Lancée le 13 octobre dernier par McCain, trois centres Leclerc de la métropole lilloise et Randstad France, la société Bon et Bien va transformer des écarts de triage de légumes produits en Nord-Pas de Calais et les valoriser en soupes. Ce nouveau modèle d'entreprise sociale, qui proposent des emplois aux exclus du monde du travail, incarne une alternative au modèle économique traditionnel.
MCCAIN Europe Continentale, trois centres Leclerc de la métropole lilloise ainsi que le groupe de ressources humaines Randstad France viennent de lancer la start-up Bon et Bien avec le soutien du Groupement d'agriculteurs producteurs de pommes de terre pour l'industrie (Gappi) et de la Fédération nationale des banques alimentaires. À mi-chemin entre l'économie solidaire et l'économie de marché, cette initiative vise à s'attaquer au problème du gaspillage alimentaire (1) et emploiera des personnes exclues du monde du travail. « L'innovation sociale apparaît comme un nouveau levier de création de valeurs pour l'entreprise », justifient les partenaires d'un projet élaboré depuis plus de deux ans. Celui-ci s'insère pleinement dans le dispositif Yunus Social Business qui sera lancé lors du World Forum de Lille le 24 octobre prochain en présence de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006.
UN PROJET DESTINÉ À ÊTRE ESSAIMÉ
Bon et Bien va collecter et acheter des écarts de triage de légumes (difformes, de calibres insuffisants ou présentant des défauts visuels, mais irréprochables sur un plan qualitatif), qui seront dirigés à partir d'une dizaine de points de stockage vers le magasin Leclerc de Templeuve (59). « Les produits seront transformés en soupes et vendus chez Leclerc ou ailleurs », précise Jean Bernou, CEO de McCain Continentale. Les trois fondateurs, qui ont mis chacun 100 000€ dans le capital de cette TPE, se sont répartis les tâches. À McCain, l'achat des écarts de triage ainsi que les tubercules nécessaires à une production de flocons, à Leclerc la transformation et la vente des produits et à Randstad France le recrutement et l'élaboration des parcours de formations qualifiantes des salariés.
« On démarre avec un premier pilote, mais le projet est destiné à essaimer de nombreuses petites unités identiques », rajoute Jean Bernou, le chef d'orchestre du projet. Car une fois réinsérés, les premiers salariés laisseront leur place à d'autres… « Nous avons voulu relever un défi et permettre à des femmes et des hommes exclus du système de pouvoir se réinsérer dans la société », a insisté Abdel Aïssou, DG du groupe Randstad France. « Bon et Bien doit permettre de créer des flux, car une fois le pied à l'étrier, les salariés employés devront mettre leurs compétences au service du développement local », rajoute-il.
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Quant aux trois groupes fondateurs, ils sont destinés à terme à se retirer de l'initiative au moment où le projet aura fait la preuve de sa pérennité. Associé au projet, la Banque Alimentaire servira de « conseiller éthique » et le Gappi se chargera du « sourcing ». Le groupement des producteurs de pommes de terre pour l'industrie McCain veut ainsi démontrer que le producteur agricole n'est pas uniquement fournisseur de matières premières, mais qu'il a également une attitude citoyenne. « On est acteur de quelque chose qui met l'humain au premier rang », confiait Eric Delacour, président du Gappi lors de ce lancement.
(1) C'est aujourd'hui, le 16 octobre, la journée nationale de lutte contre la gaspillage alimentaire
DES GRANDS CHEFS POUR DES RECETTES
« L'entreprise va démarrer officiellement en mars 2015 avec trois salariés le premier mois et une montée en charge progressive jusqu'à doubler leur nombre ». Leclerc a prévu d'installer la ligne de production (environ 300 litres/jour) sur un plateau de 200 m2. Bon et Bien devrait transformer 40 t de pommes de terre, 20 t d'endives et 10 t de carottes pour sa première année. Mais cette production ne sera pas suffisante pour en assurer la rentabilité et McCain s'est engagé à acheter des écarts de triage pour produire 2 000 t/an de flocons à la marque Bon et Bien. Le prix de vente des soupes sera « largement inférieur aux tarifs pratiqués pour les soupes fraîches ». Quant à la qualité des produits commercialisés, « elle figurera parmi le haut de gamme du marché ». Selon Jean Bernou, « des grands chefs devraient également apporter leur contribution pour la mise au point de nouvelles recettes… »