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Marchés agricoles : la géopolitique prend le dessus

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Si des tensions existent sur les prix agricoles, « il ne faut pas les exagérer », selon Philippe Chalmin dont le rapport Cyclope réfute l'hypothèse d'un « super-cycle » et souligne l’importance de la géopolitique.

« Quasiment toutes les matières premières se retrouvent en première ligne des tensions géopolitiques de la planète », a considéré le 26 mai l’économiste Philippe Chalmin, co-directeur de Cyclope, ouvrage de référence sur les marchés. Et de citer entre autres l'effet du différend entre Chine et Australie sur l’orge, le charbon, le vin, le coton. Le professeur à Paris-Dauphine prévoit « une opposition de plus en plus marquée » entre les États-Unis et la Chine, deux pays à la fois grands producteurs et consommateurs de matières premières. Les tensions au Moyen-Orient touchent quant à elles le pétrole, dont le marché dépend de l’attitude de Washington vis-à-vis du nucléaire iranien. Une accélération de la hausse des prix agricoles en fin d’année a suscité l’inquiétude de certains pays importateurs « où l’on a commencé à parler de pénuries », note la 35e édition du rapport. « C’est là relativement exagéré et on ne peut parler, comme cela avait été le cas en 2008, de choc alimentaire même si les marchés agricoles sont restés en 2020 au cœur des tensions géopolitiques », selon les auteurs.

Contre l’idée d’un super-cycle

La flambée des prix des matières premières, dans le contexte de la Covid-19, est liée à un « rattrapage », d’après le rapport, non à un prétendu super-cycle. Goldman Sachs, dans une note récente, a avancé cette idée d’un nouveau « super-cycle sur les marchés des commodités », à savoir une hausse durable des cours. La banque américaine fonde son analyse sur la mise en œuvre des programmes d’investissement annoncés en 2020-2021 avec une forte connotation environnementale, ainsi que sur les mesures de soutien à la consommation décidées un peu partout. « Cette idée de super-cycle ne nous paraît pas fondée », objecte Cyclope.

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S’agissant des commodités agricoles, les tensions sur les prix s’expliquent par « quelques accidents climatiques » et la politique de la Chine, qui a « plus que doublé ses importations » de grains, selon Philippe Chalmin. La conjoncture en viandes est sous influence des maladies animales à travers le globe et de la situation dans l’empire du Milieu, relève l’analyste du Crédit agricole Jean-Paul Simier, co-auteur de Cyclope. « La Chine assèche le marché » du porc, du bœuf, des ovins, de la volaille, d’après lui. Son cheptel porcin étant décimé par la peste porcine africaine depuis 2018, le pays a continué à le reconstituer." Mais tous les experts s’accordent sur une poursuite de l’épizootie dans le pays, selon Jean-Paul Simier. Une certitude, pour les auteurs du rapport : « La Chine sera encore en 2021 le facteur déterminant de l’évolution des marchés mondiaux qui resteront marqués par leur profonde instabilité ».

La Chine, moteur de l’évolution des marchés