IDMer et Meralliance ont présenté, lors du Seafood de Bruxelles, leur projet de ferme aquacole. Pour un coût actuellement estimé à 12,5 millions d'euros, le site disposera d'un dispositif d'élevage au sol, qui pourrait bénéficier des avantages offerts par la proximité du port de pêche du Guilvinec.
MERALLIANCE espère voir aboutir très prochainement son projet de ferme aquacole qui doit « s'inscrire dans un paysage maritime ». Un projet développé notamment avec IDMer.
Vincent Gelamur, « Innovation Manager », qui porte le projet depuis 2008 au sein de cette entreprise dirigée par Gilles Charpentier, s'est montré confiant à l'occasion de la dernière édition du Seafood de Bruxelles. Ce projet de ferme d'élevage qui ne manque pas de soutiens, cherche pourtant encore à boucler définitivement son tour de table.
Outre Meralliance et Azulis Capital, associé minoritaire, qui disposeraient de 51% du capital du projet, pourraient se retrouver Véolia, un fabricant d'aliments parmi des entreprises comme Atlantic Pet Food, Le Gouessant ou Guyomar'ch, ainsi que BpiFrance… Mais au Seafood, rien n'était encore définitivement réglé.
« Un dossier de ce type obtient en règle générale 40 % de subventions », estime Hervé Jeantet, le président du conseil spécialisé « produits de la mer, aquaculture, et pêche professionnelle en eau douce » de France AgriMer. Mais l'entreprise quimpéroise rencontre encore quelques difficultés à convaincre collectivités territoriales et institutions financières. Il faut dire que le projet s'élève à 12,5 millions d'euros, dont 9,5 millions d'investissements et 3 millions de besoins en fond de roulement. « Il nous faut 2,5 millions d'euros de subventions », estime Vincent Gelamur, qui se déclare un peu plus optimiste depuis un mois sur l'issue de ce dossier. « Depuis 10 ans, il n'y a eu aucun dossier de création dans le secteur de l'aquaculture marine », fait pour sa part remarquer Hervé Jeantet. « C'est un dossier vertueux, mais capitalistique », estime de son côté Vincent Gelamur.
LA DENSITÉ N'EST PAS UN FACTEUR DE MALADIES
Concrètement, le projet de Meralliance porte sur la création d'une ferme d'élevage au sol et non en cages marines comme cela se pratique en Norvège. Construite à côté du port breton du Guilvinec (20 000 t/an de poissons débarqués), la ferme bénéficierait de l'eau de mer pompée par le port et surtout des co-produits de la pêche. « Il y a deux intelligences à ce dossier », relève d'ailleurs Hervé Jeantet. D'abord, le traitement des rejets de poissons (tout le poisson pêché devra être débarqué dès janvier 2015) et d'autre part l'utilisation des déjections de saumon dans un méthaniseur pour la production d'énergie, sans compter l'apport de microalgues que fournirait le lagunage des eaux de rejets. « On introduit en général 23 % de coproduits dans l'alimentation des poissons mais Meralliance passera à 50 % de nourriture marine complétée avec du soja… non OGM ! », explique Vincent Gelamur. Meralliance espère arrive au « Un pour Un », soit un kilo d'aliments pour un kilo de chair de poisson, au lieu des 1,2 à 1,4 actuel. Le projet doit permettre « d'éliminer les problèmes de stress, de polluants, de tempête… ». Dans ce premier pilote dont la production est estimée à 800 t/an, la densité d'élevage serait de 60kg/m3 au lieu des habituels 25kg/m3 adoptés dans les cages norvégiennes.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« On a beaucoup travaillé sur ce paramètre. La densité est une des réponses à un stress que l'on ne maîtrise pas. Dans le projet, en supprimant le stress, on parvient ainsi à augmenter la densité », témoigne Vincent Gelamur en assurant : « La densité n'est pas un facteur de maladies ! »
Le poisson devrait atteindre les 4 kg en l'espace de 10 à 12 mois au lieu des 14 à 16 mois en Norvège. Sur une ferme de 800 t/an, son prix de revient devrait tourner aux environs de 5 euros/kg.
Meralliance table sur l'installation possible de 3 pilotes de 800 t/an sur des sites français compatibles. « La condition indispensable étant de trouver de l'eau de mer pompée de la mer. Et là, il faut s'allier avec les chambres de commerce. Le modèle que l'on défend est celui d'une ferme aquacole de 3 000 t/an installée dans une zone halieutique autorisant un pompage de 50m3/heure d'une eau de mer tamponnée en température », explique Vincent Gelamur.
Mais le modèle pourrait ensuite être dupliqué en France, voire à l'étranger où seules deux fermes de ce type existent, au Danemark et au Canada pour le saumon et une ferme pour la truite qui devrait bientôt démarrer au Danemark.
Si le projet se concrétise, la ferme pilote pourrait produire ses premiers saumons début 2017 à un coût de revient estimé à 5 euros/kg pour une ferme de 800 t/an. Meralliance, associé à son partenaire minoritaire Azalis Capital, importe 16 à 20 000 tonnes de saumon chaque année (sur les 160 000 t/an importées par la France) et a réalisé un chiffre d'affaires de 180 millions d'euros en 2013. Implantée à Quimper, l'entreprise dispose également d'une implantation polonaise et plus récemment écossaise, qui lui permet notamment de rentrer sur le marché britannique. Elle emploie un peu moins de 1000 salariés.