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Filière viticole Mercure, une société intermédiaire de négoce contre la baisse des prix en bordeaux

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Le syndicat de bordeaux et bordeaux supérieur a lancé le 24 janvier Mercure, une structure de négoce intermédiaire, pilotée par l’Organisme de défense et de gestion (ODG), afin d’aider les viticulteurs à ne pas céder aux pressions sur les prix. Les viticulteurs craignent cependant que le négoce ne joue pas le jeu et estiment que le prix fixé pour l’achat du tonneau est trop bas.

La société Mercure, nommée ainsi en référence au dieu mythologique du commerce, a pour vocation de regrouper l’offre de vin en vrac (70% des ventes) en achetant les lots auprès des propriétaires à la demande du négoce.
« Pensée, bâtie et issue » du syndicat interprofessionnel, la société, « vise à regrouper l’offre des vins en vrac » pour « revenir à un équilibre entre offre et demande qui rende le marché plus sain », a expliqué Bernard Farges, président du syndicat de bordeaux et bordeaux supérieur.
« L’objectif est de répondre aux commandes des négociants en fixant un prix d’orientation qui ne doit pas descendre au-dessous de 800 euros, le tonneau (900 litres) sur le millésime 2010 et 700 euros pour les millésimes antérieurs », a ajouté Bernard Farges.
Le capital de démarrage de Mercure, structure constituée en SAS (société à actions simplifiées), se situe entre 200 000 et 250 000 euros. Des viticulteurs, cinq groupes coopératifs et une cave se sont engagés mais le négoce est peu représenté dans la structure (deux négociants). Au total, la société devrait compter une cinquantaine d’adhérents et à terme une centaine, espère le syndicat. Le coût de l’adhésion est de 500 euros. Les frais de fonctionnement (1% de 800 euros) seront répartis sur le prix d’achat du tonneau aux exploitants (796 euros) et sur le prix de vente au négoce, qui l’achèterait 820 euros.

Des craintes autour de l’implication du négoce
Cependant, Mercure ne fait pas l’unanimité. Certains craignent que les négociants, peu impliqués dans la structure, ne jouent pas le jeu.
« On aurait dû assécher le marché des premiers prix en achetant un volume conséquent. Avec Mercure, on agit a minima. Si le négoce n’achète pas à la structure et préfère acheter au moins cher, ça ne marchera pas », a commenté Remi Garuz, viticulteur et président de Producta, structure de commercialisation des vins de Bordeaux. En ce cas, « Mercure achètera quelques milliers d’hectolitres et s’arrêtera vite. L’effet sur le marché sera nul ou insuffisant », ajoute-t-il.
D’autre part, les viticulteurs regrettent que le prix d’achat soit fixé à 800 euros, en deçà du prix de revient. Même si ce prix, qui pourra varier à la hausse ou à la baisse en fonction de l’évolution des cours, vise à éviter des prix trop bas, il reste insuffisant pour améliorer la situation des entreprises.
« En 2010, 45% des volumes de bordeaux vrac se sont vendus au-dessous de 800 euros le tonneau. Ce chiffre est très largement inférieur aux coûts de production des viticulteurs bordelais », déclare Magali Vérité, présidente des JA de Gironde. Or, sur « 7 000 viticulteurs en bordelais, 1 200 sont en grande difficulté », précise la présidente des JA.
Il faudrait que le prix « se situe autour d’un euro la bouteille pour qu’on puisse avoir des salaires décents », ajoute-t-elle. « Ce qui nous énerve c’est que vous, les clients, vous payez votre bouteille 3 euros », poursuit Magali Vérité, en réclamant que le « partage des marges soit plus équitable ».

Les viticulteurs ont « lancé un avertissement »
Pour manifester contre les prix bas, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs de Gironde avaient appelé à manifester le 21 janvier devant le siège de l’entreprise de négoce Grands vins de Gironde (GVG) à Saint-Loubès. Une centaine de viticulteurs des appellations bordeaux et bordeaux supérieur a bloqué le siège de l’entreprise pendant la matinée du 21, empêchant toute activité. Il est reproché à l’entreprise d’avoir fait des contrats à 650 euros le tonneau (900 litres). « On veut mettre la pression, lancer un avertissement à ceux qui font des transactions à bas prix », ont déclaré les JA. D’autres manifestations pourraient suivre.

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