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Menacées de coupe budgétaire, les chambres d’agriculture affichent leurs ambitions

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Le 26 septembre, l’APCA (tête de réseau des chambres d’agriculture) a présenté son plan stratégique 2019-2025, qui vise notamment à accompagner l’agriculture dans les grandes transitions en cours.

« Nous n’avons pas connu de travail de cette ampleur depuis vingt ans. » Lors de la présentation du projet stratégique 2019-2025 de l’APCA (chambres d’agriculture), le 26 septembre, Claude Cochonneau n’a pas mâché pas ses mots. Car, pour le président de l’APCA, il ne s’agissait pas seulement de détailler les grandes lignes d’un plan déjà connu depuis le printemps. Il s’agissait aussi de montrer les ambitions de son réseau à la veille de l’annonce d’une réduction budgétaire par le gouvernement (1). De fait, les chambres brassent large avec un plan décliné en trois axes : « accompagner l’agriculture dans ses transitions économiques, sociétales et climatiques », « créer plus de valeur dans les territoires » et « faire dialoguer agriculture et société ». Avec un fil rouge : « Renouer les liens entre les agriculteurs, la ruralité et le reste de la société », d’après les mots de Claude Cochonneau.

« C’est le projet de nos 103 chambres, de tout un réseau », insiste de son côté Sébastien Windsor, vice-président de l’APCA. Les chambres veulent se positionner sur seize « domaines d’activité stratégiques ». Certains sont déjà occupés, comme le conseil technique ou la représentation du monde agricole. D’autres sont à développer, comme le conseil en élevage, où les chambres affichent l’ambition de devenir numéro un. D’autres enfin sont un nouveau terrain de jeu pour les chambres consulaires, comme l’agriculture urbaine. « Nous voulons en faire des projets viables économiquement et écologiquement parlant, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui », précise M. Windsor.

Un audit stratégique pour chaque agriculteur français

Une des mesures phares du projet résume bien l’orientation des chambres : les élus professionnels comptent proposer un audit individuel à chaque exploitant français. Une première étape qui pourra déboucher sur un conseil stratégique, dépassant le cadre habituel de l’optimisation technique. « Chaque exploitant doit se poser personnellement la question : " Quelle est ma résilience ? " », résume Philippe Noyau, président de la Chambre d’agriculture de Centre-Val de Loire.

« L’analyse de la vulnérabilité est tout aussi importante que l’optimisation », confirme Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et biodiversité. Invité le 26 septembre en compagnie de nombreuses autres personnalités, l’ancien patron de l’Inra met le doigt sur un paradoxe : « On est capable de mieux dire le long terme que le court terme. Or, c’est à court terme qu’apparaissent les facteurs de vulnérabilité pour les agriculteurs. » Pour proposer des solutions flexibles et viables aux exploitants, il appelle à « rompre définitivement avec le modèle " producteurs/consommateurs d’innovation " ». Autre enjeu d’importance pour les agriculteurs : « Apparaître comme des acteurs actifs et crédibles de la reconquête de la biodiversité, pointe l’expert. Beaucoup d’autres secteurs économiques se positionnent déjà, c’est inquiétant. »

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Besoin de lisibilité « sur plusieurs années »

De son côté, l’actuel p.-d.g. de l’Inra, Philippe Mauguin, a insisté sur le manque de formation continue du secteur : « 17 % des exploitants agricoles se forment chaque année, contre un sur deux pour les autres catégories socioprofessionnelles. »

Côté budgétaire, « notre plan stratégique est conçu à moyens égaux, rappelle Claude Cochonneau, dans un entretien à Agra Presse. Nous allons faire plus avec autant, c’est une forme d’économie. » Au-delà du maintien des moyens, le président de l’APCA demande de la stabilité, car « on ne peut pas mettre en place un plan stratégique sans lisibilité sur plusieurs années. » Avant l’été, Sébastien Windsor avait déjà prévenu : si la réduction budgétaire prévue proposée par le gouvernement se confirme, « ce n’est pas un plan stratégique que nous devrons gérer, mais un plan de restructuration. »

(1) Voir n°3710 du 30/09/2019

« 17 % des agriculteurs se forment chaque année, contre un sur deux pour les autres CSP »