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Médicaments vétérinaires : vers une « pharmacie d’élevage »

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La réforme du suivi sanitaire permanent devrait finalement ouvrir la voie à l’encadrement de la détention de certains médicaments vétérinaires dans les élevages.

Les éleveurs parlent de « pharmacie d’urgence », les vétérinaires de « pharmacie de premiers soins ». Un nouveau décret a été présenté, début avril, aux représentants des professions agricoles et vétérinaires pour réformer le suivi sanitaire permanent (SSP). En cours de finalisation, le texte sera mis en consultation jusqu’à début juillet. Contrairement à la version précédente, celui-ci ouvre la possibilité de détenir des médicaments dans les élevages pour soigner des pathologies connues. « Aujourd’hui, la réglementation nous dit qu’un médicament égal un animal », explique Christophe Brard du SNGTV (groupements techniques vétérinaires). Même si, sur le terrain, les pratiques diffèrent. Le projet de texte prévoit que le vétérinaire traitant ait désormais la possibilité de prescrire certains médicaments sans désigner l’animal à traiter. La liste pour chaque filière doit encore être établie. « En aucun cas il ne s’agit d’avoir un stock conséquent chez soi », assure Pascal Férey, référent des Chambres d’agriculture sur le sujet. La pharmacie de l’éleveur devrait permettre de pallier rapidement les maladies courantes comme les mammites chez les vaches laitières. « L’éleveur notera sur l’ordonnance le numéro de l’animal qu’il a soigné. Ce sera comme nous faisions avant, mais dans le cadre d’un protocole validé entre le vétérinaire et l’éleveur », explique le président de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA), Yohann Barbe.

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Un vétérinaire traitant pour chaque atelier

Le projet de décret soumis aux parties en 2023 ne répondait pas aux attentes des éleveurs qui le considéraient plus restrictif que la réglementation actuelle. Il ne prévoyait tout simplement pas la possibilité de détenir une pharmacie d’élevage, comme c’est le cas actuellement. « Notre inquiétude était partagée avec les vétérinaires », explique Pascal Férey. Le sujet est délicat, car la réglementation européenne encadre fortement les usages des médicaments vétérinaires.

Comme dans l’ancien projet de décret, la nouvelle copie du ministère prévoierait une refonte du SSP et du contenu du bilan sanitaire d’élevage. L’éleveur désignera, pour chaque atelier, un vétérinaire traitant. Ce dernier pourra être suppléé d’un vétérinaire référent pour les filières porcs, volailles et lapins. L’éleveur sera toujours libre de faire appel à d’autres vétérinaires, mais ces derniers ne pourront pas faire de prescription médicamenteuse s’ils ne se déplacent pas au chevet de l’animal malade. En outre, le décret doit réviser les quotas d’élevages pouvant être suivis par un vétérinaire. La refonte du SSP permettra également de pérenniser la télémédecine vétérinaire, tout en luttant contre les dérives dites affairistes.

La liste pour chaque filière doit encore être établie

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