Prévue en juillet 2023, la Stratégie nationale nutrition climat a été bloquée in extremis par Matignon, avant le départ de François Bayrou mardi. Le cabinet du Premier ministre a refusé de fixer comme objectif une « réduction » de la consommation de viande.
Après des mois de pourparlers, le cabinet du désormais ancien Premier ministre, François Bayrou a modifié in extremis le projet de Stratégie nationale nutrition climat (Snanc), entraînant le blocage de sa publication, pourtant attendue de longue date, a confirmé une source proche du dossier à Agra Presse le 8 septembre. Plus précisément, Matignon a préféré parler de « consommation de viande équilibrée » plutôt que de « réduction de la consommation de viande », tel que cela figurait dans le projet de Snanc la semaine dernière.
Cette réduction avait pourtant été validée lors d’une réunion interministérielle (Rim) le 3 septembre, conclusive selon plusieurs sources du dossier. À noter qu’elle ne comportait pas d’objectifs chiffrés tels qu’espérés notamment par le Réseau action climat (Rac) et une majorité de participants à la consultation publique. Dans la note de synthèse de cette consultation, publiée en août, la question était pourtant abordée « de façon récurrente, demandant de préciser les objectifs généraux définis dans le projet soumis à consultation, notamment en matière de réduction de consommation de produits d’origine animale ».
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Un texte à l’ambition « réduite »
Pour l’heure, la nouvelle version de Matignon est jugée « inacceptable par les ministères de la Santé et de l’Écologie », souligne une source proche du dossier à Agra presse le 10 septembre. Même son de cloche du côté des associations environnementales, dont le Rac, qui dénonce « un coup de force anti-démocratique et anti-scientifique » de la part du cabinet de François Bayrou. « Matignon a décidé de façon unilatérale de réduire l’ambition du texte, qui devient une coquille vide », s’indigne Benoit Granier, responsable alimentation du Rac. « Ce recul s’ajoute au refus du gouvernement de restreindre de façon contraignante la publicité et le marketing ciblant les enfants pour des produits nocifs pour leur santé ».
Mobilisées depuis deux ans, les associations environnementales redoutent que la Snanc reste au placard. Le document censé définir l’action du gouvernement pour une alimentation saine et durable d’ici 2030, dans le cadre de la loi Climat de 2021, devait paraître en juillet 2023 au plus tard. Aussi, les associations appellent le nouveau gouvernement à se saisir rapidement du dossier, en intégrant les contributions des instances – Conseils nationaux de la transition écologique (CNTE), de l'alimentation (CNA), de la santé (CNS) et de lutte contre la pauvreté (CNLE) – et des citoyens consultés avant l’été. Contacté par Agra Presse, le cabinet de l’ancien Premier ministre n’a pas répondu à nos demandes d’informations.