Le 4 avril dernier s’est tenue la 5e édition de la conférence Grand Angle Lait. Benoît Rouyer, chef économiste au Cniel, a livré son analyse de la conjoncture des marchés laitiers qui est plutôt rassurante pour l’année 2018. En revanche, les tendances structurelles à plus long terme continueront d’affecter la filière, selon lui.
Lors de la dernière conférence Grand Angle Lait organisée par l’institut de l’élevage, Benoît Rouyer, chef économiste au Cniel, a eu une lecture plutôt rassurante des perspectives à court terme de la filière laitière. En effet, contrairement à ce que certains analystes ont pu penser, Benoît Rouyer considère qu’un scénario de surproduction ne devrait pas avoir lieu cette année. En effet, du fait de conditions climatiques trop sèches, la collecte néozélandaise devrait connaître une baisse sensible en 2018. En ce sens, la coopérative Fonterra anticipe une baisse de 3 % de sa collecte sur la campagne actuelle.
Du côté de l’Union européenne, les livraisons ont progressé de 2 % sur l’année 2017 et de 3,2 % sur le seul mois de janvier. Cependant, la croissance devrait être plus modérée dans les prochains mois. Cela évitera un scénario de surproduction dans un contexte de reprise encore fragile du fait de stocks de poudre colossaux, analyse le Cniel. De plus, l’année 2018 devrait être, comme 2017, très contrastée avec un écart de valorisation de la matière grasse et de la protéine laitière toujours très important.
Créer de la valeur ajoutée
À plus long terme, Benoît Rouyer identifie cinq tendances distinctes qui structurent la filière. Tout d’abord, la volatilité croissante des prix mondiaux des produits laitiers rejaillit inévitablement sur le prix du lait à la ferme. De plus, la compétitivité entre les bassins laitiers a tendance à s’estomper et nous sommes « de nouveau en phase avec nos compétiteurs néo-zélandais ». En effet, l’écart entre les prix du lait de l’Union européenne et ceux de la Nouvelle-Zélande s’est réduit à 10 € pour 1 000 litres en moyenne depuis 2016 alors qu’il atteignait 135 € sur la période de 2002 à 2009.
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Par ailleurs, l’écart de valorisation entre la matière grasse et de la matière protéique ainsi que le développement des exportations européennes vers les pays tiers sont des tendances relativement nouvelles qui devraient perdurer et ouvrir de nouvelles perspectives à la filière.
Enfin, l’absence, ces dernières années, d’inflation sur les produits laitiers à la consommation, alors que les prix des produits alimentaires ont progressé de 0,7 % par an en moyenne, engendre un véritable enjeu de création de valeur ajoutée sur le marché intérieur.
Statistique : le prix du lait conventionnel sera disponible dès le mois prochain
Dès le mois prochain, le prix du lait conventionnel sera communiqué par les services de l’État, selon Benoît Rouyer de l’interprofession laitière. Jusqu’ici, seul le prix moyen payé aux producteurs, toutes primes et toutes qualités confondues, qui incluait donc également le lait bio, était disponible pour caractériser le prix du lait conventionnel. Cette nouvelle donnée, demandée par de nombreux acteurs de la filière laitière, permettra un meilleur suivi du contexte laitier français.