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Méconnu, Christophe Béchu sera jugé sur pièce

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Avec le remaniement du 4 juillet, Emmanuel Macron conforte Marc Fesneau à l’Agriculture, mais il renouvelle l’équipe de la Transition écologique, en nommant Christophe Béchu. Un élu local peu connu sur les sujets environnementaux, dont la Confédération paysanne comme les ONG attendent des gestes concrets, malgré une marge de manœuvre limitée par l’organisation de la planification écologique.

Nouvelle saison, nouvelle équipe. La nomination à la transition écologique de Christophe Béchu, maire républicain d’Angers, jusque-là peu impliqué sur les dossiers environnementaux, a pu surprendre. « Le nouveau ministre est davantage connu pour ses propos contre le mariage pour tous que pour son adhésion à la planification écologique ! », a raillé le député LFI Adrien Quatennens, invité sur BFM. « Christophe Béchu s’était notamment illustré par son opposition à l’interdiction des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles quand il était sénateur », grince également Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace sur Twitter.

Dans un entretien avec le Monde, l’ancien député du Maine-et-Loire Mathieu Orphelin se montre plus tendre. Pour l’avoir « pratiqué » à Angers, il estime même que Christophe Béchu « est sensible à ces thèmes, l’un des plus sensibles même à droite ». De son côté, l’avocat spécialiste de l’environnement Arnaud Gossement rappelle sur son compte Twitter que « Jean-Louis Borloo aussi avait été critiqué pour son manque de références ».

Un projet local qui gêne

Localement, la Confédération paysanne se montre encore plus dure que les oppositions et les ONG. « Le projet des serres de Bourgneuf a été très soutenu par M. Béchu », rappelle Alain Guiffès, porte-parole de la Confédération paysanne du Maine-et-Loire. Ce projet lancé en 2010 par un arboriculteur du Maine-et-Loire touché par le gel visait à construire 5,5 ha de serres sur 11 ha de verger pour produire 200 t de fraises par an.

Selon la Confédération paysanne et les articles de presse de l’époque, M. Béchu, alors président du conseil général, aurait facilité le financement du projet. Ce serait lui qui aurait notamment rapproché le producteur de l’énergéticien Global Eco Power et du fonds de pension allemand Leonidas Associates France. Enveloppe totale du projet : 14 millions d’euros, dont 5,4 M€ pour les panneaux. Faute de compatibilité avec les panneaux solaires, la production de fraises a cependant été arrêtée en 2017, et les terres seraient désormais « en friche ». Le permis de construire stipulait pourtant que la production d’énergie devait être couplée à la production agricole.

« Alors qu’il vient d’être nommé ministre de la Transition écologique, nous attendons des réponses de M. Béchu sur l’artificialisation, mais également sur la manière dont le tarif de rachat de l’électricité finance un fonds de pension allemand », défend Alain Guiffès. Car, après la liquidation de la société Global Eco Power en 2021, les terres de Bourgneuf appartiennent désormais à Antje Grieseler, également présidente de Leonidas Associates France, comme elle l’a elle-même confirmé à nos confrères de Ouest-France.

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Une organisation à définir

Si son parcours interroge, le rôle qu’occupera le nouveau ministre n’est pas non plus encore très clair. Comme Amélie de Montchalin avant lui, il travaillera de concert avec Agnès Pagnier-Runacher, qui occupe la Transition énergétique. Mais tous deux, et leurs équipes, seront sous la houlette du nouveau secrétariat général à la Planification écologique, lui-même piloté depuis Matignon. « La question de la création d’un véritable vice-Premier ministre en charge de l’écologie aurait pu être discutée », glisse Arnaud Gossement sur Twitter. La nouvelle organisation issue des positions d’entre-deux-tour du président semble en tout cas diluer le pouvoir et les attributions de l’hôtel de Roquelaure.

L’ordre protocolaire semble confirmer cette hypothèse. Alors que Nicolas Hulot était en troisième place, et qu’Amélie de Montchalin était 5e, Christophe Béchu passe à la 10e place, juste derrière… l’Agriculture. Il sera malgré tout épaulé par une équipe renforcée avec deux ministres délégués aux Transports et à la Ville, mais surtout deux nouvelles secrétaires d’État qui pourraient compter dans le secteur agricole. Chargée de l’écologie, Bérangère Couillard devrait occuper à peu près le même portefeuille que Bérangère Abba, à la Biodiversité. La députée de Haute Garonne Dominique Faure occupera quant à elle la Ruralité.

Pour Arnaud Gossement « le vrai crash-test » de cette équipe « sera le projet de loi de finances à présenter en septembre ». Suivront la loi d’urgence la loi d’urgence sur les énergies renouvelables, la transposition à venir du paquet européen « Fit455 », mais également le futur règlement pour la restauration de la nature. La Transition écologique devra également achever le plan Biodiversité lancé par Bérangère Abba, tout en s’assurant de la comptabilité de la future loi d’orientation sur l’installation avec les objectifs environnementaux nationaux. Et elle devra enfin assister Matignon dans le déploiement de la « planification écologique » voulu par le président dans tous les ministères.

« Il s’était illustré par son opposition à l’interdiction des néonicotinoïdes »

Santé, Commerce, Europe, Industrie: les changements à retenir

Si le remaniement n’entraîne aucun changement à la tête des ministères régaliens, ni à l’Agriculture il rebat le casting sur les sujets de santé et d’environnement, ainsi que sur plusieurs secrétariats d’État. Parmi les ministres que le monde agricole devra suivre, l’urgentiste mosellan François Braun devient ministre de la Santé. Le député Olivier Becht, co-fondateur du groupe Agir, remplace Franck Riester au Commerce extérieur, alors que ce dernier obtient le portefeuille des Relations avec le parlement. Toujours aux Affaires étrangères, l’économiste Laurence Boone devient secrétaire d’État à l’Europe à la place de Clément Beaune. Autre entrée dans le gouvernement : le député des Français de l’étranger Roland Lescure (président de la Coméco dans la précédente législature) est nommé ministre délégué chargé de l’Industrie.