phase initiale d’audit, March5 proposera aux exploitants de développer des cultures complémentaires, des ateliers de transformation à la ferme ou encore de s’engager dans la labellisation de crédits carbone, avec les circuits de valorisation associés. Comme le précise Virginie Bernois, l’entreprise se rémunérera par un pourcentage prélevé sur les revenus supplémentaires dégagés, une fois un seuil de viabilité économique atteint pour l’exploitation.
« Il n’y aura pas un seul design unique de ferme qui sera appliqué partout », promet la cofondatrice. Des évaluations seraient déjà en cours chez trois producteurs en Île-de-France, dans le secteur des grandes cultures et de la polyculture. « Sur les céréales, il y a de vrais enjeux pour diversifier les cultures, et trouver des filières plus courtes, par exemple avec de la production de farine ou de pain à la ferme ».
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Ces produits pourraient être les premiers commercialisés sous une marque dédiée, dans la lignée de C’est qui le patron, ou des différents produits de l’ancien ministre de l’Economie Arnaud Montebourg. « Nous proposerons aux porteurs de projets qui le souhaitent de racheter leurs produits, mais la décision finale leur appartiendra. Ce que nous voulons avant tout, c’est que l’agriculteur retrouve de la valeur, tout en restant maître de son modèle », assure Virginie Bernois.
Agroécologie et gastronomie
Pour une Agriculture du Vivant et son vice-président Laurent Haye feraient déjà partie des partenaires de March5, tout comme les producteurs Franck Baechler (éleveur et fondateur de Holsticom, Loire-et-Cher), Dimitri Guerin et Ronan Rocaboy (ferme du Bigna, Côtes-d’Armor). March5 serait également en discussion avec l’Inrae, ainsi qu’avec plusieurs structures facilitant les transactions foncières et les installations, comme Terrafine, ou Printemps des Terres.
Alors que le Plan de relance prévoit une enveloppe pour généraliser les bilans carbone chez les jeunes installés, l’entreprise envisage déjà le rôle qu’elle pourrait jouer dans les reprises d’exploitations. « Nous espérons que le renouvellement des générations facilitera la transition », indique Virginie Bernois. March5, dévoile-t-elle, souhaiterait également acquérir sa propre exploitation pour y expérimenter les techniques qu’elle recommandera à ses franchisés, avec l’appui de ses partenaires et experts associés.
Dans le contexte du confinement, l’entreprise a lancé début avril son premier projet à l’attention du grand public : « Un dîner pour le climat ». Trois chefs cuisinent dans le restaurant Grand Cœur les produits des fermes partenaires de March5 sous la forme trois menus quotidiens, dont un végétarien. Pour l’heure, une soixantaine de repas seraient livrés chaque soir. « Pour financer la transition, March5 pourrait développer ou s’associer avec une plateforme permettant aux restaurants haut-de-gamme d’acheter des produits vertueux », envisage Virginie Bernois.